Cet article date de plus de huit ans.

Darrieussecq : "Les filles Distilbène doivent être plus fortes que tout un laboratoire"

L'écrivaine, soutien des victimes de cette hormone de synthèse, réagit pour francetv info à la condamnation des laboratoires en appel, prononcée vendredi.

Article rédigé par
Propos recueillis par - Violaine Jaussent
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
L'écrivaine Marie Darrieussecq, le 11 septembre 2007 à Paris. (MAXPPP)

SANTE – Une somme totale de 213 000 euros : c'est ce que les laboratoires pharmaceutiques UCB Pharma et Novartis vont verser à Marie-Elise Pesenti, une "fille Distilbène", souffrant d'un cancer, et à plusieurs de ses proches. La cour d'appel de Paris a confirmé cette condamnation, vendredi 26 octobre. Elle a toutefois débouté la seconde femme impliquée dans ce combat judiciaire.

Comme ces deux femmes, l'écrivaine Marie Darrieussecq (auteure, entre autres, de Truismes) a été exposée pendant la grossesse de sa mère à cette hormone de synthèse cancérigène. Ce médicament était en effet prescrit à des patientes, dans les années 1960 et 1970, pour prévenir les fausses couches. Marie Darrieussecq est la marraine du réseau D.E.S Francequi soutient les victimes du Distilbène. Contactée par francetv info, elle a accepté de réagir à cette décision de justice.

Francetv info : Comment accueillez-vous cette décision ? 

Marie Darrieussecq : Dans le premier cas, c'est une grande victoire : Marie-Elise, atteinte d'un cancer, n'a pas l'ordonnance qui prescrit du Distilbène à sa mère, et a quand même obtenu gain de cause. Mais ce n'est pas le cas de la seconde femme, Sophie, qui souffre d'un problème d'infertilité. Au vu de son parcours, je ne comprends pas qu'on ne lui ait pas accordé de dédommagements. Chez une femme, le col de l'utérus et l'utérus revêtent une apparence typique après des dégâts causés par le Distilbène. Elles peuvent notamment souffrir d'une malformation qui empêche de porter un enfant à terme. Selon moi, cela devrait suffire à la justice pour établir qu'elles ont été exposées à cette hormone cancérigène.

Au-delà de cette décision, donc, le combat des "filles Distilbène" pour obtenir gain de cause continue. Comment peut-il avancer ?

Il faut croire la plaignante sur parole, en observant les dégâts qu'elle a subis, plutôt que de l'obliger à fournir une ordonnance. On demande aux victimes d'être plus fortes que tout un laboratoire : je trouve cela très difficile et surtout dégueulasse. Se battre aujourd'hui contre les laboratoires pharmaceutiques toute seule, avec une petite association, c'est un combat de David contre Goliath. Mais ce n'est pas un combat perdu d'avance. La décision de la cour d'appel de Paris peut donner de l'espoir à d'autres victimes, qui ont le courage de se lancer dans cette bataille.

Surtout, il faudrait qu'on puisse enfin mener des class actions en France, c'est-à-dire que les victimes puissent se grouper pour porter plainte toutes ensemble, car nous sommes très nombreuses. Et très nombreux aussi : on parle peu des "fils Distilbène", pourtant les hommes aussi sont touchés [des études ont montré que les garçons exposés au Distilbène pendant la grossesse de leur mère pouvaient présenter une infertilité].

Personnellement, comment envisagez-vous votre combat ?

J'ai les ordonnances de ma mère, mais j'ai décidé de ne pas porter plainte, parce que j'ai accédé à une forme de bonheur grâce à d'autres aspects de ma vie. J'ai réussi à avoir trois enfants, qui sont nés très prématurément, mais qui sont aujourd'hui en bonne santé. La vie étant courte, j'ai décidé de ne pas passer dix ou quinze ans à me battre en justice contre des laboratoires. 

Je me satisfais d'être la marraine de l'association, c'est comme cela que je mène mon combat. Je parle le plus possible aux médias de cette affaire qui n'est pas très glamour, et difficile à aborder. Ce n'est pas facile tous les jours de parler de son utérus. Je me bats de façon associative et militante. Mais je trouve admirables les personnes qui ont le courage de se lancer dans ce combat.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.