Suicide assisté d'Alain Cocq : le "sentiment de soulagement" du neveu de Vincent Lambert

Atteint d'une maladie orpheline incurable, Alain Cocq avait demandé aux autorités françaises en 2020 de lui offrir une "assistance active pour mourir" et ainsi mettre fin à ses souffrances. Mais c'est en Suisse qu'il est mort.

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Radio France
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Alain Cocq alité chez lui à Dijon (Côte-d'Or), le 12 août 2020.  (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

"J'ai plutôt un sentiment de soulagement pour Alain, puisque c'est quelque chose qu'il préparait depuis des années", a réagi mardi 15 juin sur franceinfo, François Lambert, après le suicide assisté d'Alain Cocq en Suisse. François Lambert, co-fondateur de l’association Article 10 et du site vivresamort.org, est aussi le neveu de Vincent Lambert, décédé en 2019. Alain Cocq, 58 ans, était un fervent militant de la fin de vie digne. Atteint d'une maladie incurable, il avait fait deux grèves des soins et de la faim en 2020 pour réclamer le droit à l'euthanasie. "On m'a rapporté qu'il avait été très serein jusqu'au bout, explique François Lambert, et qu'il avait toujours eu la possibilité de reculer s'il le voulait. Et il ne l'a pas fait".

franceinfo : Quel sentiment vous anime après la mort d'Alain Cocq en Suisse ?

François Lambert : J'ai plutôt un sentiment de soulagement pour Alain, puisque c'est quelque chose qu'il préparait depuis des années. Il y a eu les deux grèves de la faim l'année dernière. Et puis le choix, finalement, de devoir quitter la France pour pouvoir aller mourir dignement ailleurs. Et c'est quelque chose qu'il avait beaucoup préparé. On en parlait régulièrement. Ça fait un mois ou deux qu'il connaissait exactement la date, on avait pu voir venir et il était de plus en plus serein à mesure que ça approchait. Je n'étais pas sur place, mais on m'a rapporté qu'il avait été très serein jusqu'au bout et qu'il avait toujours eu la possibilité de reculer s'il le voulait et il ne l'a pas fait.

"Personne n'a voulu considérer qu'il était sincère et sérieux dans sa demande puisqu'il y a un profond mépris pour ce genre de demande en France."

François Lambert

à franceinfo

Ça s'est passé précisément comme il s'y attendait ?

A priori, oui sinon il aurait reculé. Pour moi c'est plutôt un soulagement puisque je sais qu'il a été jusqu'au bout et c'est son choix et c'est quelque chose qu'on a pu lui dire qu'on a pu préparer. Il était très digne avec tout le monde, il a essayé de mettre tout le monde à l'aise par rapport à son choix. Une fin de vie en Suisse, c'est très libre, c'est le moins médicalisé possible, c'est qu'il avait choisi. On lui donne un comprimé, il l'avale et deux minutes après il est parti. C'est extrêmement rapide pour éviter justement de sentir ce corps qui s'en va et cette souffrance qui va avec et ça s'est fait extrêmement sereinement.

Il militait pour un élargissement des possibilités de fin de vie mais son pronostic vital n'était pas engagé ?

La loi Leonetti ne concerne pas uniquement les gens dont le pronostic vital est engagé. C'est une partie de la loi. Je suis défavorable totalement à cette loi pour plusieurs raisons. Alain Cocq a fait deux grèves de la faim, sinon il aurait peut-être eu le droit à une sédation profonde et continue. Si les médecins avaient bien voulu le faire. Mais personne n'a voulu considérer qu'il était sincère et sérieux dans sa demande puisqu'il y a un profond mépris pour ce genre de demande en France, Ensuite, la loi, effectivement, ne concerne pas tous les cas dont je considère qu'il serait légitime dans leurs demandes. Mais Alain, je ne suis pas du tout convaincu qu'il n'entrait pas dans le cadre de la loi. Je pense que c'était borderline, on va dire, mais concrètement, la loi n'étant appliquée que si le médecin le souhaite, de toute façon, quand il a essayé de partir les médecins ont traité sa demande avec du mépris et c'est pour ça qu'il n'a pas pu partir.

"Il y a une mouvance médicale qui est dans le mépris des proches, le mépris des patients".

François Lambert

à franceinfo

On sait combien de personnes en France demandent cette possibilité-là mais n'obtiennent pas ce droit ?

On ne peut pas savoir parce qu'il y a une mouvance médicale qui est dans le mépris des proches, le mépris des patients et le fait aussi qu'on considère que quand les gens le demandent, ce n'est pas vraiment ce qu'ils demandent, ils demandent autre chose, c'est ce qui est considéré par la médecine. Du coup, on traite votre demande par du mépris. Après vous arrêtez de demander et on dit, ça va il va mieux, puisqu'il a arrêté de le demander. Et concrètement, il n'y a aucune trace de ça. On ne peut pas savoir combien de gens le demandent et à combien de gens on le refuse à longueur de temps.

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