"C'était un festival de voitures brûlées" : pourquoi le quartier du Mirail à Toulouse s'embrase

Des incidents entre les jeunes du quartier et les forces de l'ordre ont éclaté dimanche soir à Toulouse. Ils se sont poursuivis dans la nuit de lundi à mardi. Au total, dix-huit personnes ont été interpellées et vingt-cinq voitures brûlées. 

Une voiture en feu dans le quartier de Bagatelle (Toulouse), le 16 avril 2018.
Une voiture en feu dans le quartier de Bagatelle (Toulouse), le 16 avril 2018. (FABRICE VALERY / FRANCE 3)

En arrivant au travail, l'odeur de brûlé a pris le nez de Sabrina. "A cinquante mètres de là, une barricade a cramé il y a quelques heures", raconte cette habitante du Mirail à Toulouse (Haute-Garonne). Ce quartier populaire de la Ville rose a de nouveau été le théâtre d'incidents dans la nuit du lundi 16 au mardi 17 avril. Voitures incendiées, jets de pierre, affrontements avec les forces de l'ordre... Dix-huit personnes ont été interpellées, des jeunes essentiellement. Mais les causes de cette soudaine montée de violence restent floues. Franceinfo vous résume ce que l'on sait. 

Que se passe-t-il au Mirail ?

Situé au sud-ouest de Toulouse, le quartier populaire du Mirail est une nouvelle fois au cœur de violences urbaines qui durent depuis deux jours maintenant. Les incidents touchent la Reynerie et Bellefontaine, mais aussi la Faourette et Bagatelle de l'autre côté du périphérique, tous classés en zone de sécurité prioritaire (ZSP).

Tout débute dans la soirée du dimanche 15 avril. "De nombreux véhicules ont été incendiés", rapporte France 3. Onze, selon la direction départementale de la sécurité publique (DDSP) de la Haute-Garonne. Un commissariat est également pris pour cible, tout comme des véhicules de police. Ce soir-là, une centaine de personnes ont affronté les forces de l'ordre pendant plusieurs heures. 


Le lendemain, lundi 16 avril, rebelote. De nouveaux incidents éclatent, toujours au même endroit, et toujours dans la soirée. Selon la police, des tirs de mortier sont lancés depuis des appartements en coursive. Les forces de l'ordre répliquent par des tirs de grenades et de bombes lacrymogènes. Une barricade en flammes barrera longtemps la rue Paul-Gauguin. "Il y a encore des traces sur le sol, décrit une habitante à franceinfo. C'était un festival de voitures brûlées." Dans ses colonnes, La Dépêche du Midi évoque "un jeu du chat et de la souris entre jeunes et policiers."

Dans un communiqué, le préfet de la Haute-Garonne condamne "avec la plus grande fermeté ces faits de violences qui conduisent à la destruction des biens privés et mettent en danger des vies humaines."

Aucun blessé n'est à déplorer, fait savoir la préfecture. Mais les dégâts matériels sont importants. A ce jour, dix-huit personnes ont été interpellées pour "des faits de violences, de destruction de bien par incendie et d'outrage". Des jeunes du quartier essentiellement, rapporte à franceinfo le syndicat Unité SGP Police-FO. Au total, 25 véhicules ont été incendiés, toujours d'après ces syndicats.

Quelle est l'origine de ces violences ?  

Sur ce point, les versions divergent. Selon la police toulousaine, la tension dans le quartier est liée au contrôle d'une femme portant un niqab, dimanche 15 avril dans l'après-midi. Cette dernière aurait refusé de se soumettre aux vérifications de la police, relate France 3

Ces violences pourraient également avoir débuté après le suicide d'un détenu de 26 ans, natif de la Reynerie. Il a été retrouvé pendu, samedi 14 avril, dans sa cellule du quartier disciplinaire de la maison d'arrêt de Seysses (près de Toulouse). Le parquet de Toulouse confirme le suicide de ce détenu, placé à l'isolement après avoir agressé et menacé de mort un surveillant. Il était en détention provisoire pour une affaire criminelle commise dans un autre département. "La rumeur relayée par les émeutiers affirme qu'il a été tué par les surveillants pénitentiaires", croit savoir France Bleu. "C'est ce qu'on lit encore aujourd'hui sur les réseaux sociaux", glisse à franceinfo Sébastien Pelissier, secrétaire départemental adjoint pour la Haute-Garonne du syndicat Alliance.

Des jeunes pensent que ce détenu a été roué de coups par les matons.Sébastien Pelissier, secrétaire adjoint pour la Haute-Garonne du syndicat Allianceà franceinfo 

Sa mort a d'ailleurs provoqué la colère d'une centaine d'autres détenus qui ont refusé pendant plusieurs heures de réintégrer leurs cellules. 

De son côté, le syndicat Unité SGP Police-FO "entend ces explications." Mais pour Didier Martinez, le secrétaire régional, "tout est lié à un contexte tendu plus général." "Le quartier du Mirail est en mission de reconquête républicaine, détaille-t-il à franceinfo. Les collègues ont mené de vastes opérations ces dernières semaines, elles ont débouché sur de grosses saisies de drogue, ainsi que des interpellations."

Ces opérations de police ont forcément déstabilisé l'économie souterraine du quartier.Didier Martinez, secrétaire régional du syndicat Unité SGP-FO Policeà franceinfo

Faut-il craindre d'autres violences ?

Pour le syndicat Unité SGP-FO, "l'ambiance n'est pas encore retombée sur place." De son côté, Alliance imagine "un retour au calme plutôt rapide." Par précaution, le dispositif composé d'une centaine d'hommes est maintenu. Craignant de nouveaux incidents, la préfecture de Haute-Garonne a pris un arrêté interdisant la vente et le transport de carburant au détail.

Le quartier du Mirail, connu pour ses trafics de drogue et ses règlements de comptes, a été retenu par le gouvernement pour une expérimentation de la police de sécurité du quotidien (PSQ). "Moi qui suis sur le terrain tous les jours, je ne ressens pas de peur, lâche Sabrina. En tout cas, pas pour le moment. Pour autant, je ne traîne pas dans les tours après 18 heures."