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L'enfer de l’Ecole en bateau dévoilé à la barre

Le fondateur du projet éducatif l'Ecole en bateau, Léonide Kameneff, et trois autres accusés sont actuellement jugés pour viols et agressions sexuelles sur des enfants.

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France Télévisions
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Capture d'écran du site du projet éducatif l'Ecole en bateau, dont trois responsables sont jugés pour viols et agressions sexuelles sur des enfants depuis le 5 mars 2013. (FRANCETV INFO)

Le fondateur du projet éducatif l’Ecole en bateau, Léonide Kameneff, et trois autres accusés, sont actuellement jugés pour viols et agressions sexuelles sur enfants. Ouvert le 5 mars, leur procès révèle progressivement le quotidien terrible des jeunes qui ont participé à l'aventure. Les audiences se tiendront jusqu’au 22 mars. Retour sur l'affaire.

 L'image d'un projet pédagogique paradisiaque

Un élégant thonier en bois, toute voile blanche dehors, fendant les flots. Sur le pont, des enfants qui grimpent au cordage, couvant du regard l'horizon. Ces images, diffusées à la télévision et repassées jeudi à la cour d'assises des mineurs de Paris, ont fait la réputation dans les années 70 à 90 de l'Ecole en bateau. A l'époque, cette formule d'éducation alternative lancée en 1969 était présentée positivement dans de nombreux reportages et recevait un soutien financier de l'Education nationale. Quelque 400 jeunes de 1969 à 2002, pour la plupart des garçons âgés de 10 à 14 ans, ont été emmenés dans ses lointaines croisières. Les enfants partaient de quelques mois à plusieurs années à bord de ces voiliers-écoles, encadrés par Léonide Kameneff et d'autres animateurs.

L'objectif officiel du projet était de "permettre aux enfants d'accéder à leur épanouissement intellectuel, psychologique, affectif et social en leur faisant découvrir d'autres cultures et d'autres contrées".  L'un des plaignant, interrogé par Libération, se souvient effectivement "d’aventures extraordinaires", telles de la plongée sous-marine, des baignades avec des dauphins et des escales dans des îles aux quatre coins du monde. Mais c'était sans compter la nudité, les séances de massage collectif et les relations sexuelles "en tête à tête" avec les adultes. 

Un "cercle" d'attraction pour adultes pédophiles

Derrière le tableau idéal de l'aventure éducative se cachait en réalité un quotidien rythmé par les abus sexuels des adultes sur des enfants. Des abus dénoncés dans une première plainte dès 1994. En tout, 29 anciens élèves ont dénoncé des abus sexuels mettant en cause une dizaine de personnes, mais les règles de la prescription n'ont conduit à retenir des poursuites qu'à l'égard de quatre suspects, et seules neuf plaintes ont pu être prises en compte pour le procès.

Au premier jour des audiences, mardi, les plaignants ont décrit l'emprise psychologique des animateurs de L'Ecole en bateau, qui préconisaient des "rapports sans tabou" entre adultes et enfants, faisant notamment référence à la philosophie de la Grèce antique. L'une des parties civiles a aussi comparé la vie à bord à un "microcosme avec un gourou" dans lequel le contact des enfants avec leurs parents était réduit à son strict minimum. Alain Capron, policier de la brigade des mineurs entendu jeudi, a dressé une liste des faits qu'il a recueillis dans les plaintes : masturbations et fellations avec un enfant "quand tout le monde dort", adultes allongés nus "au milieu des enfants" qu’ils "se passent de l’un à l’autre"... Pour l'enquêteur, l'Ecole en bateau est devenue un "cercle" d'attraction pour adultes pédophiles.

Léonide Kameneff, un libertaire qui se défend d'être "pédophile"

Léonide Kameneff est "un personnage fascinant, dérangeant", qui "parle d'un autre siècle dont mai 68 est le tournant", explique la chroniqueuse judiciaire du Monde sur son blog. Instituteur devenu psychologue, il "prône la sexualité entre enfants et adultes" rapporte Libération. 

Léonide Kameneff à son arrivée au palais de justice de Paris, le 5 mars 2013. (BERTRAND GUAY / AFP)

Ce libertaire, qui s'est décrit à l'audience comme un "sauvage social", a tenté de justifier ses gestes. "Je reconnais que j'ai eu tort, étant donné ce qui se passe maintenant, (...) mais à l'époque, ça ne m'a pas paru mal, ça ne m'a pas paru anormal non plus", a-t-il déclaré mardi. Cette explication a fini par agacer le président de l'audience : "Franchement monsieur Kameneff, pensez-vous que la société en 1986 était plus tolérante quand un homme de 45 ans se faisait faire une fellation par un enfant de 10 ans", s'est-il impatienté. "Non", a alors reconnu l'accusé.

L'homme de 76 ans a admis cette semaine des "caresses affectueuses" et masturbations sur des enfants à bord des voiliers, mais il refuse d'être qualifié de "pédophile".

 Deux autres accusés eux-même victimes d'abus

Parmi les autres accusés se trouvent Bernard Poggi, le bras droit de Kameneff sur les bateaux. Interrogé sur ses relations avec celui qui fut d'abord son professeur quand il avait 11 ans, Bernard Poggi a reconnu avoir eu une relation intime avec le fondateur de l'Ecole en bateau. Il avait déjà évoqué cette relation dans un entretien à Libération, expliquant que Léonide Kameneff était devenu "son père spirituel" et qu'il lui avait fait découvrir "les caresses sexuelles, les relations physiques". "Mais je n’ai jamais eu l’impression que cela m’était imposé", explique-t-il au journal. Avant de reconnaître qu’il n’en aurait "pas eu l’idée tout seul"Bernard Poggi a reconnu dès 2008 la plupart des agressions sexuelles qui lui sont reprochées.

Un autre accusé, aujourd'hui âgé de 39 ans, affirme avoir lui aussi été violé sur le bateau et est également partie civile. Agé de 17 ans à l'époque des faits reprochés, les experts ont estimé qu'il les avait commis "sous l'influence d'adultes qui avaient faussé sa notion des limites et des tabous".

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