"Bricolage", "demi-mesure", "annonce tardive"... : les syndicats ne sont pas convaincus par le retour "en option" des mathématiques dans le tronc commun

Le président de la République a annoncé, jeudi, le retour de cette matière dans le tronc commun "en option non obligatoire" en classe de première pour la rentrée 2022.

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Radio France
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Emmanuel Macron en visite à l'école Menpenti, à Marseille, le 2 juin 2022.  (TOMASELLI ANTOINE / MAXPPP)

Un retour dans le tronc commun mais pas encore d'obligation. Les syndicats et représentants d'enseignants ne sont pas convaincus par les annonces du président de la République sur les mathématiques au lycée. Emmanuel Macron a annoncé un retour des maths en classe de première dans le tronc commun, lors d'une visite à Marseille jeudi 2 juin, mais cette matière sera "en option", "non obligatoire""C'est une annonce qui est une demi-mesure, bien en deçà de la promesse initiale d'Emmanuel Macron du retour des mathématiques dans le tronc commun dès la rentrée 2022", réagit sur franceinfo Pierre Priouret, secrétaire général du Snes-FSU de l'académie de Toulouse et professeur de mathématiques. 

Le ministère de l'Éducation nationale précise dans un communiqué que les mathématiques font bien leur retour dans le tronc commun mais de façon optionnelle. Cette année n'est que transitoire, précise le ministère. L'enseignement des mathématiques redeviendra obligatoire dès l'année suivante, tous les élèves en classe de première générale suivront obligatoirement ce cours de maths en 2023. 

"On a l'impression d'une forme de bricolage pour tenter de tenir une promesse du candidat Macron", réagit sur franceinfo Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU. Il avait promis le retour des mathématiques dans le tronc commun pour tous élèves. Et là, on va vers un enseignement facultatif." "Ça n'est pas véritablement un retour dans le tronc commun", regrette sur franceinfo Sébastien Planchenault, le président de l'Association des professeurs de mathématiques (APMEP). "Malheureusement, ça risque d'être uniquement un affichage, poursuit-il. Surtout s'il n'y a pas d'heures consacrées en plus pour mettre en œuvre cet enseignement-là".

Cette mesure n’est "pas très attractive"

"On risque de reproduire en première ce que l'on connaît déjà en Terminale avec l'option mathématiques complémentaires", poursuit Pierre Priouret, estimant qu'il s'agit d'un "choix extrêmement genré qui ne permet pas toujours de poursuivre des études scientifiques ou de médecine". "On craint un effet de vide dans la spécialité mathématiques [...] et un accroissement des inégalités, aussi bien sociales que de genre, entre les filles et les garçons", alerte le secrétaire général du Snes-FSU de l'académie de Toulouse, qui admet que les délais devenaient "compliqués" pour assurer un retour de l'enseignement obligatoire des mathématiques dès septembre 2022.

Selon Sophie Vénétitay, "tous les élèves n'auront pas des mathématiques à la prochaine rentrée". Elle souligne l'"enjeu très important que tous les élèves puissent avoir une culture mathématique commune" afin d'avoir "les bases pour comprendre ce qui se passe dans la société""Le risque est de voir cette possibilité uniquement dans les établissements favorisés", estime Sébastien Planchenault, le président de l'APMEPpuisque la mise en œuvre de cette "option facultative" demande davantage de moyens.

Selon Sophie Vénétitay, "le manque de professeurs de mathématiques a sans doute pesé dans la décision du ministre de l'Education nationale". Elle rappelle qu'il y a "une pénurie de professeurs, notamment en mathématiques". Pour Pierre Priouret, tout cela "montre qu'il y a une nécessité de remettre à plat la réforme des lycées pour régler, en une fois, l'ensemble des difficultés qu'elle génère". "C'est une mesure d'affichage, plus qu'une vraie mesure qui règle les problèmes au fond", conclut-il. La rentrée de septembre s’annonce "extrêmement compliquée".

Une annonce trop "tardive"

Pour Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du Syndicat national des personnels de direction de l'Éducation nationale (SNPDEN) et proviseur à Vincennes (Val-de-Marne), c'est "le calendrier" qui pose probème. Sur franceinfo, vendredi 3 juin, il regrette "l'annonce tardive" d'Emmanuel Macron et alerte sur les "difficultés d'une mise en œuvre en urgence". Le représentant syndical aurait préféré un report en 2023.

Avec le retour des mathématiques en option, on risque, selon Bruno Bobkiewicz, de voir apparaître "un phénomène de réduction du nombre d'élèves qui prennent la spécialité et qui vont donc en choisir une autre au bénéfice de cette option". En effet, "elle permettra de suivre aussi un autre enseignement de mathématiques", explique-t-il.

Il incite les élèves de seconde qui sont amenés à faire ce choix à "bien peser [leur décision] et se dire que si on avait envisagé de prendre la spécialité mathématiques, peut-être faut-il rester sur ce schéma qui a été construit depuis des mois et ne pas forcément se désengager au bénéfice de l'option".

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