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L'homme aux 271 Picasso devant la Justice

C’est un procès hors du commun qui débute ce mardi à Grasse, dans les Alpes-Maritimes. Il oppose un ancien électricien de 75 ans aux héritiers de Pablo Picasso. Car il possédait 271 œuvres inédites de l’artiste. Pierre Le Guennec est jugé pour "recel de chose volée". Il a va aussi devoir expliquer comment il s'est retrouvé en possession de ces oeuvres.
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Radio France
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 (Pierre le Guennec et son épouse. Cet ancien électricien est jugé à Grasse où il s'expliquera sur les 271 oeuvres de Picasso qu'il possédait © RF/Sébastien Baer)

C’est un véritable trésor. Il y a là 271 œuvres et leur valeur est estimée entre 60 et 100 millions d’euros. Pierre Le Guennec explique que la famille Picasso lui en a fait don, en 1972. A l’époque, il s’occupe de l’installation électrique de la villa de Picasso à Mougins, nous sommes un an avant la mort de l’artiste. Mais problème : ces œuvres ne sont pas datées, pas signées. Certaines sont des portraits de famille, ce qui interpelle Maya Picasso, la fille de Pablo Picasso. "C’est pas possible, parce qu’il n’aurait qu’un seul dessin et il l’aurait dédicacé. Il signait Picasso, il mettait la date et le lieu, donc il n’y avait jamais d’embrouille. Et surtout, mon père ne donnait jamais les portraits de ses enfants et de ses amours" .

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271 collages, gouaches ou dessins dans un garage

Des œuvres données en grand nombre, pas signées. D’après ses héritiers, ça ne ressemble pas du tout aux habitudes de Picasso. Pendant près de 40 ans, Pierre Le Guennec n’a parlé à personne de ces collages, ces gouaches, ces lithographies, ces carnets de dessins.  Il les a gardés dans le garage de sa maison de Mouans-Sartoux. Ce qui étonne Jean-Jacques Neuer, l’avocat de Picasso Administration. "Vous ne cachez pas pendant 40 ans des œuvres précieuses dans un garage, si en plus, vous avez des problèmes d’argent, ce qui justifierait d’en vendre certaines. Ils n’en ont pas mis une seule en vente et en plus ils ont emprunté de l’argent par la suite à la femme de Picasso pour acheter une licence de taxi en 1983. Donc rien n’a de sens. Cela ressemble à quelque chose de très calculé" . Autrement dit, les retraités auraient attendu patiemment, pendant près de 40 ans, la disparition de la plupart des protagonistes de l’affaire. Avant de sortir leur butin du garage et de tenter de l’écouler.

 (Maya Picasso, la fille du peintre, dans son appartement parisien © RF/Sébastien Baer)
"Mon père ne donnait pas de façon aussi incroyablement nombreuse". Maya Picasso, la fille du peintre
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Pas de recel pour la défense

Pour l’avocat du couple Le Guennec, la thèse du recel ne tient pas. Car il aurait fallu être bien naïf pour aller s’adresser directement aux héritiers de Picasso. En près de 40 ans, Pierre Le Guennec avait largement le temps d’écouler les œuvres explique Charles-Etienne Gudin. "Ils ne seraient pas allés se jeter dans la gueule du loup. Et s’ils avaient voulu les vendre petit à petit pendant 40 ans, c’était plus facile de les vendre une par une plutôt que d’arriver avec la totalité chez Claude Picasso. Ce n’est pas un comportement de receleurs" .

"Est-ce à un simple artisan de passage que l’on confie la garde d’un mas de 35 pièces bourré d’œuvres de Picasso, de Degas, de Matisse, de Braque ?"

Pierre Le Guennec est resté trois ans au service de Pablo Picasso, parfois invité à la table du maître, comme il dit. La dernière femme de Pablo Picasso -Jacqueline - a entretenu jusqu’à sa mort des liens avec Le Guennec. Ce qui est certain, assure Eric Agostini, l’autre avocat du couple, c’est que Pierre Le Guennec avait la confiance des Picasso. "Est-ce à un simple artisan de passage que l’on confie la garde d’un mas de 35 pièces bourré d’œuvres de Picasso, de Degas, de Matisse, de Braque. Et s’il a demandé et obtenu 540.000 francs, c’est qu’il y avait une relation très spéciale entre Jacqueline Picasso et les Le Guennec" . Et en démontrant le lien de confiance entre les Picasso et les Le Guennec, l’avocat tente du même coup de rendre crédible la thèse des dons, les 271 oeuvres que les Picasso auraient offertes à l’électricien.

"Je ne vois pas pourquoi je ne récupérerais pas ce que l’on m’a donné"

La justice va donc devoir trancher entre la version des héritiers de Picasso :le recel, et celle défendue par Pierre Le Guennec : le don. En attendant, les 271 œuvres ont été placées sous scellées… Il ne reste à l’électricien qu’un livre dédicacé par Picasso. On peut lire, sur la page de garde, "à mon ami Pierre Le Guennec".  Le retraité a 75 ans, il est en mauvaise santé, et il attend que son honneur soit lavé. "Je ne vois pas pourquoi je ne récupérerais pas ce que l’on m’a donné. Cela vient tout de même de Monsieur et Madame, tout le monde n’a pas eu l’honneur de les côtoyer. Je suis touché quand-même dans mon amour-propre parce qu’on m’accuse de vol et je me retrouve devant les tribunaux. Cela me fait mal, extrêmement mal" . Pierre Le Guennec l’a promis, si les œuvres lui sont restituées, il les exposera dans un musée à Mouans-Sartoux. Pas question pour lui de les vendre.

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