De la plainte d'une journaliste de LCP à sa démission, l'affaire Frédéric Haziza en cinq actes

Astrid de Villaines a claqué la porte, dimanche 18 février, de la chaîne publique. Elle avait porté plainte contre le présentateur Frédéric Haziza, qui a été réintégré.

La journaliste Astrid de Villaines sur le plateau de franceinfo, à Paris, le 1er octobre 2017.
La journaliste Astrid de Villaines sur le plateau de franceinfo, à Paris, le 1er octobre 2017. (FRANCEINFO)

"J'aurais préféré partir dans d'autres circonstances, mais le contexte était trop pesant." La journaliste Astrid de Villaines a confirmé, dimanche 18 février, avoir démissionné de La Chaîne parlementaire (LCP). Elle avait porté plainte pour agression sexuelle contre l'animateur vedette Frédéric Haziza et a fini par claquer la porte, sans avoir obtenu la rupture conventionnelle qu'elle réclamait. Retour sur cette polémique en cinq actes.

Acte 1 : Frédéric Haziza reçoit un avertissement après avoir "pincé la fesse" d'Astrid de Villaines

Les faits remontent au 20 novembre 2014. Ce jour-là, la journaliste téléphone dans un endroit isolé de la rédaction de LCP. Buzzfeed raconte qu'elle "souhaite rejoindre son bureau, mais Frédéric Haziza lui bloque le passage". "Je lui ai redemandé de libérer le passage, mais monsieur Haziza a insisté pour que je passe devant lui, sans qu'il ne bouge du passage", relate Astrid de Villaines.

Sa main s'est alors retrouvée au niveau de mes fesses, côté gauche, en l'appuyant fortement. Dans le même temps, Monsieur Haziza m'a pincé la fesse gauche.Astrid de Villainesdans sa plainte

Après un rapport du CHSCT, Frédéric Haziza reçoit un avertissement de la part de la direction. Il "a eu un geste qui a été considéré comme à connotation sexuelle par une journaliste, et lui l'a contesté", a expliqué Marie-Eve Malouines, l'actuelle patronne de la chaîne. "Mon prédécesseur a donc considéré qu'il devait lui donner un avertissement, et je pense qu'il a bien géré le dossier", a-t-elle estimé.

Acte 2 : Astrid de Villaines porte plainte 

La journaliste décide d'aller voir la police en novembre 2017. "Cela fait trois ans que j'y pense. J'avais eu un signal après l'affaire Baupin, mais je n'avais pas osé. Après l'affaire Weinstein, je me suis dit qu'il fallait que je le fasse pour que cela ne se reproduise pas et pour montrer qu'on ne se tait plus", explique-t-elle. Une enquête préliminaire est ouverte par le parquet de Paris.

Dans la foulée, Frédéric Haziza publie un message sur Twitter. "J'ai alors compris que j'avais pu involontairement blesser ma collègue. Je réitère mes excuses, n'ayant jamais eu l'intention d'outrager quiconque".

Acte 3 : Frédéric Haziza est suspendu d'antenne

Après la révélation de l'affaire, Frédéric Haziza s'excuse sur Twitter. "L'avertissement qui m'a été signifié il y a trois ans (...) m'a fait prendre conscience de l'ambiguïté de certains gestes, écrit-il. J'ai alors compris que j'avais pu involontairement blesser ma collègue. Je réitère mes excuses, n'ayant jamais eu l'intention d'outrager quiconque."

Une enquête interne est lancée à LCP. Après des atermoiements de Marie-Eve Malouines, le présentateur vedette est suspendu par la direction afin que les investigations puissent "se dérouler dans le climat le plus serein possible", explique la chaîne. La Société des journalistes de LCP se félicite de cette décision qui devrait permettre d’"apaiser la situation".

Acte 4 : Frédéric Haziza est réintégré, malgré la colère des journalistes

L'enquête interne conclut que Frédéric Haziza n'a pas eu de nouveaux comportements inappropriés depuis son avertissement et la direction décide qu'il peut réintégrer la rédaction. "La direction constate qu’en l’état, juridiquement, rien ne s’oppose au retour de Frédéric Haziza dans l’entreprise", écrit-elle dans un e-mail consulté par Buzzfeed.

La Société des journalistes de LCP monte au créneau. Pour elle, ce rapport d'enquête est tronqué. Elle condamne le "climat délétère" qui règne au sein de la chaîne et dénonce "certaines déclarations mensongères de la présidente, voire tentatives d'intimidation" de Marie-Eve Malouines.

Acte 5 : Astrid de Villaines démissionne

La journaliste affirme que son départ est notamment lié à la réintégration de Frédéric Haziza. La direction de la chaîne confirme qu'Astrid de Villaines avait demandé une rupture conventionnelle, "mais qu'elle ne pouvait être accordée en l'absence de situation conflictuelle entre la direction et la salariée". "Je regrette beaucoup ce départ subi", a réagi Marie-Eve Malouines.

Astrid de Villaines précise qu'une proposition lui a été faite par une autre rédaction. Et de préciser : "C'est pour un contrat très court et rien n'est signé."