Les témoignages pour violences sexuelles faites aux enfants affluent depuis la création de la plateforme : "Cela n'arrête jamais"

Quand les faits n’ont jamais été révélés à la justice, les écoutants font "des signalements", explique la présidente du Collectif féministe contre le viol qui cogère la ligne d'écoute pour les victimes. "Mais souvent, il y a déjà eu des signalements et rien ne se passe."

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Emmanuelle Piet, la présidente du Collectif féministe contre le viol, le 10 novembre 2017. (THIBAUD MORITZ / MAXPPP)

"Le téléphone sonne tous les jours de 10 heures à 19 heures et sans arrêt. C'est-à-dire que les écoutants raccrochent, décrochent, raccrochent, décrochent. Ça n'arrête jamais !", raconte mercredi 20 octobre à franceinfo Emmanuelle Piet, la présidente du Collectif féministe contre le viol qui cogère la ligne d'écoute pour les victimes de violences sexuelles faites aux enfants. "On répond en continu sans jamais arrêter". Cette plateforme téléphonique d'écoute de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a été créée le 21 septembre dernier et sera ouverte jusqu'à fin 2023.

Les profils de ceux qui témoignent sont très divers, précise Emmanuelle Piet : "Ce sont des personnes de tous âges, de tous profils, qui vous appellent." 

"On a une grosse partie de personnes entre 40 et 70 ans qui appellent pour des viols qu'ils ont subis dans l'enfance et pour lesquels, soit ils n'ont jamais parlé ou ils n'ont jamais été entendus, soit ils ont parlé et rien n'a a été fait."

Emmanuelle Piet, la présidente du Collectif féministe contre le viol

à franceinfo

Il y a aussi des témoins "qui appellent pour des viols qui sont commis sur des enfants en ce moment et pour lequel des tas de démarches ont déjà été entreprises : signalement, plainte à la police et les enfants continuent à être en lien avec l'agresseur". C'est ça qui "inquiète le plus" la présidente du Collectif. "C'est ça qui est le plus difficile parce que il faut que ça cesse, il faut qu'on protège les enfants".

Quand les faits n’ont jamais été révélés à la justice, les écoutants font "des signalements, mais souvent, il y a déjà eu des signalements et rien ne se passe. Et c'est là où on se dit que la justice et la police, de temps en temps, ne sont pas raisonnables", insiste Emmanuelle Piet. Pour elle, il est urgent de progresser. "Il faudrait vraiment protéger les enfants à chaque fois."

"On dit qu'il y a 165 000 enfants victimes tous les ans et il y a moins de 1 000 condamnations pour viol adultes et enfants. Pour les viols aggravés, c'est-à-dire les viols sur enfants, il y a 400 condamnations pour viol."

Emmanuelle Piet

à franceinfo

Elle compte aussi beaucoup sur la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) qui va se déplacer dans toute la France pour rencontrer les victimes. Son premier déplacement a lieu ce mercredi à Nantes. "Il y a beaucoup de victimes qui sont très contentes de rencontrer les gens de la Commission physiquement. Par exemple, à Nantes, on aura sans doute plus d’appels de gens de cette région-là" après cette visite. Le co-président de la Commission, l'ancien juge pour enfants Édouard Durand, indiquait mercredi matin sur franceinfo que la plateforme avait recueilli "4000 témoignages" en un mois. "Croire l'enfant et le protéger immédiatement est un impératif conditionnel", avait-il martelé.

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