"Très souvent, on se retrouve un peu désespéré" : le malaise des directeurs d'école

Alors qu'une journée de mobilisation est organisée jeudi en hommage à la directrice d'école de Pantin qui s'est suicidée, franceinfo a rencontré plusieurs directeurs d'école, qui témoignent de leur mal-être. 

Une enseignante dans une classe, à Paris, le 2 septembre 2019.
Une enseignante dans une classe, à Paris, le 2 septembre 2019. (MARTIN BUREAU / AFP)

"La vie d'un directeur d'école, c'est d'être capable à la fois d'ouvrir la porte quand ça sonne, tout en répondant au téléphone, pendant qu'un élève qui est malade attend d'être soigné." Voilà comment Olivier Flipo, directeur d'école élémentaire à Cergy (Val d'Oise) et délégué syndical, résume sa mission.

Le suicide d'une directrice d'école maternelle à Pantin, à la mi-septembre, a crûment remis en lumière le mal-être des directeurs d'école. Christine Renon, 58 ans, s'est donnée la mort dans son établissement, en laissant une lettre dans laquelle elle se dit épuisée et isolée face à l'accumulation des tâches administratives, parfois absurdes. Dans une tribune publiée sur franceinfo, le collectif des directeurs et directrices d'école de Pantin rendent hommage à leur collègue décédée et dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail. Beaucoup de ses collègues partagent ce mal-être : "Très souvent, on se retrouve un peu désespéré en fin de journée, de s'apercevoir que finalement, dans ce que l'on avait prévu de faire, on n'a rien fait, ou très peu, parce que de nouvelles urgences sont arrivées", raconte Olivier Flipo.

Il y a un moment où on avait des aides administratives, maintenant il n'y en a plus.Olivier Flipo, directeur à Cergyà franceinfo

C'est pour dénoncer ces conditions de travail, et en hommage à Christine Renon, que plusieurs syndicats d'enseignants appellent à la grève jeudi et à des rassemblements, principalement en Seine Saint-Denis. Plus de 60% des professeurs des écoles devraient cesser le travail, selon le Snuipp, syndicat majoritaire chez les enseignants du premier degré.

Olivier Flipo, directeur à Cergy, se sent aussi souvent très seul : "Tous les matins, des enfants arrivent en retard à l'école. Il faudrait appeler leurs familles, parce qu'elles ne sont pas forcément au courant. Mais par faute de temps, il n'est pas possible de le faire. Dans un collège, vous avez des personnels administratifs pour ça. Le directeur d'école, lui, il est tout seul."

Tâches administratives qui "débordent" et épuisement professionnel

Conséquences, notamment : des journées à rallonge. "Souvent, ces tâches de direction d'école débordent", témoigne ainsi Anabel Roy, directrice d'une école rurale à Saint-Martin-de-Jussac (Haute-Vienne) et représentante Unsa Education. Elle ne bénéficie que d'une journée par mois sans sa classe, pour les missions administratives. Très insuffisant, selon elle : "Quand les enfants quittent la classe, on fait de la direction d'école. Sur les week-ends aussi, parce qu'il y a des questions qui n'attendent pas."

Il est très courant que je passe dix heures d'affilée à l'école.Anabel Roy, directrice à Saint-Martin-de-Jussacà franceinfo

Des tâches qui s'accumulent, auxquelles il faut ajouter des relations parfois difficiles avec les parents. Le tout pour une prime mensuelle d'environ 200 euros. Selon une enquête de la Casden, la banque de la fonction publique, quatre directeurs sur dix souffrent d'épuisement professionnel. Au ministère de l'Education, on assure en avoir conscience.

Par ailleurs, la députée La République en marche du Val d'Oise, Cécile Rilhac, travaille depuis plusieurs mois à une proposition de loi sur le sujet. Elle préconise la création d'une nouvelle fonction : "On pourrait non plus parler de directeur mais de chef d'établissement du premier degré, ça impliquerait qu'il soit complètement déchargé de leurs missions d'enseignement. Bien mettre le chef d'établissement comme pilote de son école. Et pour pouvoir le faire, il faut qu'il ait le temps." Cécile Rilhac suggère que cette décharge totale d'enseignement concerne tous les directeurs des écoles de plus de 10 classes, contre 13 aujourd'hui.

Le malaise des directeurs d'école - Le reportage d'Alexis Morel
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