"Ils sont venus en France pour se battre pour notre liberté" : la mémoire honorée des soldats du Commonwealth morts au combat pendant la Grande Guerre

Tué pendant la Première Guerre mondiale, le soldat britannique Perkins, dont les ossements ont été découverts sur le chantier du futur hôpital de Lens, a été enterré jeudi à Loos-en-Goelle. Chaque année en France, les dépouilles d'une cinquantaine de soldats sont ainsi retrouvées sur les anciens champs de bataille, et parfois identifiées.

La cérémonie d\'hommage et l\'inhumation du soldat de l\'Essex Regiment, Frederick Thomas Perkinsn, tué le 22 avril 1917, à l\'âge de 25 ans, lors d\'une offensive des troupes britanniques au nord de Lens (Pas-de-Calais), s\'est déroulée jeudi 7 novembre 2019 au cimetière militaire britannique de Loos-en-Gohelle.
La cérémonie d'hommage et l'inhumation du soldat de l'Essex Regiment, Frederick Thomas Perkinsn, tué le 22 avril 1917, à l'âge de 25 ans, lors d'une offensive des troupes britanniques au nord de Lens (Pas-de-Calais), s'est déroulée jeudi 7 novembre 2019 au cimetière militaire britannique de Loos-en-Gohelle. (DENIS CHARLET / AFP)

On commémore lundi 11 novembre le 101e anniversaire de l'armistice de 1918, qui a mis fin à la Première Guerre mondiale. Depuis cette date, une organisation honore la mémoire des 1,7 million de soldats du Commonwealth tués lors des deux guerres mondiales. Les membres de la CWGC, la commission des tombes de guerre, recueillent chaque année en France les ossements d'une cinquantaine de soldats retrouvés lors de chantiers, sur les anciens champs de bataille. Les experts tentent ensuite d'identifier le soldat pour avertir ses descendants. Pour rendre hommage au soldat, une cérémonie d'inhumation est alors organisée dans un cimetière militaire.

Le reportage de Sébastien Baer à Loos-en-Gohelle.
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Franceinfo a pu assister à l'une de ces cérémonies à Loos-en-Gohelle, dans le Pas-de-Calais. L’homme qui est enterré jeudi au son du clairon s’appelle Frederick Thomas Perkins. Au milieu des centaines de stèles blanches, l’inscription sur la pierre tombale rappelle que le caporal britannique était membre de l'Essex Regiment, tué au combat le 22 avril 1917, à 25 ans. Ses ossements, découverts en 2017 sur le chantier du futur hôpital de Lens ont pu être identifiés grâce au matricule gravé sur la cuillère trouvée à ses côtés, explique Steve Arnold, chargé de la récupération des corps : "On a fait nettoyer la cuillère et on a réussi à trouver les deux numéros restants, parce qu’il y avait un morceau de fer qui était brûlé par-dessus."

Quand il a signé dans l’armée, il a fait un testament, et sur le testament il y avait ce numéro-là de matricule.  Et c’est comme ça qu’ils ont réussi à trouver. Steve Arnold, chargé de la récupération des corpsà franceinfo

Comme le veut la tradition, les corps des soldats ne sont pas rapatriés dans leur pays d’origine. Ils sont enterrés dans le cimetière militaire le plus proche de leur lieu de décès. Il est rare que les corps soient identifiés, et encore plus rare de trouver des descendants. Mais dans le cas de Frederick Thomas Perkins, sa petite-fille, Linda, 68 ans, a pu être contactée, et elle assiste à la cérémonie. "Quand j’ai appris qu’il avait été identifié je n’arrivais pas à le croire. C’était un choc incroyable, j’étais totalement incrédule. J’ai toujours su que mon grand-père avait été tué pendant la Première Guerre mondiale, et être ici aujourd’hui, voir où il va reposer, c’est très émouvant", confie-t-elle.

C’était mon souhait le plus cher. C’est une sépulture digne. Au moins il n’est plus dans un champ ou que sais-je. Maintenant on a un lieu pour se recueillir.Linda Cook-Perkins, la petite-fille du soldat enterréà franceinfo

Dans le cimetière militaire, chaque tombe ressemble à une autre. Les soldats sont inhumés sans distinction de classe sociale ou de rang militaire. Chaque année, des dizaines de soldats dont les ossements sont retrouvés sur les champs de bataille sont enterrés grâce à l’action de la commission des tombes de guerre du Commonwealth. Pour Xavier Puppinck, son directeur, ce travail fait partie du devoir de mémoire. "C’est pour commémorer ces soldats. Ils sont venus sur le territoire français pour se battre pour préserver notre liberté, donc la moindre des choses aujourd’hui, même si c’est cent ans plus tard, c’est de ne jamais les oublier et de faire le travail nécessaire pour qu’ils soient toujours présents à notre esprit", dit-il.

Bientôt, comme pour tous soldats dont les restes ont été identifiés, le nom de Frederick Thomas Perkins sera effacé du monument aux morts, de l’autre côté de la colline. Il restera alors sur la stèle 20 597 noms de soldats encore portés disparus et morts sur les champs de bataille des environs.