Droit à l'avortement : "On est pris en étau entre des lobbies religieux et des lobbies d'extrême droite", déplore l'ancienne co-présidente du Planning familial

L'avenir du droit à l'avortement aux États-Unis se joue mercredi devant la Cour suprême. Les neuf sages se penchent sur une loi adoptée en 2018 au Mississippi, qui interdit les avortements après quinze semaines de grossesse.

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Radio France
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Des défenseurs du droit à l'avortement et des manifestants anti-avortement manifestent devant la Cour suprême des États-Unis à Washington, le 1er décembre 2021. (OLIVIER DOULIERY / AFP)

En matière de droit à l'avortement, "on est pris en étau entre des lobbies religieux et des lobbies d'extrême droite", a déploré mercredi 1er décembre sur franceinfo Véronique Séhier, ancienne co-présidente du Planning familial, rapporteuse de l’étude "droits sexuels et reproductifs en Europe, entre menaces et progrès" du Conseil économique social et environnemental (Cese). Neuf sages de la Cour suprême américaine, dont six conservateurs, se penchent depuis mercredi matin sur une loi adoptée en 2018 au Mississippi, qui interdit les avortements après quinze semaines de grossesse. Elle devrait rendre sa décision au printemps 2022.

franceinfo : La Cour suprême pourrait-elle revenir sur le droit à l'avortement ?

Véronique Séhier : Elle pourrait dire aux États de se débrouiller tout seul et de prendre les décisions qu'ils veulent. Ce qui serait dramatique parce que c'est un rempart pour garantir le droit à l'avortement dans toute l'Amérique aujourd'hui.

Que se passera-t-il si elle revient sur ce droit ?

Ce serait un très mauvais signal parce que derrière les Etats-Unis il y a aussi toute l'Amérique latine où les femmes se battent pour pouvoir avorter. Ce serait aussi un mauvais signal en Europe où nous avons aussi des pays qui sont en nette régression sur ces droits aujourd'hui. L'Italie a une loi qui est à peu près la même qu'en France sauf que 70% des médecins opposent leur clause de conscience. Donc bien que le droit soit inscrit dans la loi, il est très compliqué pour certaines femmes d'avorter.

En Pologne, le tribunal est en train de se prononcer sur un projet de loi qui punirait les femmes qui avortent de peines de prison. On est en pleine régression alors qu'on sait que le droit d'avorter pour les femmes est fondamental et que c'est aussi un soin important. La Hongrie a écrit dans sa Constitution le droit de l'enfant à naître.

Comment expliquez-vous ce recul ? Est-ce politique ?

Oui et c'est aussi la question du contrôle de la sexualité des femmes. Si vous prenez un pays comme la Hongrie, leur politique est nataliste, ils veulent des enfants, mais surtout pas d'enfants d'homosexuels et surtout pas d'immigrés. C'est ça la politique aujourd'hui. Donc, on est pris en étau entre des lobbies religieux et des lobbies d'extrême droite qui mènent des politiques qui vont à l'encontre des droits des femmes et de toutes les femmes. Il y a un espoir important avec la présidence de l'Union européenne par la France pour aller bien plus loin sur ces droits.

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