Adlène Hicheur peine à se justifier au second jour de son procès

Ce physicien franco-algérien est accusé de terrorisme. Son procès s'est terminé dans la soirée de vendredi. Le jugement a été mis en délibéré, et sera rendu le 4 mai. FTVi fait le récit de la seconde audience.

Le physicien franco-algérien Adlène Hicheur, soupçonné d\'avoir envisagé des attentats contre la France, lors de son procès au tribunal correctionnel de Paris, le 29 mars 2012.
Le physicien franco-algérien Adlène Hicheur, soupçonné d'avoir envisagé des attentats contre la France, lors de son procès au tribunal correctionnel de Paris, le 29 mars 2012. (BENOIT PEYRUCQ / AFP)

Au second jour de son procès, vendredi 30 mars, Adlène Hicheur a tenté de se montrer plus déterminé. Ce physicien franco-algérien de 35 ans, soupçonné d'avoir envisagé des attentats contre la France, a toutefois peiné à se justifier. Jeudi, lors de la première audience, il s'était pourtant défendu pied à pied.

Adlène Hicheur sera finalement fixé sur son sort dans un peu plus d'un mois : le tribunal correctionnel de Paris a mis sa décision en délibéré et la rendra le 4 mai. Le procureur a requis 6 ans de prison ferme.

Acte 1 : "C'est de l'acharnement"

Il est 14h15 vendredi, quand le procès d'Adlène Hicheur, qui a débuté la veille, reprend. La présidente du tribunal, Jacqueline Rebeyrotte, poursuit l'examen des e-mails. Adlène Hicheur lui répond sur un ton plus offensif que jeudi : "Je vais sortir de ce procès avec la maladie 'istite' aiguë : je n'ai jamais entendu autant de termes sur moi avec ce suffixe, comme dans islamiste ou jihadiste". "Vous trouvez pas qu'il est un peu grand, le chapeau qu'on veut me faire porter ? Avant, c'était un sombrero, maintenant c'est une plateforme", ajoute-t-il. Mais ce ton, visiblement, agace la présidente.

"C'est de l'acharnement, poursuit Adlène Hicheur. Je n'exclus pas avoir écrit des conneries dans ma vie mais là je ne peux pas réagir sur deux phrases, que vous ponctionnez sur sept ans d'échanges". Puis il se rassoit en posant sa béquille d'un geste brusque.

Acte 2 : "J'ai l'impression d'être un acteur appelé à jouer plusieurs rôles avec le même costume"

La présidente du tribunal s'intéresse ensuite à des messages rédigés en septembre 2008. Dans ces e-mails, Hicheur se serait dit prêt à s'impliquer dans une revue qui aborde l'islamisme, et le jihad en particulier. "J'ai l'impression d'être un acteur appelé à jouer plusieurs rôles avec le même costume", se défend Adlène Hicheur, qui s'embrouille un peu.

"Vous avez déclaré en garde à vue avoir traduit des communiqués d'Aqmi [Al-Qaida au Maghreb islamique], est-ce que vous maintenez ces déclarations, oui ou non ?", reprend le procureur, Guillaume Portenseigne. "Je ne peux pas répondre de manière binaire. Ces messages ne sont pas aussi clairs que vous le dites", rétorque Hicheur. Tout au long du procès, il aura toujours refusé de faire des réponses manichéennes, tandis que les questions du procureur l'y incitaient.

S'en suit un moment de crispation. "Le frère commence à m'énerver", s'emporte le procureur après avoir posé une nouvelle question. "J'ai une sale gueule ?" lui répond Halim Hicheur. La présidente décide alors de le faire sortir.

La tension retombe, et le tribunal demande à Adlène Hicheur de se justifier sur un financement d'Aqmi, qu'il aurait effectué via un compte PayPal. "Je reconnais avoir souhaité transférer de l'argent vers l'Algérie, pour des pauvres et des nécessiteux. Mais je me suis ravisé", commente-t-il. "Alors pourquoi avoir créé un fichier 'Aqmi' sur votre ordinateur ?" s'étonne le procureur. "J'ai mis des productions relatives à ce sujet, mais il y a aussi de la poésie", répond-il, avec ses notes dans une main.

Acte 3 : Une enquête antiterroriste "malhonnête" et "inexacte"

Lors de cette seconde audience, le procès prend une tournure plus politique. Adlène Hicheur pointe la "malhonnêteté" et "les inexactitudes" de l'enquête antiterroriste. Dans le public, certains journalistes pensent à l'affaire Tarnac. Minority report, le film de Steven Spielberg dans lequel les criminels sont arrêtés avant de passer à l'acte, est aussi évoqué.

Peu à peu, les liens entre les documents lus par la présidente s'éloignent des faits directement reprochés à Hicheur. Ils parlent d'armes, d'attentats terroristes. La présidente détaille aussi la situation de Mustapha Debchi, arrêté et interrogé en 2011. Adlène Hicheur a toujours nié avoir échangé avec ce supposé responsable d'Aqmi.

Acte 4 : "Un conseiller technique en attentats", selon le procureur

En début de soirée, le procureur entame son réquisitoire. Une semaine après l'épilogue des tueries de Toulouse et Montauban, il appelle le tribunal correctionnel à "mettre de côté le dossier Merah" et à se concentrer sur celui d'Adlène Hicheur. Ce dernier, attentif au réquisitoire du procureur, sourit. Il semble serein.

Internet, au coeur de ce dossier, est devenu "un formidable relais du terrorisme dont l'objectif final est le recrutement", poursuit le procureur. Il insiste sur les points ambigus des e-mails. "L'intelligence et la mesure ne sont pas forcément les faces d'une seule et même pièce", argue-t-il. Adlène Hicheur n'est pas "un martyr de la lutte antiterroriste" mais "un conseiller technique en attentats", résume le procureur. Finalement, il requiert six ans de prison ferme.

"On vient d'entendre une charge à la hussarde", réagit l'avocat du prévenu, Me Patrick Baudouin, au début de sa plaidoirie. "On a essayé de faire paraître mon client comme le terroriste le plus dangereux de France. C'est faire porter sur ses épaules une charge qu'il est bien incapable de porter."  La décision, mise en délibéré, sera finalement rendue le 4 mai.