Premier procès de la guerre civile algérienne... en France

Deux ex-miliciens algériens ont été renvoyés devant la cour d'assises du Gard pour des actes de torture commis en Algérie durant la guerre civile qui a fait plus de 200.000 morts dans les années 90. Résidant en France, ces deux frères ont été mis en examen en 2004. C'est la première fois que des Algériens vont être jugés pour des faits commis durant ces "années de plomb" en Algérie.

(Deux frères vont être jugés à Nîmes pour actes de torture commis en Algérie dans les années 90. © Maxppp)

Ils seront deux dans le box des accusés. Mais derrière eux, il y en a des milliers d'autres. En face d'eux, du côté des victimes, des centaines de milliers. Le procès qui devrait se tenir devant la cour d'assises du Gard - l'avocat des accusés a fait appel de ce renvoi - sera le tout premier procès de la guerre civile algérienne. Les années noires, ou années de plomb. Les années 90 : quand le pays a basculé après des élections où se profilait la victoire du parti des islamistes, le Front islamique du salut (FIS). Pour l'éviter, l'armée a interrompu le processus démocratique. Les estimations officielles comptent 200.000 morts durant les années qui ont suivi.

Silence légal en Algérie

Si ce procès a lieu en France, c'est d'abord parce que les deux accusés y résident depuis 1998 : depuis 1994, en vertu de la convention internationale contre la torture, adoptée 10 ans plus tôt, la France a le devoir d'arrêter et de poursuivre tous les auteurs présumés d'actes de de torture qui se trouvent sur son sol, quelque-soit le lieu où ils ont été commis. Hocine et Abdelkader Mohamed ont donc été mis en examen en 2004 à Nîmes à la suite d'une plainte de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH). Ils doivent répondre de tortures et actes de barbarie, commis dans la région de Rélizane, à l'ouest d'Alger. L'Algérie n'aurait pas pu les juger, car elle a mis sur pied en 2005 une charte pour la paix et la réconciliation, qui interdit d'évoquer publiquement la guerre civile.

Milices de Rélizane

La LDH et le Collectif des familles de disparus en Algérie ont rejoint la FIDH du côté des plaignants. Selon les témoignages des rescapés et des proches de victimes, les deux frères étaient à la tête des milices de Rélizane. Ils ne cherchaient pas à se cacher lorsqu'ils mettaient le secteur en coupe réglée, multipliant les exactions, les viols et les exécutions. Ils seraient à l'origine de nombreuses disparitions. La date du procès n'est pas encore connue.