Patinage, natation, tennis... D'anciennes sportives de haut niveau accusent des entraîneurs d'agressions sexuelles et dénoncent une omerta

Le quotidien "L'Equipe" publie mercredi les témoignages de plusieurs anciennes patineuses et nageuses qui accusent d'anciens entraîneurs d'agressions sexuelles et de viols alors qu'elles étaient mineures.

Une patineuse artistique sur la glace (illustration).
Une patineuse artistique sur la glace (illustration). (ROBERTO SCHMIDT / AFP)

Plusieurs anciennes patineuses et nageuses de haut niveau accusent, mercredi 29 janvier dans L'Equipe, d'anciens entraîneurs de les avoir agressées sexuellement alors qu'elles étaient mineures, et dénoncent l'omerta qui règne à ce sujet (article sur abonnement). L'ancienne patineuse artistique Hélène Godard accuse son ancien entraîneur, de huit ans son aîné, d'avoir eu deux relations sexuelles avec elle alors qu'elle avait entre 14 et 15 ans, à la fin des années 70. Elle affirme aussi être tombée sous l'"emprise" sexuelle d'un autre entraîneur, alors qu'elle avait entre 15 et 16 ans, et lui plus de 30.

Deux autres patineuses, Anne Bruneteaux et Béatrice Dumur, accusent un troisième ancien entraîneur d'agressions sexuelles ou de viols. Béatrice Dumur, par exemple, décrit des "viols" répétés entre 1984 et 1989, alors qu'elle était hébergée chez lui.

Il se disait amoureux de moi. Mais comment peut-on aimer une jeune fille de 13 ans ?Béatrice Dumurà "L'Equipe"

Aujourd’hui âgée de 48 ans, Béatrice Dumur dit se rendre compte qu’elle est "une victime et plus la fautive" et espère que son témoignage pourra "encourager d’autres sportives à en parler et à aller en justice." Aucune des trois patineuses n'avait porté plainte.

"Plus de trente ans après les faits, qui sont aujourd’hui prescrits, ces anciennes patineuses ont décidé de témoigner à visage découvert", écrit L'Equipe. Les trois hommes mis en cause sont devenus des figures du patinage artistique. 

Notre enquête, menée auprès d’une quarantaine d’anciens athlètes, parents, entraîneurs et dirigeants, montre l’étendue du problème de violences sexuelles qui a existé au plus haut niveau du patinage français "L'Equipe"

L'Equipe dénonce par ailleurs "l’inaction de la Fédération française des sports de glace, dirigée depuis 1998 par Didier Gailhaguet (avec une interruption entre 2004 et 2007)". Ce dernier n'a pas répondu au quotidien.

Un ex-entraîneur accusé par plusieurs nageuses

L'Equipe publie également les témoignages de plusieurs anciennes nageuses, qui accusent un ancien entraîneur de les avoir agressées sexuellement à la fin des années 80 dans le cadre du sport étude à Font-Romeu. Parmi elles, Elisabeth Douet, 14 ans à l'époque, et Frédérique Weber, 13 ans à l'époque, racontent que cet homme aurait eu l'habitude de faire venir des nageuses dans le sauna. Ces femmes racontent à L'Equipe ce qu'elles ont subi. Des tentatives de viols, des actes déplacés. L'homme montrait son sexe. Elles décrivent les humiliations, les insultes proférées par leur coach.

Plusieurs d'entre elles avaient porté plainte et l'homme a été condamné en 1993 à six mois de prison avec sursis pour attentat à la pudeur sans inscription au casier judiciaire. Il a pu continuer à exercer ses activités. Il a répondu "sur le plan juridique mais pas sur le fond" à L'Equipe, écrit le journal.

Toujours dans L'Equipe, l'ancienne joueuse de tennis Isabelle Demongeot, qui accuse l'entraîneur Régis de Camaret de l'avoir violée, dénonce le manque d'attention accordé aux victimes. "Quand est-ce qu’on va tendre la main à toutes ces victimes ?", se demande-t-elle. Régis de Camaret a été condamné à dix ans de prison pour viols, en 2014.