Affaire Vincent Lambert : "Il m'avait dit qu'il ne voudrait jamais finir comme un légume"

Le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la demande du neveu de ce patient en état végétatif depuis 2008.

François Lambert, le neveu de Vincent Lambert, le 23 juillet 2015 devant le CHU de Reims (Marne), où son oncle est hospitalisé dans un état végétatif.
François Lambert, le neveu de Vincent Lambert, le 23 juillet 2015 devant le CHU de Reims (Marne), où son oncle est hospitalisé dans un état végétatif. (FRANCOIS NASCIMBENI / AFP)

Le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne (Marne) a rejeté, vendredi 9 octobre, la demande du neveu de Vincent Lambert, qui réclamait que les médecins du CHU de Reims appliquent sans délai la décision d'arrêt des traitements de son oncle, un patient en état végétatif. Une décision validée par le Conseil d'Etat et la justice européenne.

"Vincent détestait être malade"

Convaincu que son oncle ne souhaitait pas subir d'acharnement thérapeutique, François Lambert va faire appel de la décision : "J'irai jusqu'au bout de ma démarche. Je n'ai pas envie d'être complice de cette situation inhumaine. J'ai un recours donc je le prends", déclare le jeune homme à francetv info. "Je fréquentais Vincent, contrairement à ses parents. Il détestait être malade, il détestait la souffrance et m'avait dit qu'il ne voudrait jamais finir comme un légume."

Il demande donc l'application, par le CHU de Reims (Marne), de la décision prise le 11 janvier 2014 par le docteur Eric Kariger, en charge à l'époque de Vincent Lambert, de stopper l'alimentation et l'hydratation artificielles de son patient en l'accompagnant jusqu'à la mort par des soins palliatifs.

Les parents de Vincent Lambert – Pierre et Viviane Lambert – après une rencontre avec le corps médical à l\'hôpital de Reims (Marne), le 23 juillet 2015.
Les parents de Vincent Lambert – Pierre et Viviane Lambert – après une rencontre avec le corps médical à l'hôpital de Reims (Marne), le 23 juillet 2015. (FRANCOIS NASCIMBENI / AFP)

De son côté, l'avocat des parents de Vincent Lambert, catholiques traditionalistes décidés à maintenir en vie leur fils, se réjouit de la décision : "C'est une décision logique, de bon sens. De nombreux spécialistes attestent de l'évolution favorable de Vincent Lambert, il peut désormais manger avec la bouche et doit être transféré dans un centre spécialisé", assure Me Jérôme Triomphe, contacté par francetv info.

"C'est absolument faux d'alléguer que l'état de Vincent s'améliore. Aucun expert n'a statué en ce sens", conteste l'avocat de Rachel Lambert, la femme du patient, favorable à l'arrêt des traitements, qui n'a pas pris part à la demande envers le tribunal administratif. "Maintenant on doit attendre la décision de la cour d'appel administrative", explique Me Laurent Pettiti, contacté par francetv info.

Rachel Lambert, la femme de Vincent Lambert, à l\'audience de la Cour européenne des droits de l\'homme à Strasbourg le 5 Juin 2015.
Rachel Lambert, la femme de Vincent Lambert, à l'audience de la Cour européenne des droits de l'homme à Strasbourg le 5 Juin 2015. (PATRICK HERTZOG / AFP)

Sept ans de rebondissements judiciaires

Depuis plus de sept ans, l'affaire Lambert enchaîne les rebondissements judiciaires. En juin 2014, le Conseil d'Etat a validé l'arrêt des soins, statuant que leur poursuite constituerait une "obstination déraisonnable". En juin 2015, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a également statué en ce sens.

Après l'avis de la CEDH, le docteur Daniela Simon, en charge de Vincent, avait engagé peu après une "nouvelle procédure collégiale en vue d'une décision d'arrêt des soins". Une semaine plus tard, elle la suspendait, à la surprise générale, arguant des pressions extérieures.