A son procès, le terroriste Carlos joue la provoc'

Agé de 62 ans, Carlos a défié la cour d’assises spéciale de Paris au premier jour de son procès pour quatre attentats commis en France entre 1982 et 1983.

Croquis d\'audience du terroriste présumé Carlos, à l\'ouverture de son procès devant la Cour d\'assises de Paris, lundi 7 novembre 2011.
Croquis d'audience du terroriste présumé Carlos, à l'ouverture de son procès devant la Cour d'assises de Paris, lundi 7 novembre 2011. (BENOIT PEYRUCQ / AFP)

"Je suis révolutionnaire de profession". Dès l'ouverture de son procès, le Vénézuélien Ilich Ramirez Sanchez, alias Carlos, est apparu provocateur et arrogant. A 62 ans, le "Chacal" a comparu de lundi 7 novembre devant la cour d’assises spéciale de Paris, pour quatre attentats qui ont fait 11 morts et plus de cent blessés en France, il y a 30 ans. 

Détendu, tantôt accoudé à la vitre du box, tantôt en discussion avec son escorte ou assis en toute décontraction, Carlos a salué discrètement les personnes venues le soutenir, brandissant le poing. Un mot sur "l'Etat raciste" d'Israël et les"sionistes exploiteurs" a soulevé une salve d'applaudissements. 

Les deux avocats de Carlos ont aussitôt dénoncé "un procès inéquitable". Jugeant qu’ils ne pouvaient "se mettre en faillite" en défendant gratuitement Carlos, abandonné par le Venezuela, Mes Isabelle Coutant-Peyre et Francis Vuillemin ont déclaré qu’ils se retiraient du procès. Mais le président de la cour les a immédiatement commis d’office.

C’est la première fois que Carlos est jugé pour des "faits en relation avec une entreprise terroriste". Son premier procès, en 1997, s’était déroulé devant une cour d’assises ordinaire composée de jurés populaires. Dans un entretien publié dimanche  6 novembre à Caracas par le quotidien vénézuélien El Nacional, Carlos revendique pour la première fois plus d'une centaine d'attaques qui ont fait entre 1 500 et 2 000 morts.

Jusqu'au 16 décembre, Carlos aura face à lui une cour d'assises spécialisée dans le jugement d'actes de terrorisme, composée de sept magistrats professionnels. Sa défense en conteste la compétence, qualifiant cette comparution de "mise en spectacle artificielle, destinée à tromper l'opinion publique".

Que lui reproche-t-on ?

Ce second procès concerne quatre attentats commis en France entre 1982 et 1983, que Carlos est accusé d'avoir commandités.

Selon l'accusation, le mobile était d'obtenir la libération de sa compagne allemande Magdalena Kopp et du Suisse Bruno Bréguet, tous deux membres de son groupe et arrêtés en 1982 avec des armes et des explosifs. Un courrier adressé au ministre de l’Intérieur réclamait leur libération avec un ultimatum de 30 jours. Les empreintes digitales de Carlos ont été identifiées sur ce document.

Quelles sont les attaques en question ?

La campagne d’attentats a commencé le 29 mars 1982, un mois après l'envoi du courrier au ministère. Une bombe explose alors dans un train Paris-Toulouse, faisant cinq morts et 28 blessés. 

Nouvelle attaque le 22 avril, à l'ouverture du procès de Kopp et Bréguet. L'explosion d'une voiture piégée devant le siège du magazine Al Watan Al Arabi rue Marbeuf, à Paris, tue une personne et en blesse 66. 

Les deux autres attentats commis le 31 décembre 1983 à la gare Saint-Charles de Marseille (2 morts et 33 blessés) et contre un TGV Marseille-Paris à Tain-L'Hermitage (3 morts et 12 blessés) sont intervenus alors que les deux "camarades"  de Carlos purgeaient leur condamnation, respectivement quatre et cinq ans de prison.

Que dit la défense ? 

Selon les avocats de Carlos, parmi lesquels sa femme Me Isabelle Coutant-Peyre, l'original de la lettre de revendication reste introuvable et de nombreuses pistes ont été négligées. En outre, ils ont qualifié d'"inacceptable", la décision de placer à l'isolement leur client durant dix jours pour avoir accordé une interview. Le détenu a observé une grève de la faim en signe de protestation. "On l'a déstabilisé et détourné de la préparation de son dossier", dénonce Me Vuillemin.

Pourquoi est-il déjà en prison ?

Depuis 1994 et son interpellation au Soudan, Carlos n'a pas quitté les cellules françaises. Il a en effet été condamné à la réclusion à perpétuité en 1997 pour le meurtre en 1975 de deux policiers de la DST et d'un indicateur à Paris. L’homme purge actuellement sa peine à la prison parisienne de la Santé.