Rentrée des classes : on vous explique pourquoi la mise en place de "l'option maths" en classe de première a viré au casse-tête

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Professeurs et directeurs d'établissement ont dû opérer des ajustements de dernière minute pour mettre en place l'option maths, annoncée début juin par le président Emmanuel Macron. (ASTRID AMADIEU / FRANCEINFO)

Emplois du temps morcelés, programmes trop chargés, classes potentiellement vides... A la veille de la rentrée, enseignants et directeurs d'établissement sont encore dubitatifs face à cette option qui signe le retour des mathématiques dans le tronc commun de première.

Le compte est-il bon pour le grand retour des mathématiques en classe de première, à la rentrée, jeudi 1er septembre ? A l'heure de sortir leurs nouvelles feuilles d'appel et leur plus beau stylo rouge, les professeurs restent dubitatifs face à cette nouvelle option d'1h30 par semaine. Le 2 juin, Emmanuel Macron confirmait le retour "non-obligatoire" de cette matière dans le tronc commun de première, dès septembre, trois ans après sa suppression par le ministre de l'Education nationale de l'époque, Jean-Michel Blanquer, dans le cadre de la réforme du lycée. Fini les filières S, ES et L. A la place, les élèves doivent choisir, en fin de seconde, trois matières parmi un panel de douze spécialités pour leur année de première, ramenées à deux en terminale.

"Il y aura toujours la spécialité maths, mais il y aura la possibilité offerte à tous les élèves de choisir, hors de la spécialité, l'heure et demie de mathématiques", avait affirmé le président lors d'un déplacement à Marseille. Pris de court par l'annonce du chef de l'Etat, proviseurs et enseignants ont dû recourir à des aménagements de dernière minute, quelques jours avant les vacances d'été, pour mener à bien la volonté gouvernementale dès la rentrée. "Ce retour des maths s'est fait de manière précipitée", regrette Johanne, enseignante en mathématiques dans l'Académie de Lyon.

Des élèves "passés à côté"

Le corps enseignant a notamment ressenti cette précipitation lors des conseils de fin d'année, en juin dernier, dans les classes de seconde, lorsque l'annonce de l'option maths est venue bouleverser les choix d'orientation des élèves. A ce moment-là, "tous les vœux de spécialité étaient faits, se rappelle Stéphane Saubusse, proviseur adjoint d'un lycée de la région bordelaise, contacté par franceinfo. Les élèves avaient jusqu'à leur conseil de classe [s'étalant généralement entre fin mai et début juin] pour nous rendre leurs choix". Les établissements ont alors dû alerter "par mail" ou "par SMS" les élèves et leurs familles de l'existence du nouvel enseignement optionnel que les associations de professeurs voudraient obligatoire dans le tronc commun de première.

Dans le lycée de Johanne, les professeurs ont décidé d'ajouter, à la dernière minute, une case "au stylo bleu" pour l'option mathématiques dans les dossiers d'inscription en première. L'enseignante en mathématiques a bien conseillé à deux de ses élèves "qu'elle sait motivés" de choisir cette option pour "ne pas se fermer de portes". Mais dans les faits, le temps a manqué pour la sensibilisation des élèves à cette nouveauté.

"Les élèves ont été prévenus à un moment où on ne les voyait plus. Concrètement, ils n'ont pas pu se projeter dans cette option."

Margaux*, enseignante en mathématiques dans le Pas-de-Calais

à franceinfo

Il était d'autant plus difficile de renseigner les futurs bacheliers sur le contenu de l'option que les programmes ne sont pas tombé avant le 6 juillet, soit le dernier jour de l'année scolaire. "Nous n'avons pas pu répondre à leurs interrogations", conclut Johanne. Résultat : de nombreux établissements se sont retrouvés avec très peu d'inscrits, au moment des vacances estivales.

Le casse-tête des emplois du temps

Alors que les répartitions des classes et des niveaux ont été décidées au printemps, les directions d'établissement ont aussi dû s'atteler à une nouvelle organisation des services pour trouver quel enseignant pouvait prendre en charge l'option à la rentrée. Un défi de taille, parfois, selon Pierre Priouret, responsable du groupe mathématiques du Snes-FSU et enseignant à Toulouse. Car pour la plupart des enseignants, cela veut dire qu'il faut ajouter 1h30 aux 18 heures de cours hebdomadaires qui leur ont déjà été affectées. Une charge de travail supplémentaire que tout le monde n'est pas susceptible d'accepter.

Contacté par franceinfo, le ministère précise à ce sujet qu'une réserve de 350 postes de l'Education nationale a été mobilisée pour que les académies puissent redistribuer, selon les besoins, des moyens humains aux établissements.

"Toute la préparation de la rentrée 2022, qui avait déjà été pensée, a été chamboulée."

Claire Guéville, responsable lycée du Snes-FSU

à franceinfo

En pleine réalisation des emplois du temps, les proviseurs ont aussi dû se creuser la tête pour caser ce nouveau créneau. "Les semaines sont déjà pleines à craquer", confie Stéphane Saubusse. D'autant que, bien souvent, les élèves de première qui choisissent l'enseignement facultatif de maths, "les plus motivés" selon le chef d'établissement, détiennent déjà un nombre bien rempli d'options. "Là, avec les maths en plus, on arrive à de très nombreuses combinaisons", alerte-t-il.

Pour l'instant, Stéphane Saubusse a réussi à "tout faire rentrer", mais il prévient : les emplois du temps "seront moins jolis que ceux de l'année dernière". Pour cause, dans son établissement, trois classes de première auront cours le mercredi après-midi en raison de ces ajustements. Certains, à des horaires peu attractifs que Pierre Priouret redoute : "Avec des créneaux tard le soir ou entre midi et deux, on va avoir du mal à recruter des élèves".

Une option pas assez anticipée

A quelques jours de la rentrée, Nicolas Buyle-Bodin se veut malgré tout confiant : "les manuels seront bouclés et à disposition des profs pour la rentrée." Fin juillet pourtant, l'enseignant en mathématiques et auteur des manuels "Indice" (édition Bordas) était encore devant son ordinateur pour finaliser le chapitre d'un fascicule destiné à accompagner l'enseignement de l'option maths, dès septembre. Si d'ordinaire, la conception d'un tel manuel s'étale sur une dizaine de mois, cette année, ses collègues auteurs et lui-même ont dû tout faire en huit semaines, une fois que les programmes ont été publiés. Un délai record, assure-t-il.

Autre problème soulevé par les enseignants interrogés par franceinfo : la densité des contenus de cette option d'1h30 hebdomadaire seulement. Dérivation, fonctions exponentielles… Des notions pointues et souvent plus difficilement maîtrisées par les élèves. "C'est ce qu'on retrouve normalement en spécialité mathématiques", commente Pierre Priouret.

"On a l'impression que l'option sera un saupoudrage de notions de mathématiques sans qu'il soit possible de les approfondir."

Margaux, enseignante dans le Pas-de-Calais

à franceinfo

Pour beaucoup, le programme de la nouvelle option se rapproche finalement de celui de l'enseignement de mathématiques de première technologique. Seule différence majeure : "Nous avons 3h de cours par semaine dans ce cours", explique Margaux, qui a enseigné à ce niveau. Pour elle, faire entrer la quantité de notions présente dans le programme en 1h30 est impossible. "Il y a à la fois des notions complexes, mais aussi une partie importante sur les automatismes. C'est beaucoup trop pour le temps imparti", abonde Pierre Priouret.

Des débouchés incertains

Ainsi, plusieurs professeurs interrogés expriment leurs doutes sur l'avenir des élèves amenés à suivre cet enseignement facultatif. En théorie, le nouveau cours est censé constituer un pont avec l'option maths complémentaire de terminale, rappelait le ministère de l'Education nationale dans une circulaire envoyée aux chefs d'établissement, le 2 juin, que franceinfo a pu consulter. Mais Margaux s'interroge sur leur capacité à suivre ce cours en terminale, normalement destiné à des élèves ayant suivi un programme de spécialité plus approfondi en première.

Par ailleurs, "auront-ils le niveau pour suivre le rythme dans le supérieur ?", ose questionner Pierre Priouret. Dans son lycée, il a été convenu avec le rectorat que le groupe d'option maths puisse être ajusté en septembre, en fonction des "derniers arrivants". Au fond de lui, le représentant syndical espère que ce faux départ ne sera pas un argument utilisé par le ministère "pour tout laisser tomber".

* Le prénom a été modifié à la demande de l'intéressé(e)

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