Côte d'Ivoire : Laurent Gbagbo devant la CPI, à qui le tour ?

L'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo a été écroué la nuit dernière à La Haye. Il est soupçonné de quatre crimes contre l'humanité commis lors des violences post-électorales de 2010-2011. Mais il ne devrait pas être le seul à être jugé pour les quelque 3.000 morts de cette crise.

(Issouf Sanogo AFP)

"Laurent Gbagbo est le premier à devoir rendre compte de ses actes. Il ne sera pas le dernier ", prévient le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) Luis Moreno-Ocampo. L'ancien président ivoirien aura à répondre de quatre accusations de crimes contre l'humanité (meurtre, viol, persécution et actes inhumains) commis par ses forces entre décembre 2010 et avril 2011, après l'élection d'Alassane Ouattara (voir les détails sur le site de la CPI).

En visite à Abidjan, le procureur de la CPI avait promis le 15 octobre une enquête "impartiale " qui ciblerait "trois à six personnes " ayant les plus lourdes responsabilités dans les crimes commis lors de la crise, sans plus de précision.

Il pourrait notamment s'agir de la femme de Laurent Gbagbo, Simone Gbagbo, qui se trouve actuellement en détention à Odienné, au nord-ouest de la Côte d'ivoire. Elle avait déjà été inculpée en août - comme son mari - pour "crimes économiques" commis durant la crise.

Au total, plusieurs dizaines de personnalités du régime déchu, civils et militaires, sont détenues pour crimes de sang, atteinte à l'autorité de l'Etat ou crimes économiques. Mais la majorité d'entre eux ont en fait pris la fuite. C'est le cas de Charles Blé Goudé, chef des "jeunes patriotes" pro-Gbagbo, en cavale en Afrique de l'Ouest et contre lequel un mandat d'arrêt international a été délivré. 

"Nous saisirons la Cour d'autres affaires, quelle que
soit l'affiliation politique des personnes concernées"

Mais le procureur de la CPI ne s'arrêtera pas au camp Gbagbo. "L'enquête suit son cours. Nous continuerons de recueillir des éléments de preuve en toute impartialité et en toute indépendance ", explique Luis Moreno-Ocampo, n'excluant pas de juger aussi des responsables du
camp d'Alassane Ouattara, puisque selon lui "il apparaît que des crimes ont été commis dans les deux camps ". Selon l'Onuci, au moins 1.000 personnes avaient été tuées dans l'ouest du pays en mars 2011, pendant l'offensive des Forces républicaines (FRCI) d'Alassane Ouattara autour de Duékoué.