Des employés d'Amazon et de Microsoft impliqués dans un scandale de prostitution à Seattle

L'hebdomadaire américain "Newsweek" s'est procuré des e-mails envoyés à des proxénètes par des employés des deux entreprises. Une affaire qui lève le voile sur l'explosion de la prostitution dans leur berceau de Seattle.

Le siège de Microsoft à Redmond (Etats-Unis), photographié le 17 juillet 2014.
Le siège de Microsoft à Redmond (Etats-Unis), photographié le 17 juillet 2014. (STEPHEN BRASHEAR / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)
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Une pratique illégale, mais répandue, organisée et assumée. Dans une longue enquête publiée jeudi 21 décembre, le magazine Newsweek (en anglais) révèle que des dizaines d'employés de Microsoft et d'Amazon sont dans le viseur de la justice pour des faits de prostitution à Seattle, alors que l'Etat de Washington interdit la prostitution. L'hebdomadaire fait le parallèle avec les accusations de sexisme et de harcèlement, fréquentes dans ce secteur d'activité. 

Franceinfo revient sur cette affaire.

Des mails d'employés identifiés par la police

L'enquête a commencé en 2015, avec une opération d'infiltration contre trois sites sur lesquels les internautes comparaient les prestations de différentes prostituées coréennes. Parmi les visiteurs, figuraient de nombreux employés des entreprises technologiques. L'hebdomadaire américain s'est ainsi procuré les e-mails d'employés d'Amazon et de Microsoft via une demande officielle au bureau du procureur du comté de King.

"Les forces de l'ordre les ont récupérés ces dernières années sur des ordinateurs saisis dans des bordels et lors d'une opération d'infiltration qui a permis de coincer des hauts dirigeants d'Amazon et Microsoft en 2015", explique Newsweek. Ces courriels ont été envoyés entre 2014 et 2016, principalement via des adresses mail Amazon (63) et Microsoft (67). Selon le magazine, ces clients auraient été obligés d'utiliser leur adresse professionnelle pour prouver qu'ils n'étaient pas des policiers.

Contactés, Microsoft et Amazon minimisent l'affaire. "Le comportement d'une infime partie de nos 125 000 employés ne reflète en aucun cas notre culture", se défend la première entreprise. "C'est contre les règles d'Amazon qu'un employé se livre à du commerce sexuel sur son lieu de travail ou dans un endroit lié au travail, comme lors d'un déplacement professionnel ou une rencontre d'affaires", rappelle la seconde. L'hebdomadaire a pour le moment décidé de ne publier aucun nom et précise qu'ils ne sont pas mis en examen pour le moment.

Des sites où les femmes sont maltraitées et victimes de chantage

Selon Newsweek, les sites comparatifs sont régulièrement présentés par leurs défenseurs comme un moyen d'assurer la sécurité des prostituées, en écartant les hommes dangereux. "Mais les commentaires relevés sur ces sites témoignent au mieux d'un manque de compassion, au pire d'un mépris généralisé pour les femmes", écrit l'hebdomadaire.

Sur KGirlsDelight.com (fermé depuis), ces derniers attribuaient ainsi une note à chacune et commentaient leurs compétences sexuelles. Mais certains ne s'arrêtaient pas à ces échanges critiques en ligne. Un groupe informel, "la ligue des gentlemen extraordinaires", se retrouvait en chair et en os à intervalles réguliers pour approfondir le sujet. Des réunions que la police a pu enregistrer. "Je pense qu'on n'en fait pas de plus parfaite", commente par exemple un client, à propos d'une prostituée coréenne. "Juste après les Coréennes, j'ai toujours eu un faible pour les filles d'Europe de l'Est, raconte un autre. Comme les Tchèques, les Hongroises... Toutes celles qui viennent des pays déchirés par la guerre. Toutes celles qui 'travaillent pour manger'".  

Un autre commentateur s'est lui vanté d'avoir enchaîné une femme à un radiateur. Il y a quelques mois, sur la chaîne ABC, une ancienne prostituée de la ville avait raconté qu'elle avait été "violée", "détenue contre son gré" ou "étranglée" par des clients rencontrés sur ces sites. Selon les autorités, le portrait-robot d'une prostituée de Seattle est une femme asiatique, qui ne parle pas anglais et communique via des applications de traduction. Elle rencontre 5 à 15 clients par jour, dans des salons de massage, des hôtels ou parfois même dans les locaux de leur entreprise. Un des proxénètes arrêtés en 2015 avait reconnu que la plupart de ces femmes étaient contraintes de travailler pour payer leurs dettes ou par crainte pour la sécurité de leur famille.

Le secteur des technologies, un "nid d'amateurs de prostituées"

Une étude du ministère de la Justice, citée par Newsweek, indique que l'industrie du sexe croît plus vite à Seattle que dans le reste du pays. Elle aurait doublé de taille entre 2005 et 2012, un boom qui coïncide avec l'implantation des grandes entreprises technologiques dans la ville. Et selon l'hebdomadaire, il existerait un véritable "nid d'amateurs de prostituées" dans les entreprises technologiques, où les hommes sont surreprésentés et passent de longues heures devant leur ordinateur. 

Dans leur publicité, certains salons mettent ainsi en avant leur proximité géographique avec le siège d'une des deux entreprises, en l'occurrence Microsoft. Certains des clients dépenseraient jusqu'à 50 000 dollars (40 000 euros) pour se payer les services de prostituées. Selon une source policière, l'affaire des e-mails ne représente qu'une petite partie du problème. En mars 2018, un directeur d'Amazon et un autre de Microsoft – les seuls parmi les 17 personnes impliquées dans l'opération de 2015 à avoir choisi d'aller devant un tribunal – doivent ainsi être jugés.