Reportage "On a fait un bond en arrière" : à Paris, un millier de manifestants "montrent leur colère" afin de défendre le droit à l'IVG

Comme un peu partout en France, à Paris, 1 500 personnes ont défilé, selon le ministère de l'Intérieur, pour la défense du droit à l'avortement partout dans le monde. Dans le cortège, beaucoup de jeunes manifestantes étaient présentes.

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Radio France
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Plusieurs centaines de personnes ont manifesté samedi 2 juillet à Paris "pour la défense du droit à l'avortement" partout dans le monde. (LAURIANE DELANOË / RADIO FRANCE)

Les mains peintes en rouge sang, ces jeune femmes brandissent des cintres, symbole des avortements clandestins, pour "montrer la violence." Alice et son amie Noëlie, âgées de 17 ans, viennent du Val-de-Marne. C'est leur toute première manifestation "parce que c'est très grave ce qui se passe aux États-Unis. Là-bas, on a fait un bond en arrière. C'est hyper important de montrer notre colère parce que ce sont nos droits, c'est important pour nous de pouvoir avorter si on a envie, si on ne se sent pas prêtes d'être mères."

>> Procédure complexe, absence de consensus… L'inscription de l'IVG dans la Constitution peut-elle aboutir ?

À l'appel d'organisations féministes, comme le Planning familial et les collectifs "Avortement en Europe : les femmes décident" et #NousToutes, 1 500 personnes ont manifesté à Paris, d'après le ministère de l'Intérieur. Au total, une trentaine de manifestations ont rassemblé au total quelque 6 500 personnes en France, selon le ministère de l'Intérieur, pour la défense du droit à l'avortement partout dans le monde, en réaction à la remise en cause de l'IVG par la Cour suprême conservatrice des États-Unis. La Cour suprême américaine a renversé, vendredi 24 juin, son célèbre arrêt de 1973 qui garantissait le droit à l'avortement au niveau fédéral, c'est-à-dire sur l'ensemble du territoire des États-Unis. 

Les manifestantes brandissent des pancartes "Never again" (plus jamais) et "My body, my choice" (mon corps, mon choix) dans le cortège parisien, le 2 juillet 2022. (LAURIANE DELANOË / RADIO FRANCE)

Morgane est aussi en colère depuis cette décision américaine. À 32 ans, elle défile pour la première fois "de toute ma vie" : "C'est dire à quel point c'est un sujet qui pour moi est important !"

"C'est un droit qui était garanti pour les femmes aux États-Unis, qui en quelques heures a été révoqué. Alors pourquoi pas nous ?"

Morgane, manifestante

à franceinfo

En France, les collectifs féministes pointent des freins dans le pays dans l'accès à l'interruption volontaire de grossesse. Une centaine de centres ont fermé ces dernières années, selon le collectif "Avortement en Europe, les femmes décident", et la situation s'aggrave selon la gynécologue Danielle Gaudry, figure du féminisme français. "Avec la situation du système de soins, on voit que les services qui pratiquent les IVG ont moins de créneaux horaires au bloc, s'alarme-t-elle. Cet été, il va y avoir la fermeture de certains services, y compris pour les IVG, il n'y a pas de personnel. Donc priorité aux extrêmes urgences et on sait très bien qu'à ce moment-là, ce qui va être un peu mis de côté, ce seront les IVG."

Les refus et la culpabilisation

Les féministes dénoncent aussi les refus et la culpabilisation par certains médecins. Cela va au-delà de la seule question de l'interruption de grossesse. "J'ai été confrontée à des difficultés pour bénéficier d'une stérilisation définitive, raconte Morgane. J'ai eu la chance de trouver des médecins qui ont accepté de le faire mais ça a été compliqué. J'ai appelé une dizaine de gynécologues pour qu'on me dise 'on ne fait pas, vous n'avez pas d'enfant, vous êtes trop jeune, vous allez peut-être changer d'avis, et si vous rencontrez quelqu'un qui veut des enfants...'"

"Même si c'est garanti dans la loi, le fait est que la mise en application et la disposition des femmes à leur propre reproduction est quand même quelque chose de compliqué. Sans forcément parler d'interdiction, on se retrouve bloqué."

Morgane, manifestante

à franceinfo

Ces manifestantes demandent donc une volonté politique forte et des moyens supplémentaires pour renforcer le droit des femmes à disposer de leur corps. À l'Assemblée nationale, le groupe Renaissance (ex-LREM) a annoncé, samedi 25 juin, le dépôt d'une proposition de loi pour inscrire le droit à l'avortement dans le marbre de la Constitution française. Pour Noëlie, "cela menace la vie des femmes, il ne faut pas que ça recommence parce que, sinon, plus de femmes seront tuées."

À Paris, manifestation pour la défense du droit à l'avortement partout dans le monde - Reportage de Lauriane Delanoë
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