Violences conjugales : le Grenelle est "une véritable salade estivale préparée par Marlène Schiappa"

Pour l'ancien procureur de la République de Douai Luc Frémiot, la secrétaire d'État "mélange les sifflets dans la rue, les harcèlements de rue, les violences, les féminicides." 

L\'ancien procureur Luc Frémiot le 20 juin 2016 à Saint-Omer (Pas-de-Calais).
L'ancien procureur Luc Frémiot le 20 juin 2016 à Saint-Omer (Pas-de-Calais). (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

L'ancien procureur de la République de Douai Luc Frémiot estime sur France Inter que le Grenelle contre les violences conjugales qui commence ce mardi est "une véritable salade estivale préparée par Marlène Schiappa qui mélange tout", et par Nicole Belloubet qui "propose des solutions qui existent déjà". 101 femmes ont déjà été victimes de féminicides depuis le début de l'année 2019, selon le collectif Féminicides par compagnons ou ex.

franceinfo : Que pensez-vous du Grenelle contre les violences conjugales qui commence aujourd'hui ?

Luc FrémiotOn assiste à une véritable salade estivale préparée par Marlène Schiappa [secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes] qui mélange tout, les sifflets dans la rue, les harcèlements de rue, les violences, les féminicides. Et puis, on a Nicole Belloubet [ministre de la Justice], lors de ce Grenelle, qui prépare un plat froid pour ses convives, puisqu'elle nous propose des solutions qui existent déjà, des bracelets électroniques, le téléphone de grand danger, et puis il y a surtout la création encore de places dans les centres d'accueil pour les femmes. Pourquoi veut-on condamner les femmes à quitter leur domicile lorsqu'elles font l'objet de violences de la part de leur mari ou de leur conjoint ?

Mais Marlène Schiappa dit avoir des problèmes philosophiques à consacrer des budgets aux coupables plutôt qu'aux victimes. Vous n'êtes pas d'accord ?

Marlène Schiappa a des problèmes philosophiques à penser un hébergement pour les hommes, mais elle n'a pas de problème philosophique quand il s'agit de voir des femmes qui partent en pleine nuit avec des enfants sous le bras, dans des structures d'accueil qui ne sont pas toujours adaptées parce qu'elles manquent d'argent, de moyens. 

On se contente aujourd'hui de traiter les conséquences comme on peut avec des demi-mesures. Mais si on ne travaille pas sur les causes, on n'en sortira pas. Je n'oppose pas les foyers pour femmes aux foyers pour hommes, je dis qu'il faut les deux.

Le gouvernement propose aussi la création d'une plateforme. Qu'en pensez-vous ?

C'est dans les commissariats et dans les gendarmeries que ça se joue, tout le monde n'utilise pas l'informatique à longueur de journée. Une dame de 92 ans qui se fait battre, vous pensez qu'elle va aller sur la plateforme ? Une femme qui n'est pas reçue correctement [dans un commissariat ou une gendarmerie], elle ne reviendra plus, c'est fini. Si on ne prend pas la peine de la recevoir, de l'isoler tout de suite de la file des autres plaignants qui viennent pour un rétroviseur cassé, pour un problème de voisinage. Si on ne s'en occupe pas immédiatement, elle ne reviendra plus. C'est déjà une démarche tellement difficile, tellement complexe. C'est là que tout se joue.

Alors quelles sont les solutions, selon vous ?

Je critique parce que j'ai des solutions, que je les ai mises en marche en 2003 à Douai et ça fonctionnait très bien. D'abord la tolérance zéro. Si vous attendez qu'il y ait des violences qui s'amplifient et qui se rapprochent dans le temps, on tombe dans les violences pathologiques, c'est de plus en plus difficile à traiter. C'est dès les premiers coups. Suppression des mains courantes. Tolérance zéro. Eviction du domicile conjugal de l'auteur. Placement dans un centre aux mains de psychologues et de psychiatres. Et ensuite, un accompagnement de ces femmes évidemment, avec des psychologues, des cours de parole, pour casser le déni, pour casser le silence, pour qu'elles s'expriment, pour qu'elles sachent qu'elles ne sont pas seules. Ce sont elles les solutions, et ça fonctionne, j'ai les faits.