En Belgique, le "Sauvage", personnage de carnaval grimé en noir, défile malgré les accusations de racisme

Un collectif antiraciste belge a lancé une pétition et interpellé l'Unesco pour faire disparaître cette figure controversée de la ducasse d'Ath, une fête remontant au XVIe siècle, organisée à la fin du mois d'août dans cette ville de Wallonie.

Détail de décorations lors de la ducasse, une fête traditionnelle organisée à Ath (Belgique), le 27 août 2017.
Détail de décorations lors de la ducasse, une fête traditionnelle organisée à Ath (Belgique), le 27 août 2017. (NICOLAS MAETERLINCK / BELGA MAG / AFP)

Le "Sauvage" a défilé, malgré la polémique, dimanche 25 août lors de la ducasse d'Ath, à Ath, en Wallonie (Belgique). Il a reçu le soutien du public, certains spectateurs l'acclamant et arborant un tee-shirt "Je suis Sauvage". Au début de la parade, il est toutefois venu remettre symboliquement ses chaînes au bourgmestre, dans un geste d'apaisement. Car ce personnage de carnaval, grimé en noir, portant un anneau dans le nez et des chaînes aux poignets, est assimilé par certaines associations au "blackface" américain et est accusé de racisme.

Le "Sauvage" est attaqué par un collectif antiraciste, baptisé Bruxelles Panthères, qui a lancé une pétition sur la plateforme Change.org, début août, afin d'obtenir sa disparition. Les Bruxelles Panthères ont également saisi l'Unesco, car la fête de la ducasse d'Ath est inscrite depuis 2008 au patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

"Il est temps de réagir à la négrophobie sévissant en Belgique", écrivait le porte-parole des Bruxelles Panthères, demandant que la ducasse d'Ath soit privée "s'il le faut" de son label Unesco. La pratique du "blackface" dans plusieurs carnavals ou célébrations folkloriques de Belgique – ancienne puissance coloniale au Congo – fait subir aux populations noires du pays "une injustifiable violence symbolique", selon lui.

"Faire évoluer" l'événement

L'organisation de l'ONU s'est mêlée à la controverse, en répondant à l'association par un e-mail, dont l'AFP a obtenu copie. Le sous-directeur général pour la Culture de l'agence onusienne rappelle qu'en tant que célébration inscrite à l'Unesco, la manifestation doit se conformer à des principes, en particulier "l'exigence du respect mutuel entre communautés, groupes et individus".

De leur côté, la municipalité et les organisateurs de la ducasse d'Ath se sont dits ouverts au débat pour "faire évoluer" l'événement. "La population ne vit pas ce jeu festif comme étant un acte raciste, mais veut bien entendre que ça peut choquer quelqu'un d'extérieur qui ne connaît pas le contexte", a déclaré à l'AFP Laurent Dubuisson, l'historien qui dirige la Maison des géants à Ath.

La ducasse d'Ath existe depuis le XVIe siècle et rassemble des dizaines de milliers de personnes le dernier week-end d'août, avec comme point d'orgue le cortège du dimanche dont le "Sauvage" est la vedette.