Groupe de Tarnac : pourquoi le juge Fragnoli se retire de l'enquête

Les avocats de Julien Coupat et d'Yldune Levy mettent en cause l'impartialité du magistrat dans l'enquête sur les sabotages de lignes TGV en 2008. Il a demandé lui-même son dessaisissement.

Des officiers de la police judiciaire à Tarnac (Corrèze), le 11 novembre 2008, enquêtent sur des sabotages de lignes TGV à l\'automne 2008.
Des officiers de la police judiciaire à Tarnac (Corrèze), le 11 novembre 2008, enquêtent sur des sabotages de lignes TGV à l'automne 2008. (THIERRY ZOCCOLAN / AFP)

A sa demande, le juge antiterrosite Thierry Fragnoli a été dessaisi de l'enquête sur les sabotages de lignes TGV en 2008, dont est soupçonné le "groupe de Tarnac"(Corrèze), annonce l'AFP mercredi 4 avril. Il était cosaisi du dossier avec deux autres juges d'instruction du pôle antiterroriste.

Pourquoi le juge Fragnoli voulait-il être dessaisi de l'enquête ?

Thierry Fragnoli a demandé lui-même au procureur de la République son dessaisissement en raison de la "campagne de presse relayant des attaques personnelles" contre lui, selon une source proche du dossier.

Le juge Fragnoli était visé par une demande de récusation des avocats de deux personnes mises en examen dans cette enquête. Les avocats de Julien Coupat et d'Yldune Levy mettent en cause l'impartialité du magistrat, s'appuyant notamment sur le livre du journaliste David Dufresne Tarnac, magasin général, et sur un e-mail envoyé à des journalistes et révélé par Le Canard enchaîné.

Qu'est-il reproché à Thierry Fragnoli ?

Le juge Fragnoli aurait écrit un e-mail le 12 mars à quelques journalistes qualifiés d'"amis de la presse libre (je veux dire celle qui n'est pas affiliée à Coupat-Assous [avocat de Julien Coupat])", rapporte LeMonde.fr. Les avocats lisent dans ces lignes "un mépris total du magistrat des obligations de sa fonction ainsi qu'un parti-pris en faveur de la culpabilité", selon le quotidien du soir.

Ils citent aussi dans leur requête l'ouvrage de David Dufresne, qui assure que le juge "exultait" après la découverte, dans la Marne, de tubes PVC pouvant avoir un lien avec l'enquête.

Plusieurs médias, comme Libération dans un portrait récent, soulignaient la volonté du juge de garder coûte que coûte ce dossier dans la sphère de l'antiterrorisme alors que les indices restaient faibles.

Que devient le dossier Tarnac ?

Le dossier d'instruction va être confié à de nouveaux magistrats. En effet, Thierry Fragnoli était co-saisi de l'affaire avec les juges Yves Jannier et Edmond BrunaudMais, selon Le Monde, ce dernier "est parti en 2011". Le dossier revient donc à Yves Jannier. Mais le juge doit "quitter le pôle antiterroriste du tribunal de Paris pour Pontoise dans les prochains jours"