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Création d'une agence des travaux d'intérêt général : "Ce ne sont pas des délinquants mais plutôt des jeunes un peu perdus"

L'État veut développer les travaux d’intérêt général pour lutter contre la récidive et la surpopulation carcérale. La création d’une agence chargée de développer ces TIG vient d’être annoncée. À Toulouse, l'entreprise Tisséo accueille ce type de peine depuis cinq ans. 

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Radio France
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Alexandre a exécuté des tâches d'entretien lors de ses deux semaines de travaux d'intérêt généraux au sein de Tisséo. (MATHILDE LEMAIRE / RADIO FRANCE)

À Toulouse, l’entreprise publique de transports urbains Tisséo accueille déjà des condamnés depuis cinq ans. Parmi eux, Alexandre, un jeune homme de 23 ans. Il vient d’effectuer deux semaines de travaux d’intérêt général : "On prépare le matériel pour qu’il puisse partir en intervention et après on prépare les véhicules pour chaque équipe". Depuis 2015, ce garçon, avec un air presque timide sur le visage, a été condamné à deux reprises pour recel. La seconde fois, le juge a estimé, en accord avec le jeune homme, que des travaux d’intérêt général seraient mieux.

Des condamnations allant de 20 à 280 heures

Aujourd’hui, les travaux d’intérêt général - créés en 1983 - ne représentent que 7% des peines prononcées. Pour faire évoluer cette situation, un "tour de France" des TIG vient de débuter. Des professionnels sillonnent la France pour convaincre des associations, des collectivités et des organismes publics d’accueillir des condamnés. L’objectif : lutter contre la récidive et la surpopulation carcérale. Une condamnation à des travaux d'intérêt général peut aller de 20 à 280 heures et peut être prononcée contre des prévenus dès l'âge de 16 ans. Un condamné qui n'exécuterait pas cette peine risque 2 ans de prison et 30 000 euros d'amende.

Pendant la durée de ses travaux d’intérêt général, Alexandre a réalisé des tâches de maintenance et de nettoyage des véhicules de service. Il en a presque oublié qu’il était en train d’exécuter une peine. "Je ne savais pas trop comment ça allait se passer, mais on se rend compte qu’on rentre dans une équipe et dans un cadre. C’est valorisant", raconte-t-il. Comme dans 73% des cas de condamnation à des travaux d’intérêt général, l’opération est un succès. "Une fois qu’on a fait de la prison, c’est compliqué de se réinsérer, alors que là, je pense que c’est plus facile", dit Alexandre, qui a même déposé un CV au secrétariat de l’entreprise avant de partir.

Trente condamnés accueillis en 2017 au sein de Tisséo

Le secret de cette réussite tient aussi au tuteur que la société Tisséo a désigné il y a plus de quatre ans pour encadrer les jeunes condamnés. "Pour moi, ce ne sont pas des délinquants mais plutôt des jeunes un peu perdus, qui ont besoin d’être un peu plus cadrés, explique Marc Segouffin, tuteur de ces jeunes chez Tisséo. Quand ils arrivent, je leur dis : ‘Pour moi, vous êtes des stagiaires et aux yeux des autres collègues, vous êtes des stagiaires’. Il faut leur faire confiance un petit peu". Si les débuts sont parfois compliqués, à la sortie, les condamnés le remercient tous, assure le tuteur. Selon lui, "quasiment tous" voudraient rester ensuite.

En 2017, Tisséo a accueilli une trentaine de condamnés, selon Jean-Jacques Arnal, le directeur de la sûreté. La plupart sont des hommes, âgés entre 20 et 25 ans, condamnés pour des dégradations, des vols et des délits routiers. Il voit une "vertu pédagogique" dans ces TIG qui permettent de découvrir une entreprise et ses règles : "le respect des horaires, des tenues, des gens et de la hiérarchie".

Pour moi, c’est la deuxième chance. Souvent, ils ont loupé la première marche. On espère être la seconde et la bonne

Jean-Jacques Arnal

à franceinfo

Fier de cette démarche, Jean-Jacques Arnal veut encourager les autres organismes et entreprises à accueillir des personnes condamnées à des TIG. Il aimerait aussi que l’Etat ouvre les portes des "PME et des petites entreprises qui auraient des postes à mettre à disposition". Actuellement, seules "les collectivités locales, les associations et les entreprises qui ont une mission de service public" sont susceptibles d’accueillir ce type de peine, précise Rodolphe Mangel, le directeur adjoint du service pénitentiaire d’insertion et probation à Toulouse.

En réalité, les entreprises comme Tisséo sont rares à se lancer dans cette aventure. Un véritable frein pour les juges qui aimeraient prononcer plus souvent des TIG que des peines de prison désocialisantes. Rodolphe Mangel passe ainsi une bonne partie de son temps à démarcher des sociétés ou des mairies par exemple pour les convaincre : "On est réellement sur une peine utile. Les personnes condamnées à des travaux d’intérêt général le sont pour des délits mineurs. Il faut défantasmer les choses."

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