Meurtre de Vanille : Nathalie Stephan "s'est sentie abandonnée par les services sociaux", estime son avocate

Olivia Brulay explique à franceinfo que sa cliente, qui devait prochainement quitter le centre maternel qui l'hébergeait, "ne voyait pas d'issue à sa situation".

C\'est dans cet hôtel de Nantes (Loire-Atlantique) que la mère de Vanille s\'est rendue le 7 février 2020, après avoir tué sa fille d\'un an, Vanille, à Angers (Maine-et-Loire).
C'est dans cet hôtel de Nantes (Loire-Atlantique) que la mère de Vanille s'est rendue le 7 février 2020, après avoir tué sa fille d'un an, Vanille, à Angers (Maine-et-Loire). (MAXPPP)

Nathalie Stephan a été mise en examen et placée en détention provisoire, mardi 11 février, pour le meurtre de sa fille Vanille, âgée d'un an. Selon le procureur de la République d'Angers (Maine-et-Loire), Eric Bouillard, cette femme de 39 ans, qui souffre "de troubles psychologiques", a assuré en garde à vue avoir prémédité son passage à l'acte pour le jour du premier anniversaire de la fillette, le 7 février. Elle devait quitter le centre maternel qui l'hébergeait trois jours plus tard. Pour son avocate, Olivia Brulay, ce départ avait plongé sa cliente dans un grand désarroi.

Franceinfo : Quelle a été l'attitude de Nathalie Stephan en garde à vue et devant le juge ? 

Olivia Brulay : Elle a commis un geste irréparable, mais c'est une mère désespérée et en état de choc. Il est difficile de dire si elle réalise ce qu'elle a fait. Elle n'a pas d'explication rationnelle. Mais mon sentiment est qu'elle ne voyait pas d'issue à sa situation. Elle s'est sentie abandonnée par les services sociaux.

Vous faites allusion à son départ du centre maternel d'Angers ? 

Oui. Il faut savoir que la première ordonnance de placement de Vanille rendue en mai 2019, trois mois après sa naissance, n'a pas été effective avant la fin de l'année. Faute de place, l'enfant avait été accueillie chez un assistant maternel du centre. Sa mère avait un droit de visite a minima d'une nuit et une demi-journée par semaine, mais elle a parfois gardé sa fille jusqu'à quatre jours de suite l'été dernier. Vanille n'a été placée officiellement dans une famille d'accueil que le 3 décembre.

Ce placement officiel a-t-il pu la déstabiliser ?

Oui, car le placement de sa fille est devenu concret. C'est la raison pour laquelle on lui a demandé de partir, même si elle gardait un droit de visite avec hébergement, élargi par le juge des enfants mi-décembre à une ou plusieurs nuits ainsi qu'une journée par semaine. C'est la preuve qu'il y avait une véritable évolution positive des liens avec son enfant. Mais le centre maternel accueille d'ordinaire des mères qui ont leur enfant à temps plein. Afin de déroger à cette règle, nous avons demandé à l'Aide sociale à l'enfance (ASE) un double financement, pour l'accueil de Vanille et l'hébergement de sa mère. On s'est heurtées à des questions budgétaires. Dès qu'on sort du cadre, les services n'essaient pas de trouver une solution adéquate, au cas par cas.

On est dans un blocage strictement administratif qui traduit un dysfonctionnement du système dans la protection de l'enfance.Olivia Brulay, avocate de Nathalie Stephanà franceinfo

Pourquoi Nathalie Stephan n'était-elle pas en mesure, selon vous, de trouver un hébergement ?

Elle connaissait ses fragilités. Ma cliente a été diagnostiquée borderline mais suivait scrupuleusement son traitement. On devait encore travailler son autonomie pour accueillir Vanille dans de bonnes conditions. Elle-même a connu un placement à l'âge de 16 ans, a vu sa cellule familiale éclater. La perspective de quitter le centre maternel, véritable refuge pour elle, l'a replongée dans cette période et dans l'isolement. Plus la date fatidique du 10 février [jour fixé pour son départ] approchait, plus elle était inquiète. 

Le procureur et le président du département ont malgré tout assuré que personne n'avait vu venir ce drame… 

Il est vrai que rien ne laissait présager ce passage à l'acte. Je la trouvais de mieux en mieux, de plus en plus dans le lien avec Vanille, investie dans le travail avec l'ASE, les ateliers qu'on pouvait lui proposer. A ce titre, il n'y a eu aucune défaillance des services sociaux et du juge des enfants dans ce qu'ils ont pu préconiser. 

Envisagez-vous une demande de remise en liberté ?

Il n'en est pas question pour le moment. Il faut d'abord que ma cliente se stabilise.