Le rôle trouble de "Mimi" Marchand dans une affaire d'extorsion de fonds visant Karine Le Marchand

La "papesse" de la presse people est mise en examen dans cette affaire où elle est accusée par l'animatrice de "L'Amour est dans le pré" d'avoir participé à une extorsion de fonds via des photos volées de sa fille. "Complément d'enquête" a pu accéder à certaines pièces de ce dossier.

Article rédigé par
Thomas Lelong - franceinfo
France Télévisions
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Michèle Marchand, le 22 avril 2017 au Touquet (Pas-de-Calais). (ERIC FEFERBERG / AFP)

Elles étaient proches. Elles s'affrontent désormais devant la justice. L'animatrice Karine Le Marchand accuse la reine de la presse people "Mimi" Marchand, de son vrai nom Michèle Marchand, d'avoir profité d'une "paparazzade" visant sa fille pour lui soutirer de l'argent. "Je veux arrêter de me taire, de subir les magouilles entre des paparazzis peu scrupuleux et certains policiers", assure à "Complément d'enquête" celle qui dénonce les paparazzis et leurs méthodes parfois limites.

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Dans cette histoire, tout commence par une bêtise d'adolescente. En février 2020, la fille de Karine Le Marchand, alors mineure, est interpellée par des policiers du 16e arrondissement pour une infraction sans gravité. L'animatrice de "L'Amour est dans le Pré" sur M6 est alors en plein tournage. Elle envoie l'une de ses amies au commissariat de la rue de la Faisanderie pour récupérer sa fille, qui ressort le jour même sans qu'aucune charge ne soit retenue contre elle. L'histoire aurait pu s'arrêter là.

Une somme de 3 500 euros demandée

Sauf que Karine Le Marchand reçoit dans la foulée un coup de téléphone de la papesse de la presse people : Michèle Marchand, patronne de l'agence de photos Bestimage, qu'elle connaît bien, à l'instar de bon nombre de célébrités. Cette dernière l'informe alors qu'un photographe stagiaire, un "inconnu", selon elle, aurait pris une série de photos de sa fille à la sortie du commissariat, "par hasard", ajoute-t-elle. Mais "Mimi" Marchand rassure l'animatrice et lui explique avoir racheté ces photos 3 500 euros, pour empêcher leur diffusion.

Contacté par "Complément d'enquête", un paparazzi, qui souhaite garder l'anonymat, nous explique pourtant que ces clichés n'auraient aucune valeur. "La mineure est forcément floutée et elle n'est pas connue. Tout comme l'amie de Karine Le Marchand [qui est venue chercher sa fille], explique-t-il. Ces photos auraient pu se vendre à des magazines si l'animatrice en personne était venue chercher sa fille au commissariat." Mais Karine Le Marchand ne se méfie pas. Elle propose alors un déjeuner à "Mimi" Marchand, qu'elle considère alors comme sa bienfaitrice, pour lui rembourser la somme. Déjeuner au cours duquel l'animatrice nous assure lui avoir remis un premier acompte de 1 600 euros en espèces.

"Je me suis sentie trahie"

Karine Le Marchand décide ensuite de saisir l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices. Elle a, en effet, des doutes sur l'origine de la fuite visant l'arrestation de sa fille, venant, selon elle, des policiers du commissariat du 16e arrondissement de Paris. Maître Mathieu Fabiani, l'avocat de l'un des fonctionnaires, mis en cause dans une autre affaire liée à "Mimi" Marchand, nous l'a confirmé, des paparazzis entretiennent avec son client et d'autres policiers des relations qu'il qualifie "d'amicales". "Il y a dans cet arrondissement des footballeurs, des politiques, des célébrités", souligne-t-il.

Le commissariat de la rue de Faisanderie, c'est une mine d'or pour les journalistes."

Maître Mathieu Fabiani

à "Complément d'enquête"

Peu de temps après avoir saisi l'IGPN, Karine Le Marchand tombe des nues quand elle apprend que le photographe stagiaire "inconnu" censé avoir pris les photographies de sa fille "par hasard" n'est autre que Sébastien Valiela, l'un des paparazzis les plus en vue de l'agence Bestimage et très proche de Michèle Marchand. "Je me suis sentie trahie", nous confie l'animatrice.

Des SMS troublants

Le 11 août 2021, la patronne de Bestimage est à son tour entendue par l'IGPN dans le cadre de l'enquête ouverte après le signalement de Karine Le Marchand. Nous avons pu consulter en exclusivité des extraits de son audition. Interrogée à propos de son entrevue avec Karine Le Marchand, elle précise alors : "Je confirme avoir évoqué un photographe stagiaire et le fait qu'un policier avait communiqué l'information sur la garde à vue de sa fille." Mais elle réfute d'abord avoir demandé de l'argent à l'animatrice. "Je ne lui ai jamais demandé d'argent, elle ne m'en a jamais remis. (...) Elle m'a juste invitée à déjeuner."

Mais les policiers ont en main des éléments troublants. Des SMS, qu'ils présentent à la patronne de l'agence Bestimage. "Je viens de récupérer ma fille, les vacances commencent, comment vas-tu ? Je te dois des sous, je n'oublie pas", précise ainsi Karine Le Marchand dans un de ces messages. "Je sais que tu n'oublies pas, on verra car à la rentrée les temps seront durs, lui répond alors Michèle Marchand. Je ne me serais pas permis de te relancer. On peut pas faire des photos de toi, toujours très belle à la plage, seule mais bien gaulée ?" L'IGPN fait également mention d'un message plus menaçant de la papesse de la presse people. "Ce sera trop tard, c'est embêtant pour la petite", aurait-elle écrit. Un SMS peut-être de nature, selon les enquêteurs, à convaincre Karine Le Marchand de contacter rapidement "Mimi" Marchand pour éviter la diffusion des photos de sa fille.

"Tout est exact dans les déclarations de Karine Le Marchand"

Face à l'IGPN, elle finit alors machine arrière lors de sa troisième audition. "Je vais vous dire la vérité, j'ai menti depuis le début de cette troisième audition, lance-t-elle. Effectivement, les choses se sont déroulées conformément aux déclarations de Karine Le Marchand. Je lui ai bien dit que j'allais devoir acheter les photos pour 3 000 euros au cours d'une conversation avant notre déjeuner, le 24 février 2020." "Au cours du déjeuner, elle m'a remis effectivement 1 300 euros, ou 1 600 euros de mémoire, j'ai un doute car elle n'avait pas pu retirer que cette somme du distributeur, poursuit-elle. Tout est exact dans les déclarations de Karine Le Marchand."

Michèle Marchand est finalement mise en examen, le 12 août 2021, pour "recel de violation du secret professionnel" et "extorsion de fonds". Contactée par "Complément d'enquête", son avocate, Maître Caroline Toby, n'avait pas donné suite à nos questions le jeudi 13 janvier. Karine Le Marchand s'est portée partie civile dans ce dossier et assure vouloir aller jusqu'au bout de cette procédure. "Ces méthodes sont absolument inacceptables, ça suffit", conclut-elle.

"Mimi" Marchand est par ailleurs poursuivie depuis début juin pour son implication dans l'interview retentissante, diffusée mi-novembre par BFMTV et Paris Match, de Ziad Takieddine, au cours de laquelle le sulfureux intermédiaire avait retiré ses accusations contre Nicolas Sarkozy. Les magistrats du pôle financier du tribunal de Paris soupçonnent que cette rétraction a pu être achetée ou du moins téléguidée de manière frauduleuse.

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