Vidéo La réponse de Nicolas Hulot : "C'est leur parole contre la mienne"

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La réponse de Nicolas Hulot
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Suite aux accusations de violences sexuelles dont il fait l'objet, les journalistes d'"Envoyé spécial" ont contacté Nicolas Hulot et ses avocats à plusieurs reprises. Il a refusé de répondre à leurs questions face à une caméra. Voici un extrait du seul échange téléphonique qu'il a eu avec Elise Lucet le 9 novembre dernier.

Les journalistes d'"Envoyé spécial" ont contacté Nicolas Hulot et ses avocats à plusieurs reprises. Il a refusé de répondre à leurs questions face à une caméra. Ses conseils ont également décliné les demandes d’interview. Ils ont fait savoir que leur client conteste fermement les faits, et affirme plus généralement n’avoir jamais agressé une femme dans sa vie.

Nous avons eu une conversation téléphonique avec Nicolas Hulot le 9 novembre 2021. En voici un extrait.

- Elise Lucet : Bonjour, c’est Elise Lucet, je pense que vous essayez de m’appeler ?

- Nicolas Hulot : Absolument. J’allais vous laisser un SMS ou je l’ai peut-être laissé d’ailleurs.

- Elise Lucet : Je me permets de vous appeler parce qu’on enquête depuis plusieurs années sur votre attitude vis-à-vis de certaines femmes et on a recueilli cinq témoignages qu’on va diffuser dans les semaines qui viennent. Dans l’exercice nécessaire du contradictoire, on aimerait recueillir votre version des faits et savoir comment vous pouvez vous exprimer par rapport à ces affaires que l’on va aborder dans une émission d’"Envoyé spécial" assez rapidement, dans les semaines qui viennent... 

- Nicolas Hulot : Bon… Voilà autre chose. On ne me foutra jamais la paix. C’est pas possible quoi.

- Elise Lucet : On est dans un travail journalistique, c’est un travail de très longue haleine de Virginie Vilar et de la rédaction d’"Envoyé spécial", les accusations sont lourdes, des accusations d’agressions sexuelles et de viol, vous imaginez bien que dans ce cadre-là, on ne peut pas ne pas vous demander quelle est votre version des faits et ne pas faire l’exercice du contradictoire, journalistiquement, c’est indispensable.

- Nicolas Hulot : Je ne sais pas de quoi il s’agit. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Donc là je suis…

- Elise Lucet : Est-ce que le mieux ne serait pas que l’on fasse une interview ? Je peux vous en dire plus sur les profils. Ce sont des femmes qui ont beaucoup réfléchi avant de parler, je n’ai pas du tout le sentiment que cela soit sous le coup de la colère, plutôt l’impression que leur témoignage est extrêmement bien réfléchi. Vous comprenez bien sûr que pour nous, il est impossible, journalistiquement, que l’on diffuse ces témoignages sans vous demander de réagir par rapport à cela, et nous donner votre version des faits. Notre but en tant que journalistes est de nous approcher au plus près de la vérité, il est indispensable pour nous, journalistiquement, de vous demander votre version des faits.

- Nicolas Hulot : Non Elise, je ne peux pas vous répondre là, je suis anéanti. Donc… je ne peux même pas imaginer. Voilà.

- Elise Lucet : Cela vous surprend ? 

- Nicolas Hulot : C’est même pas que cela me surprend, c’est que je suis anéanti. Je n’ai jamais eu de relations ambiguës. Je veux dire, j’ai eu des histoires sans lendemain, comme tout le monde. Mais, je n’ai même pas envie de me défendre, cela ne m’intéresse plus, c’est pas une question de reconnaître, je n’ai même plus la force. Je n’ai pas envie de me défendre. De toute façon, la parole des gens mis en cause aujourd’hui elle est, de fait, dénaturée et suspecte.

- Elise Lucet : Je ne peux pas vous laisser dire cela parce que si on vient vers vous, c’est justement pour entendre votre parole par rapport à des choses qui sont très précises, en tout cas telles qu’elles sont exposées et ce n’est peut-être effectivement pas votre version à vous. 

- Nicolas Hulot : Mais oui, mais vous savez très bien que cela sera parole contre parole. Ce qui est normal aujourd’hui, la parole des femmes est sacrée. La parole des hommes elle est mise en cause, donc ce n’est même plus la peine de se défendre.
Le procès médiatique est fait à l’avance. Non, et puis je vous le dis franchement, je n’ai pas non seulement la force, non pas parce que je crains ce que j’ai fait, mais parce que c’est tellement abject, tellement odieux, tellement à des années-lumière de ce que j’ai toujours été et ce que je suis. Et qu’on ne peut plus se défendre de toute façon. Le mal va être fait, il est fait. A quoi bon ? Quel poids va avoir ma parole dans le contexte actuel ? Et comment voulez-vous que je me souvienne ? Je me souviens surtout de ce que je n’ai jamais fait. Je n’ai jamais de ma vie contraint en quoi que ce soit, qui que ce soit. Jamais, ni de près ni de force. Quand on ne sent pas, qu’on ne séduit pas, ou qu’on n'est pas séduit, on en reste là et c’est comme ça depuis la nuit des temps.

- Elise Lucet : A aucun moment vous n’avez le sentiment d’avoir franchi des frontières qui, pour les femmes qui étaient en face de vous, étaient inacceptables ? 

- Nicolas Hulot : Jamais. Mais jamais. Jamais. Jamais. C’est pour ça que je suis anéanti. Jamais. Jamais. C’est pour cela que c’est un truc de dingue. Jamais de ma vie.

- Virginie Vilar : Comment vous expliquez alors qu’aujourd’hui il y ait autant de femmes qui vivent avec ce qu’elles qualifient de "traumatisme" ? Si ces femmes parlent des années plus tard, elles n’ont rien à gagner, c’est ce qu’elle disent, c’est parce qu’elles vivent avec cette douleur.

- Nicolas Hulot : Je ne vais pas vous dire, je ne vais pas, moi, contre-attaquer que ce sont toutes des menteuses, des trucs comme ça. Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que je n’ai jamais fait. Mais quand on est innocent comme je le suis, innocent d’une manière que vous ne pouvez même pas imaginer. On est de toute façon piégé, quoi que l’on dise, la parole est suspecte. Quoi qu’on dise. Voilà. On ne peut pas se défendre. On ne peut pas se défendre. Parce que dans ce combat légitime, nécessaire des femmes, la parole des femmes est sacrée, et voilà.

- Elise Lucet : Vous ne pensez pas qu’à un moment, il y a eu un sentiment de surpuissance parce que vous étiez une grande star ?

- Nicolas Hulot : Mais, surpuissance de quoi ? Rien du tout.

- Elise Lucet : De ne pas comprendre que parfois, les femmes étaient opposées au rapport que vous aviez peut-être envie d’avoir ?

- Nicolas Hulot : Si elles sont opposées, elles sont opposées, et si elles sont opposées, on respecte ça. Si quelqu’un n’a pas envie d’une relation, d’une séduction, les femmes savent très bien le dire et les hommes savent très bien le comprendre. Moi ça a toujours été le b.a-ba. Jamais de ma vie.

- Elise Lucet : Ce n’est pas ce qu’elles nous racontent. 

- Nicolas Hulot : Je sais bien, sinon vous ne seriez pas là. C’est leur parole contre la mienne. Cela ne sert à rien, c’est plié à l’avance.  Je ne vous raccroche pas au nez, mais je vous quitte, voilà.

Extrait de "Nicolas Hulot : des femmes accusent", diffusé dans "Envoyé spécial" le 25 novembre 2021.

Les faits décrits par les femmes qui témoignent dans l'enquête d'"Envoyé spécial" sont prescrits et ne pourront faire l’objet d’aucune procédure judiciaire. Nicolas Hulot est présumé innocent.

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