"Il venait tous les soirs dans nos chambres" : une ancienne footballeuse de l'Olympique lyonnais accuse son entraîneur de harcèlement sexuel

France Bleu Alsace a recueilli lundi le témoignage d'une ancienne joueuse strasbourgeoise qui dit avoir été victime de harcèlement sexuel lorsqu'elle était au centre de formation de l'OL.

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Avec France Bleu Alsace - franceinfo
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Le logo de l'Olympique lyonnais collé sur un banc au stade olympique de Munich (Allemange). Photo d'illustration. (SVEN HOPPE / DPA)

France Bleu Alsace publie, lundi 10 août, le témoignage d'une ancienne footballeuse de l'Olympique lyonnais qui accuse un coach de harcèlement sexuel alors qu'elle était mineure. Selon elle, l'entraîneur aurait aussi agressé sexuellement une autre joueuse mineure. La jeune femme a dénoncé ces faits à la direction de l'OL et estime avoir été renvoyée à cause de cela.

"Pas un coach comme les autres"

Myriam*, originaire de Strasbourg, était supervisée par l'OL depuis ses 12 ans, puis a été recrutée à 15 ans, en 2017, pour intégrer l'OL Academy, le centre de formation du meilleur club féminin de football en France. C'est à cette époque que le comportement de l'entraîneur des U16, Yohan D., vis à vis d'elle et d'une autre joueuse devient inapproprié : "J'ai vite compris que ce n'était pas un coach comme les autres quand j'ai vu les messages qu'il m'envoyait.

Un coach qui dit 'je me sens bien quand t'es là', on n'a pas besoin d'avoir 20 ans pour comprendre ce que c'est. J'ai coupé court. Dans mes valeurs, il n'y a pas de ça. J'étais là pour le foot.

Myriam

à France Bleu Alsace

Mais les agissements du coach ne s'arrête pas là : "il a réussi à m'atteindre autrement. Il mettait la pression sur ma copine et comme j'étais tout le temps avec ma copine, il me mettait la pression à moi aussi, raconte Myriam. Il me disait 'montre-moi des photos et je te ferai capitaine'. Je ne savais pas quoi faire. La seule chose que mon amie m'a dit de faire, c'est de ne rien dire. J'avais 15 ans, j'étais dans le football, j'étais avec elle, j'étais loin, j'ai dit d'accord. Elle voulait se protéger."

Lors d'un tournoi en mai 2018 en Alsace, l'entraîneur va encore plus loin : "il s'est débrouillé pour changer les clés pour qu'on aille à son étage, pour avoir la main sur nous", raconte-t-elle à France Bleu Alsace.

Il venait tous les soirs dans nos chambres ou envoyait un message à l'autre fille pour qu'on vienne toutes les deux dans sa chambre.

Myriam

à France Bleu Alsace

Selon Myriam, l'homme s'est glissé sous la couette de son amie et l'a touchée. Une autre footballeuse avertit la direction et Myriam est convoquée. La directrice du centre de formation Sonia Bompastor lui annonce alors le départ de cet entraîneur.

Mais un mois plus tard, coup de théâtre, le club adresse un email aux parents de Myriam pour leur dire qu'il ne gardera pas la jeune footballeuse, car elle n'aurait pas progressé sportivement. Une version des faits confirmée à France Bleu Alsace par l'avocat du club. L'OL ne signant aucune convention de trois ans avec les filles - contrairement aux garçons - les moyens légaux de contester l'arrêt de la formation de Myriam sont donc très minces. Les parents déposent plainte en juillet 2019 et demandent la réintégration de leur fille, mais le tribunal de Lyon les déboute en septembre 2019, invoquant un "vide juridique" au détriment des footballeuses.

L'entraîneur mis en examen pour l'affaire de l'autre joueuse

"Le club a manqué à beaucoup de ses obligations", estime l'avocat de la famille maître Slim Ben Achour. Selon lui, Myriam a subi deux préjudices, le harcèlement sexuel dont elle se dit victime et la perte d'une chance de devenir footballeuse "puisque depuis l'âge de 12 ans, elle était destinée à jouer à l'Olympique lyonnais". Maître Ben Achour dénonce aussi le fait que les droits des garçons footballeurs sont respectés et pas ceux des filles.

L'entraîneur lyonnais a été mis en examen pour "atteinte sexuelle sans violence sur mineure de 15 ans, par personne ayant autorité" dans l'affaire concernant l'autre joueuse. Après cette décision de justice, la famille de Myriam a commencé une procédure au civil et réclame plus de deux millions d'euros de dommages et intérêts au club. L'audience devait avoir lieu au printemps mais a été reportée à une date encore inconnue, en raison de la pandémie de coronavirus. Le club dément avoir écarté Myriam parce qu'elle a dénoncé les agissements de l'entraîneur, et évoque uniquement des raisons sportives pour justifier cette éviction.

*Son prénom a été changé pour préserver son anonymat.

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