Coronavirus : des Polonaises manifestent contre une proposition de loi restreignant l'accès à l'avortement malgré l'épidémie

Le texte vise à interdire l'avortement en cas de graves malformations de l'embryon et à limiter l'éducation sexuelle.

Des Polonais manifestent contre des textes restreignant l\'accès à l\'avortement, à Varsovie, le 14 avril 2020.
Des Polonais manifestent contre des textes restreignant l'accès à l'avortement, à Varsovie, le 14 avril 2020. (FRANCOIS DEVOS / HANS LUCAS)

Plusieurs dizaines de femmes en voiture, à vélo et à pied, ont enfreint mardi 14 avril l'interdiction de rassemblement pour cause de coronavirus, et bloqué un quartier central de Varsovie pour protester contre une proposition de loi restreignant l'accès à l'avortement, déjà très limité en Pologne.

Ce texte, "Stop avortement", préparé par un groupe d'opposants à l'IVG, doit être examiné mercredi par le Parlement à Varsovie. Il vise à interdire l'un des cas d'avortement encore légalement autorisés, à savoir celui des graves malformations de l'embryon. Une autre proposition de loi tend à limiter l'éducation sexuelle et propose dans certains cas jusqu'à trois ans de prison pour les contrevenants. Selon les promoteurs de ce texte, il ne s'agit pas d'interdire complètement l'éducation sexuelle, mais d'empêcher la "sexualisation" des enfants. 

"Je ne pouvais pas rester sans rien faire"

La manifestation a été organisée notamment par la "Grève nationale des femmes", un mouvement qui avait déjà réussi il y a quatre ans à bloquer une très sévère loi anti-avortement. "En klaxonnant pendant trois quarts d'heures j'ai pu exprimer ma frustration", a déclaré une traductrice, Joanna Kalinska. "Je ne pouvais pas rester sans rien faire face à ce qui se passe sous le couvert de la lutte contre la pandémie", a-t-elle ajouté. "Le pouvoir profite de l'interdiction des rassemblements pour faire passer l'interdiction de l'avortement, alors que la société ne soutient pas un tel durcissement de la loi", poursuit-elle.

La commissaire du Conseil de l'Europe pour les droits de l'homme, Dunja Mijatovic, a critiqué les deux textes à l'étude. "Comme presque toutes les interruptions légales de grossesse pratiquées aujourd'hui en Pologne tombent dans cette catégorie (malformations congénitales), cette loi, si elle est adoptée, aboutira à interdire virtuellement l'avortement, affectant sérieusement les droits et la sécurité des femmes dans ce pays", a-t-elle déclaré dans un communiqué de presse.