Témoignage d'Adèle Haenel : le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour "agressions sexuelles sur mineure"

Dans une enquête de Mediapart, l'actrice accuse le réalisateur Christophe Ruggia d'attouchements sur le tournage du film "Les Diables" puis dans les mois qui ont suivi, au début des années 2000, alors que l'actrice avait 12 ans.

L\'actrice Adèle Haenel au festival international de Vienne (Autriche), le 24 octobre 2019.
L'actrice Adèle Haenel au festival international de Vienne (Autriche), le 24 octobre 2019. (HANS PUNZ / APA-PICTUREDESK)

Une enquête préliminaire a été ouverte pour "agressions sexuelles sur mineure de 15 ans par personne ayant autorité" et "harcèlement sexuel", après les accusations de la comédienne Adèle Haenel à l'encontre du réalisateur Christophe Ruggia, a appris franceinfo auprès du parquet de Paris.

L'actrice deux fois césarisée a décrit, dans une longue enquête de Mediapart (article payant) et dans un entretien vidéo, les attouchements subis pendant le tournage du film Les Diables, sorti en 2002, à l'occasion de rendez-vous réguliers, le week-end, dans l'appartement du réalisateur. "Il me collait, m'embrassait dans le cou, sentait mes cheveux, me caressait la cuisse en descendant vers mon sexe", a-t-elle raconté à Mediapart. 

L'actrice a aussi évoqué une main passée sous son tee-shirt. D'après la comédienne, les mêmes gestes se sont reproduits dans les mois qui ont suivi, à huis clos, en marge de festivals internationaux, à Yokohama (Japon), Marrakech (Maroc) ou Bangkok (Thaïlande). Adèle Haenel avait 12 ans au moment des faits.

"Je n'ai jamais pensé à la justice"

Les faits allégués ne sont pas prescrits, puisque toute victime d'une agression sexuelle sur mineur peut porter plainte jusqu'à ses 38 ans"J'avais envie d'agir (...) [mais] je n'ai jamais pensé à la justice", a pourtant expliqué Adèle Haenel, qui estime qu'il existe "une violence systémique faite aux femmes dans le système judiciaire" et regrette que les agresseurs et les violeurs soient "si peu" condamnés.

"Je pense qu'elle a tort de penser que la justice ne peut pas répondre à ce type de situation, a réagi, ce mercredi matin, la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, interrogée sur France Inter. Au contraire, surtout avec ce qu'elle a dit, elle devrait saisir la justice qui me semble être en capacité de prendre en compte ce type de situations."

Le réalisateur Christophe Ruggia a répondu à ces accusations par la voix de son avocat, Jean-Pierre Versini. Celui-ci a critiqué une lecture des faits "systématiquement tendancieuse, inexacte, romancée, parfois calomnieuse". Son client réfute, dit-il, "catégoriquement avoir exercé un harcèlement quelconque ou toute espèce d'attouchement sur cette jeune fille alors mineure".