Témoignages "Ils nous ont vraiment laissés nous débrouiller tout seuls" : 30 % des élèves de seconde sans stage

Décrétés en septembre 2023 par Gabriel Attal, alors ministre de l'Éducation, les stages obligatoires pour les lycéens en classe de seconde démarrent lundi 17 juin. En tout cas pour ceux qui en ont trouvé un : quelque 168 000 jeunes n'ont pas trouvé de stage. Témoignages.
Article rédigé par Camille Laurent
Radio France
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Temps de lecture : 2 min
Une jeune lycéenne à la recherche d'un stage de seconde consulte le site internet du gouvernement (photo d'illustration, le 1er mars 2024). (DAVID ADEMAS / OUEST-FRANCE / MAXPPP)

La période de stage obligatoire pour les élèves de seconde commence lundi 17 juin. Les adolescents sont censés passer les deux prochaines semaines en observation dans une entreprise, une association ou une institution. Une première pour ce dispositif mis en place par Gabriel Attal  lorsqu'il était ministre de l'Éducation pour "reconquérir le mois de juin", selon ses termes.

La période est souvent désertée par les élèves de seconde qui n'ont plus cours à cause des épreuves de baccalauréat, notamment. Au total, 560 000 élèves de seconde générale et technologique sont concernés par cette nouvelle mesure. Or, d'après le ministère de l'Éducation, 70% ont signé une convention de stage, laissant ainsi sur le carreau quelque 168 000 jeunes.

"Je pense que je vais rester chez moi", se désole Bay, lycéenne de 15 ans à Paris, convention de stage dans la main. L'adolescente n'a pas trouvé de solution, malgré le fait qu'elle ait frappé à la porte de nombreuses entreprises : "Dans les pharmacies, les boulangeries, les commerces, tout ! Ils m'ont tous refusée", liste la jeune fille.

Bay n'a pas pu se faire aider pour trouver son stage contrairement à sa copine Melissa, qui a accepté le premier stage qu'on lui a proposé parce qu'il n'y "avait pas le choix !" : "Tout le monde doit faire un stage en même temps. J'ai été obligée de choisir même si ça ne m'intéressait pas trop...", glisse-t-elle. L'adolescente avait cherché dans la politique, en vain.

La galère des élèves et des établissements scolaires

Quand certains ont réussi à trouver un stage, d'autres se rassurent : "normalement, je vais en trouver pour la deuxième semaine" lâche une élève parisienne. "On est censés aller au SNU (Service national universel, ndlr) quand on ne fait pas de stage, mais ils n'auront pas les infrastructures pour accueillir autant de monde" enchérit un autre.

Les élèves sont loin de paniquer, mais ils sont résignés, voire en colère. "Beaucoup de gens dans notre classe n'ont pas de stage. Ils nous ont vraiment laissés nous débrouiller tout seuls. On a juste eu les dates", dénonce une adolescente au micro de franceinfo. "Les lycées ne nous aident pas à trouver de stage. Si tu en as un, c'est grâce à ta famille", explique-t-elle. 

Examens, fin d'année et préparation de rentrée. Le programme est chargé ces deux prochaines semaines. Beaucoup de lycées ne pourront pas recevoir les élèves dépourvus de stage. Ils devaient y aller pour suivre des ateliers "d'orientation".

Impossible, explique Olivier Beaufrère, proviseur en Essonne et secrétaire national du SNPDEN, le principal syndicat des chefs d'établissement. "Nous n'avons pratiquement aucun personnel. En plus, j'ai la malchance d'être en travaux... Donc comment faire pour accueillir les élèves ? Dès le début, nous avions précisé, avec le ministère, qu'il serait extrêmement tendu dans cette période de pouvoir trouver des places pour l'ensemble des élèves de seconde" regrette le chef d'établissement. 

"Le système qui permet d'accueillir l'ensemble de ces élèves est entièrement sous-dimensionné"

Olivier Beaufrère, proviseur en Essonne

à franceinfo

Le proviseur continue de signer des conventions de stage et conseille à ceux qui n'ont pas encore trouvé... de continuer à chercher. Cette période de stage obligatoire pour les élèves de seconde générale et technologique coïncide avec celle où les élèves de lycée professionnel sont aussi en entreprise.

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