Reprise des cours en demi-groupe à l'université : "Le gouvernement ne voit pas la réalité, les des étudiants qui sont en réelle souffrance", déplore le SNESUP-FSU

Jean Castex a annoncé jeudi que les travaux dirigés pourraient reprendre à partir du 25 janvier en présentiel seulement pour les premières années.  Anne Roger, co-secrétaire générale du syndicat enseignant dénonce une "différence de traitement" avec les collèges et les lycées.

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Des universités, comme celle de Cergy, font le choix de partiels en présentiel en décembre 2020. (ALEXIS MOREL / FRANCE-INFO)

"C'est catastrophique", "On a l'impression que le gouvernement ne voit pas la réalité", réagit jeudi 14 janvier sur franceinfo Anne Roger, co-secrétaire générale SNESUP-FSU, le premier syndicat des enseignants-chercheurs, après que Jean Castex a annoncé, que les étudiants de première année à l'université pourront reprendre par demi-groupes les travaux dirigés en présentiel à partir du 25 janvier. Le Premier ministre a annoncé le renforcement des mesures sanitaires pour lutter contre le Covid-19 lors d'une conférence de presse aux côtés de plusieurs ministres. Anne Roger alerte sur la "souffrance" des étudiants et la "détresse" des enseignants. 

franceinfo : Est-ce que vous attendiez mieux ce soir de la part du gouvernement ?

Anne Roger : Mieux, c'est le moins qu'on puisse dire. On est vraiment très en deçà de la réalité.

Après deux mois et demi d'arrêt et de silence de la part de la ministre, on attendait nettement mieux. Là, on ne parle que des L1. Qu'est-ce qu'on fait des autres ?

Anne Roger

à franceinfo

C'est vraiment le minimum qu'on pouvait attendre. On revient à une situation qui était finalement celle qu'on n'aurait jamais dû quitter. Au mois d'octobre, on a été sommés de quitter les campus, on en était même plus loin puisqu'on était en demi-jauge sur tous les niveaux. Là, on nous propose un retour à la demi-jauge sur un seul niveau d'enseignement, donc c'est catastrophique. On a l'impression que le gouvernement ne voit pas la réalité. On a des étudiants qui sont en réelle souffrance et qui sont accompagnés par des enseignants qui sont de fait aussi en détresse de voir leurs étudiants autant en difficulté. Là, on ne peut pas parler d'annonces.

Les étudiants, les universités, les facultés sont les grands oubliés ?

Oui, c'est le moins qu'on puisse dire. Depuis le début de l'année, on ne cesse de dire qu'il y a quand même une différence de traitement à la fois avec les collèges et les lycées qui eux n'ont pas cessé d'être en présentiel, avec des effectifs qui ne sont pas différents de ce qu'on a en groupe TD à l'Université. Des classes de 25/30, ce sont nos effectifs en classe TD.

On a des classes prépas, des grandes écoles et des BTS qui ont poursuivi, alors qu'ils font partie de l'enseignement supérieur, qui eux ont eu le droit de poursuivre en présentiel alors que les licences n'ont pas eu le droit.

Anne Roger

à franceinfo

Donc, il y a un traitement différencié sans aucune argumentation valable. Donc, c'est incompréhensible et ça crée encore plus un sentiment d'injustice et d'incompréhension de la part des étudiants et des enseignants.

Le gouvernement a dit qu'un certain nombre de dispositions pour l'emploi, le tutorat ou encore la prise en charge psychologique des étudiants seraient prises. Est-ce que c'est satisfaisant ?

Ce ne sont que des annonces. Pour le moment, on annonce le recrutement de tuteurs étudiants, on annonce le recrutement de psychologues. Très bien. Sauf que pour faire cours et pour faire des TD et des TP, ce sont des enseignants qu'il faut, ce n'est pas des psychologues et des tuteurs. On est en train de parler de formation. On n'est pas juste en train de parler d'animation et de présence sur le campus. Les étudiants qui sont présents sur le campus, c'est pour faire cours, c'est pour apprendre, c'est pour préparer des diplômes et il faut des enseignants pour les préparer.

"On attend à minima les recrutements qu'on attend depuis une éternité pour dédoubler les groupes."

Anne Roger

à franceinfo

Et puis les travaux qui devaient être faits. On est toujours dans des salles qui ne sont pas aérées, alors qu'on a eu huit mois pour faire les travaux. Si les étudiants reviennent sur site, comment on fait pour la restauration ? Il y a tout un tas de questions qui sont posées et on n'a eu aucune réponse ce soir. On laisse les étudiants dans l'incertitude.

Que peut-il y avoir comme conséquence si la situation ne s'améliore pas ?

On a malheureusement vu déjà les conséquences extrêmes, des tentatives de suicide des étudiants. Ce sont malheureusement des choses qui risquent de se reproduire si on laisse les étudiants à l'abandon. Il y a aussi des situations qui sont sans doute moins visibles, mais de décrochage des études. Les étudiants qui sont connectés à distance sont connectés à distance, on ne sait pas ce qu'ils font une fois qu'ils sont connectés. On les interpelle, ils ne répondent pas. On n'a aucune prise sur eux. On ne peut plus les aiguiller, les motiver. Il va y avoir du décrochage. Tout ce qui est décrit actuellement comme anxiété, comme état d'angoisse qui augmente, cela risque de laisser des traces à long terme. Cela va créer des situations d'isolement et de souffrance qui vont durer. Et l'isolement social, cela laisse aussi des traces.

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