Vidéo Violences sexuelles : comment en parler avec les plus jeunes ?

Publié Mis à jour
🗣️ Chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles en France.

Aborder ce sujet avec les plus petits est toujours délicat. Voici quelques conseils du Dr Tania Ikowsky, qui dirige l’Unité d’accueil pédiatrique enfants en danger (UAPED) à l’hôpital Robert Debré (AP-HP).

📞 En cas de doutes, contactez le 119 (appel gratuit, 24h/24 et 7j/7), le 17 ou un professionnel du soin.
Comment parler des violences sexuelles aux enfants 🗣️ Chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles en France. Aborder ce sujet avec les plus petits est toujours délicat. Voici quelques conseils du Dr Tania Ikowsky, qui dirige l’Unité d’accueil pédiatrique enfants en danger (UAPED) à l’hôpital Robert Debré (AP-HP). 📞 En cas de doutes, contactez le 119 (appel gratuit, 24h/24 et 7j/7), le 17 ou un professionnel du soin. (franceinfo)
Article rédigé par Olivier Chauve
Radio France
Une campagne de sensibilisation, actuellement diffusée à la télévision, rappelle "qu'un enfant est victime d'inceste, de viol ou d'agression sexuelle toutes les trois minutes". Voici quelques conseils pour aborder le sujet avec les plus jeunes.

Chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles en France, comme le rappelle une campagne lancée à la fin du mois de septembre par le gouvernement. Si aborder ce sujet peut rester tabou avec les enfants, il est important de ne pas esquiver cet échange pour donner aux plus petits les clés pour se protéger, et détecter une situation de danger. Pour cela, il faut instaurer une discussion calme et déculpabilisante pour l'enfant explique le Docteur Tania Ikowsky, pédiatre, qui dirige l’Unité d’accueil pédiatrique enfants en danger (UAPED) à l’hôpital Robert Debré (AP-HP).

franceinfo : à partir de quel âge est ce qu'on peut ouvrir ce dialogue et parler des violences sexuelles avec un enfant ?

Tania Ikowsky : Il faut à tout âge briser ce tabou et pouvoir parler de cela avec lui, comme tous les thèmes concernant sa santé ou son corps. Donc véritablement, dès l'âge auquel un enfant acquiert l'autonomie et une parole suffisante pour dialoguer avec ses parents, il est important de parler de son propre corps dans son droit à l'intimité, et du fait qu'à aucun moment quelqu'un n'a le droit de le rendre inconfortable ou de faire des gestes qui le font sentir mal à l'aise ou bizarre, ou qui lui ferait mal.

Quels mots employer avec les enfants ?

En fonction des âges des enfants, on s'adapte à leur développement cognitif et aux mots qu'ils utilisent eux-mêmes. Donc, en tant qu'adulte, on va surtout faire attention à ne pas induire des interprétations chez l'enfant ou suggérer des idées qu'il n'aurait pas nommées lui-même avec ses propres mots. Il faut toujours pour repartir des connaissances de l'enfant, de ses émotions aussi, et d'utiliser les mots qu'il emploie pour être au plus juste de sa compréhension. 

Lorsqu'un enfant est tout petit, on peut lui demander s'il a besoin de se confier. On peut lui demander s'il a des idées qui le dérangent, ou vécu des choses qui le mettent mal à l'aise, qui le font se sentir bizarre, pas bien. Ça, ce sont des notions que le petit enfant peut comprendre. Et lorsqu'on reprend ses mots, on commence toujours par lui demander ce qu'il entend par ce mot-là et ensuite, on développe avec lui ce que ce mot induit, particulièrement chez lui.

Chez l'adolescent, le dialogue sera un peu différent, il va falloir savoir lire entre les lignes. Un adolescent va rarement parler directement de sexualité à un adulte, qu'il soit dans la sphère familiale ou scolaire. En revanche, il va peut-être parler d'un problème qui touche un ami ou un copain, une copine. Il va peut-être poser des questions surprenantes : "Mais quand un agresseur est entendu par la police, que va-t-il arriver ? Est-ce qu'il va aller en prison ? Est-ce que ces enfants pour le revoir ? Peut-être que l'adolescent pose des questions indirectes pour avoir des réponses qui vont le rassurer ou le guider différemment. 

"Les mots sont importants, mais notre attitude, d'autant plus qu'elle sera calme, bienveillante et neutre, va aider l'enfant à avoir une discussion sans drame."

Dr Tania Ikowsky

à franceinfo

Ce qui est très important aussi en accompagnement des mots, c'est notre attitude. Le piège dans lequel l'adulte ne doit pas tomber, c'est de dramatiser et d'induire beaucoup d'émotions dans ce dialogue, parce que l'enfant ne va pas retenir une conversation calme au sujet de sa vie à lui. Il va retenir au contraire que ce sujet fâche, contrarie, fait peur ou chagrine l'adulte qui est face à lui. Et donc il peut dès lors décider de se taire. 

Comment apprendre aux enfants à se protéger ?

Une fois qu'on a pu parler avec l'enfant de son propre corps, de son intimité, il faut pouvoir lui dire qu'il a le droit de dire non, et on le met en garde. On le met dans des situations de sa vie réelle où il pourrait être confronté à un danger, et on lui demande : 'Comment est-ce que tu ferais si un adulte venait te proposer de le suivre au parc ? Comment est-ce que tu ferais si une voisine de ton immeuble venait te chercher et te demander de te mettre nue devant elle ? Comment est-ce que tu réagirais si un adulte inconnu te demande par SMS de lui envoyer des photos de toi nue sur Internet ?' Et on voit quelle est sa réaction, quelles sont ses ressources.

Il faut se méfier du mauvais secret.

Dr Tania Ikowsky

à franceinfo

Une astuce qu'on peut utiliser avec les enfants, c'est de leur apprendre à distinguer un bon et un mauvais secret. Un adulte qui lui demande de garder un bon secret, c'est forcément un secret qui est destiné à faire plaisir à quelqu'un. C'est un secret court qu'on ne garde pas toute sa vie et qui doit faire plaisir, in fine. Un mauvais secret, c'est un secret qu'on nous demande de garder, mais dont on sait, par une petite voix à l'intérieur de nous-même que ce n'est pas bien. Personne n'a le droit de nous imposer ce mauvais secret si c'est quelque chose qui touche à notre corps et à nos parties génitales par exemple.

En tant que parent, un conseil est de vraiment être vigilant quant aux personnes qui sont amenées à prendre en charge votre enfant en votre absence. Si vous avez des modes de garde dont vous n'êtes pas certains, n'hésitez pas à demander après à l'enfant comment ça s'est passé ? Qu'est-ce qui lui a plu pendant ce temps où vous étiez absent ? Qu'est-ce qu'il a aimé ? S'intéresser à l'enfant et lui donner une ou plusieurs occasions de dire : "là, ça ne va pas, je ne me sens pas bien, il y a quelque chose qui me gêne".

Quels signes doivent alerter ?

Des signes d'alerte cliniques chez le petit enfant peuvent être un comportement sexualisé de façon totalement anormale. Par exemple, un enfant qui va énormément toucher ses parties génitales et tellement fréquemment que ça empiète sur ses autres activités, ou qu'il ait un comportement ou un discours qui montre soit une distance inappropriée à l'adulte ou une envie d'aller regarder des images pornographiques, une envie d'aller mimer des scènes de rapports sexuels avec l'adulte ou un grand enfant, ou même d'essayer de déshabiller, peut-être avec contrainte ou violence, un autre enfant.

Dans sa vie quotidienne, il y a aussi des signaux qui doivent alerter. Il peut tout d'un coup montrer des signes d'agitation, d'anxiété qui s'installent et qui durent, par exemple des troubles du sommeil, des cauchemars et des régressions où il peut de nouveau faire pipi au lit, se comporter comme un enfant avec des rituels du coucher qui deviennent de plus en plus longs ou des signes de mal-être avec des troubles d'alimentation.

Chez l'adolescent ou l'enfant plus grand, les signes d'alerte doivent être surtout un enfant qui change brutalement de comportement, avec par exemple un décrochage scolaire, des troubles du sommeil qui s'installent, des troubles alimentaires de plus en plus graves, des signes de déprime : tous les signes qui montrent un changement brutal qu'on ne sait pas attribuer.

Comment réagir si l'on observe de tels comportements, ou si un enfant se confie ?

Il ne faut surtout jamais rester seul parce que nous devons nous méfier de nos propres émotions et de notre tendance à dramatiser ou à minimiser, au contraire de notre angoisse et de notre immobilisme, par peur de mal faire.

Il faut se faire accompagner, en parler rapidement à un professionnel du soin ou à un travailleur social qui connaît ce genre de sujet. Soit cette personne aidera à aller au bout du dialogue avec cet enfant, soit, et le moment est venu de passer à l'action, de le protéger parce qu'il y a un danger imminent de récidive ou parce que le danger est toujours présent.

Dans ces cas-là, il y a trois réflexes. Soit composer le 119, qui est un numéro vert anonyme qui permet tout de suite de signaler un enfant en danger, soit appeler la police en composant le 17. Dans beaucoup de commissariats, il y a des brigades spécialisées dans ce type de sujet. Soit, enfin, alerter un travailleur de protection de l'enfance. Ça peut être un médecin PMI, un médecin ou une infirmière à l'hôpital, des psychologues ou des travailleurs sociaux dans un lieu de soins institutionnels. Il faut absolument informer, transmettre et parler avec l'enfant. Ce sont les choses qui vont le protéger.

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