Pour ou contre la réforme du collège, les principaux arguments passés au crible

Entre les critiques des opposants à la réforme et les mises au point du gouvernement, difficile de faire le tri. Francetv info décrypte quelques déclarations pour y voir plus clair.

La ministre de l\'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, défend sa réforme lors des questions au gouvernement, le 12 mai 2015, à l\'Assemblée nationale.
La ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, défend sa réforme lors des questions au gouvernement, le 12 mai 2015, à l'Assemblée nationale. (ERIC FEFERBERG / AFP)

La réforme du collège et la refonte des programmes est toujours sous le feu des critiques. Alors que le gouvernement a lancé une consultation nationale, lundi 11 mai, pour permettre aux enseignants de donner leur avis sur la première version des nouveaux programmes scolaires, proposée par le Conseil supérieur des programmes (CSP), le débat s'envenime un peu plus chaque jour.

Entre affirmations hâtives, arguments contestables et raccourcis, difficile de s'y retrouver. Pour y voir plus clair, francetv info passe au crible plusieurs déclarations de politiques et d'intellectuels prononcées ces derniers jours.

Manuel Valls : "La réforme ne remet pas en cause l’enseignement du latin et du grec"

Pourquoi ce n'est pas si simple. Les options latin et grec - jusque-là matérialisées par des cours spécifiques hebdomadaires - n'existeront plus dans leur forme actuelle. Ces langues anciennes, accusées par le ministère de l'Education nationale de favoriser l'élitisme, seront remplacées par un enseignement pratique interdisciplinaire (EPI), intitulé "langues et cultures de l'Antiquité", explique Le Monde. Adieu les déclinaisons et le vocabulaire à apprendre par cœur : les langues anciennes seront remises dans leur contexte à travers des cours d'histoire et de français.

Une option dédiée à la langue latine et à la langue grecque sera cependant proposée en complément, à ceux qui le souhaitent. Il s’agira d’une heure hebdomadaire en 5e, et de deux heures en 4e et 3e, soit une heure de moins par rapport au dispositif actuel. Or, Le Monde souligne que ces cours seront absents de la grille horaire et ne bénéficieront pas de financements spécifiques. Ce sera donc aux établissements de choisir s'ils les conservent ou non. Toutefois, pour calmer les inquiétudes, la ministre de l'Education a saisi, mercredi 13 mai, le CSP, qui devra élaborer le programme d'enseignement de ces disciplines dans le nouveau cadre du collège. Il devra remettre ses propositions à la mi-octobre.

Nicolas Sarkozy : "L'histoire des Lumières va devenir un enseignement facultatif"

Pourquoi c'est vrai. Dans le nouveau programme de classe de 4e proposé par le CSP, le module "Sociétés et cultures au temps des Lumières" est, en effet, facultatif, tandis que le thème "Un monde dominé par l'Europe : empires coloniaux, échanges commerciaux et traites négrières" devient obligatoire.

Le choix du CSP de classer certaines périodes de l’histoire dans des modules facultatifs suscite de nombreuses critiques. Mais face à la fronde, la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a rappelé, dans un entretien au JDD, que ces programmes ne sont pas définitifs, et qu'elle allait réunir "prochainement des historiens de renom comme Pierre Nora, Jean-Pierre Azéma et bien d’autres, pour que le travail en cours bénéficie de leur regard et de leur expertise".

François Fillon : "En 5e, il est obligatoire d'étudier l'islam"

Pourquoi c'est vrai, mais… Dans les nouveaux programmes, l'enseignement de l'histoire de l'islam est effectivement présenté comme un "module obligatoire" en classe de 5e, tandis que "l'histoire de la chrétienté au Moyen Age" devient un thème facultatif.

Néanmoins, François Fillon omet un point important : l'enseignement des "débuts du christianisme", tout comme celui sur les "débuts du judaïsme", sont obligatoires en 6e. Le CSP rappelle également que l'enseignement de l'histoire de l'islam n'est pas une nouveauté, puisqu'il est déjà au programme des élèves de 5e depuis des années.

Luc Ferry : "On est dans l'Europe de la repentance"

Pourquoi cela fait débat. Pour certains intellectuels et politiques, comme le philosophe et ancien ministre de l'Education Luc Ferry, les nouveaux programmes accordent trop d'importance aux pages culpabilisantes de l'histoire de France. "L’Europe n’est présentée que sous les aspects de la colonisation et la traite négrière", résume-t-il.

Une vision "partisane et idéologique", selon le président du CSP, Michel Lussault, joint par francetv info. Pour lui, "la polémique est plutôt le symptôme de la déliquescence du débat politique contemporain. La lucidité par rapport aux faits, ça ne signifie pas se repentir." "Nous sommes sur une ligne de fracture qui dépasse l'enseignement de l'histoire, analyse de son côté Colombe Brossel, secrétaire nationale à l'Education et à la formation. Dans ce débat, ce sont deux visions qui s'opposent sur la question de ce que doit être le collège. Il est, de plus, inutile de tomber dans un débat caricatural, alors que les programmes, soumis à la concertation, sont amenés à évoluer."

Najat Vallaud-Belkacem : "Nous élargissons la logique des classes bilangues à plus d'élèves"

Pourquoi ce n'est pas si simple. La plupart des collégiens vont effectivement pouvoir bénéficier de plus d'heures de langues étrangères, et ce dès 2016. Car l'apprentissage d'une seconde langue vivante commencera dès la 5e, et non plus à partir de la 4e. En tout, les collégiens bénéficieront, de la 6e à la 3e, de 54 heures de cours de langue supplémentaires.

En revanche, avec la suppression des classes bilangues - où l'on apprend deux langues vivantes dès la 6e - les 15% d'élèves qui en bénéficient actuellement voient leur nombre d'heures d'enseignement de langue diminuer. Même sort pour les sections européennes, qui permettent aux collégiens de 4e et 3e de bénéficier de certains cours, comme l'histoire, en langue étrangère. Un choix guidé par une volonté de mixité sociale de la part du gouvernement, mais considéré comme un nivellement par le bas, selon les opposants au projet.

Pascal Bruckner : "On supprime le latin, le grec
et l’allemand pour leur donner du Jamel Debbouze"

Pourquoi c'est faux. Comme expliqué précédemment, ni le latin, ni le grec, ni l'allemand, ne disparaissent du collège. Quant aux "cours Jamel Debbouze", évoqués par le romancier et essayiste Pascal Bruckner, ils font référence à une idée évoquée par Manuel Valls dans une interview au magazine culturel l'Oeil (article payant), repérée par Le Lab d'Europe 1.

"La réforme des rythmes éducatifs est une réelle opportunité dont il faut se saisir (...). Pourquoi ne pas intégrer, dans nos écoles, l'art de l'improvisation que porte Jamel Debbouze ?", s’était interrogé le Premier ministre, dans cet entretien paru courant avril. Une idée reprise par la ministre de l'Education, qui estime que "l'improvisation théâtrale est une activité extrêmement intéressante, y compris pour mieux maîtriser la langue française". Mais pas question d'en faire une épreuve du brevet. Pour l'heure, l'improvisation concernerait uniquement les activités périscolaires.

Alain Finkielkraut : "Le néant s'habille en jargon"

Pourquoi c'est vrai. Le philosophe et écrivain Alain Finkielkraut a fait référence dans une interview donnée au Figaro, au jargon technique utilisé pour les nouveaux programmes scolaires, qui a alimenté les moqueries ces derniers jours, notamment concernant l'EPS. Il est par exemple question de "traverser l'eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête" dans un "milieu aquatique profond standardisé", pour parler... du cours de natation.

Sur ce point, Najat Vallaud-Belkacem a affirmé, le 5 mai sur Europe 1, que les programmes allaient être "vulgarisés". "Je suis contre le jargon, les parents doivent comprendre ce qui est attendu de leurs enfants", a insisté la ministre de l'Education, invitant le CSP à revoir sa copie sur ce point.