Enlèvement de Mia : certains survivalistes sont "dans une logique d'effondrement volontaire" et peuvent être "dangereux", selon un ancien négociateur du Raid

Le survivalisme, dont certains suspects impliqués dans l'enlèvement de Mia sont des adeptes, peut être une notion "dangereuse" si ceux qui la pratiquent adoptent "une logique d'effondrement volontaire", révèle Laurent Combalbert, ancien négociateur du Raid.

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Le squat de la commune de Sainte-Croix, située dans le canton de Vaud (Suisse), le 18 avril 2021, où la petite Mia et sa mère ont été retrouvées. (FABRICE COFFRINI / AFP)

Il y a les survivalistes "optimistes [...] qui recherchent l'autosuffisance" et les survivalistes "dans une logique d'effondrement volontaire", ceux-là peuvent être "dangereux", a expliqué sur franceinfo vendredi 16 avril Laurent Combalbert, ancien négociateur du Raid. Ce spécialiste des kidnappings et des mouvements survivalistes et collapsologues a écrit Négo, un roman noir inspiré de son travail.

Dans l'enlèvement de Mia, quatre hommes soupçonnés d'adhérer à une mouvance complotiste et survivaliste sont en garde à vue.

franceinfo : Qui sont les survivalistes et combien sont-ils ?

Laurent Combalbert : On a du mal à les chiffrer de manière claire. Il y a les survivalistes que j'appelle optimistes, ceux qui se préparent à un effondrement du système partiel et qui commencent à aller chercher l'autosuffisance et l'autonomie. Et puis, les survivalistes agressifs, qui sont dans une logique d'effondrement presque volontaire, recherchée, qui se retrouvent par quelques centaines sur des réseaux et sur des pages spécialisées.

Le terme de survivaliste pour cette première catégorie est un petit peu exagéré puisqu'ils ne cherchent pas la survie, ils cherchent à vivre autrement. Ils sont dans la recherche de l'autosuffisance, de l'autonomie énergétique, du localisme, arriver à se nourrir localement, avoir un impact écologique le plus le plus léger possible, réduire sa consommation. Et donc, ils sont plutôt solidaires et jouent sur l'entraide. Alors que les survivalistes agressifs ou les "effondristres", ceux qui cherchent l'effondrement du système, sont dans une logique d'armement. Ils sont plutôt solitaires, par petits groupes, petites meutes, et ils sont plutôt dans la logique : si le système s'effondre, les gens ne vont pas s'entraider, mais vont s'entretuer et il va falloir qu'ils survivent, le temps ensuite de revoir un nouveau système social s'organiser.

D'où vient le survivalisme ?

Le survivalisme existe depuis pas mal de temps, la crainte de la guerre froide et d'une guerre nucléaire a commencé à faire construire des bunkers dans les jardins de certains Américains. Mais ça a commencé à se développer avec les théories de l'effondrement qui sont arrivées notamment avec le livre de Jared Diamond, L'Effondrement, sur le fait que notre civilisation avait des chances de s'effondrer par son système énergétique défaillant, par son système social à bout de souffle. Bref, tout un tas de facteurs qui pourraient expliquer que le système dans lequel on vit aujourd'hui, le système global, pourrait s'effondrer. Et certaines personnes en lutte contre ce système ont trouvé un intérêt à se préparer à cet effondrement, voire le rechercher.

Est-ce qu'ils sont potentiellement dangereux ?

Comme toute personne dogmatique, à un certain moment, quand vous êtes tellement persuadé que votre croyance est la vérité et que vous allez tordre la réalité, refondre la réalité pour la rendre crédible pour vous, eh bien oui, vous commencez à devenir dangereux. Si vous cherchez l'effondrement du système, ça veut dire que vous pouvez mener des actions qui peuvent être criminelles, voire terroristes.

On ne parle pas forcément de personnes armées avec des armes de poing ou des kalachnikovs, mais ça peut être aussi des hackers. J'ai eu dans ma carrière à négocier avec plusieurs hackeurs dont la volonté était de casser le système financier international et donc de s'attaquer à des institutions financières ou des institutions qui s'occupent de la circulation des fonds dans le monde, pour qu'on ne puisse plus avoir accès à notre argent.

Alors, justement, comment fait-on pour négocier quand on se retrouve face à des survivalistes ? Quel type d'arguments peut-on utiliser ?

C'est très compliqué. Face à un dogmatique, il est très difficile de le faire changer d'avis. Il est très difficile de l'amener à réfléchir à des conséquences de ce qu'il pourrait faire parce que pour lui, c'est le sens de sa vie et c'est sa réalité. Il y a assez peu d'arguments, si ce n'est faire douter sur la réalité de la cause qui est défendue. Et ça, c'est compliqué parce que c'est du jeu d'argumentation et de contre-argumentation. On est plus dans du positionnement que réellement dans la négociation.

On a la chance en France d'avoir des services de renseignement parfaitement informés de ce type de risques. Alors il y a toujours forcément le risque que certains passent au travers de la raquette. Mais les services de police, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ou les services de gendarmerie territoriaux ont une vision à peu près claire de qui fait quoi, du degré d'enseignement militaire qui est apporté dans certains stages. Il y a des stages de survie dans lesquels on apprend à reconnaître les champignons et la nourriture comestible dans les forêts. Et puis d'autres où on apprend à utiliser des armes et à se protéger contre les autres avec une logique beaucoup plus agressive.

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