"On a le temps de prendre notre petit-déjeuner" : dans un lycée de Seine-Saint-Denis, les cours démarrent une heure plus tard

Des cours qui démarrent à 9 heures eu lieu de 8 heures, la mesure est expérimentée dans cinq lycées d'Île-de-France. Objectif : laisser un peu plus de sommeil à ceux qui viennent de très loin.

Le lycée Eugène Hénaff de Bagnolet, en Seine Saint-Denis, expérimente le décalage du début des cours de 8 à 9h cette année.
Le lycée Eugène Hénaff de Bagnolet, en Seine Saint-Denis, expérimente le décalage du début des cours de 8 à 9h cette année. (ALEXIS MOREL / RADIO FRANCE)

"Cela nous laisse le temps de nous réveiller" : devant le lycée Eugène Henaff de Bagnolet (Seine-Saint-Denis), certains élèves ont un peu moins de cernes que les autres, en cette rentrée. Les classes de seconde professionnelle ont été choisies pour expérimenter des horaires décalés le matin : commencer à 9 heures au lieu de 8 heures. "Avec cette mesure, je suis moins fatigué, on a le temps de prendre notre petit-déjeuner", témoignent ces jeunes.

Cinq établissements en Île-de-France font ce test. Une heure de sommeil en plus donc, pour favoriser l'apprentissage : c'est le pari du conseil régional.

On est plus efficace en arrivant à 9 heures. Le cerveau assimile plus de choses.Un lycéen

Dans le collège Eugène Henaff, pour le moment seuls les élèves de seconde professionnelle ont la chance de faire cette (petite) grasse matinée. Ce sont globalement eux qui viennent des communes les plus éloignées : "Il y a des gens qui habitent en Seine-et-Marne" analyse un élève. "Ils doivent se lever entre 5h30 et 6 heures pour arriver 8 heures. En commençant une heure plus tard, ils peuvent dormir un peu plus."

Pour ces adolescents, ces horaires décalés auraient des bienfaits incontestables : "On est plus efficace en arrivant à 9 heures. Le cerveau assimile plus de choses. Quand on arrive à 8 heures, comme nous sommes en pleine croissance, ce n'est pas bon pour l'organisme", croit savoir l'un d'entre eux.

Éviter des réveils à 5 heures

Héléna Regnier est la proviseure adjointe du lycée, pour elle l'expérimentation pourrait avoir de grands bénéfices : "Un jour, une élève de CAP m'a dit qu'elle se levait à 5 heures du matin. Ensuite elle avait deux heures de transport. J'ai trouvé ça très violent. En plus, on constatait un taux d'absences assez fort sur la première heure. L'objectif, c'est qu'ils soient moins fatigués pour être plus assidus."

Des élèves qui seraient aussi plus détendus une fois arrivés en classe : "Ils ont plus de temps, n'ont pas couru et ne sont donc pas stressés en arrivant. Des élèves apaisés, ce sont des élèves plus disponibles pour l'apprentissage et pour mieux réussir", détaille Héléna Regnier.

L'un des risques est qu'ils se couchent plus tard au prétexte qu'ils se lèvent aussi plus tard.Claire Leconte, chronobiologiste

Mais commencer une heure plus tard ne réglera pas tous les problèmes. Yanis en a conscience : "Le vrai problème c'est l'heure à laquelle on se couche. Comme nous sommes jeunes on s'endort tard, avec les écrans et les téléphones. On a du mal à s'endormir. C'est normal d'être fatigués le matin !"

Yanis a entièrement raison, selon Claire Leconte. Cette chronobiologiste salue le décalage d'une heure, mais met aussi en garde : "L'un des risques et qu'ils se couchent plus tard au prétexte qu'ils se lèvent aussi plus tard. C'est ce qu'ils ne doivent surtout pas faire. Cette mesure risque d'être contre-productive si elle n'est pas accompagnée d'un travail éducatif mené avec les adolescents."

Sans compter sur le fait que retarder les cours le matin conduit forcément à densifier un peu l'emploi du temps de la journée.

Le reportage d'Alexis Morel
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