Pourquoi le personnel de l'Education nationale, les parents d'élèves et les étudiants sont appelés à la grève mardi

Enseignants, infirmières scolaires, parents et étudiants sont appelés à manifester pour une amélioration des conditions de travail et une autre gestion des cours pendant l'épidémie de Covid-19.

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Une enseignante manifeste à Toulouse (Haute-Garonne), le 10 novembre 2020, pour protester contre le maintien des cours durant la pandémie de Covid-19. (ALAIN PITTON / NURPHOTO / AFP)

Une journée de mobilisation pour exprimer leur ras-le-bol. Le personnel de l'Education nationale est appelé à la grève, mardi 26 janvier, pour dénoncer une nouvelle fois ses conditions de travail, qui se sont encore dégradées avec la pandémie de Covid-19. Six organisations syndicales (FSU, FO, CGT, SUD, SNLC, Snalc), représentant trois enseignants sur quatre, appellent à la grève. Les parents d'élèves et les étudiants devraient se joindre à eux, pour protester contre la gestion de la crise sanitaire par l'exécutif. Franceinfo vous détaille les revendications de cette nouvelle journée de mobilisation.

Pour obtenir une revalorisation des salaires

Le principal objectif de cette nouvelle journée de mobilisation est d'obtenir une hausse des salaires des employés de l'Education nationale. Ceux des enseignants français sont inférieurs de 7% en début de carrière à la moyenne des pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). En septembre, Jean-Michel Blanquer avait annoncé 400 millions d'euros de revalorisation, visibles "dès janvier" sur les fiches de paie. Cette revalorisation doit être versée sous la forme d'une prime dégressive, allouée en priorité aux jeunes enseignants, mais "69% des personnels ne sont pas concernés", selon la Fédération syndicale unitaire (FSU).

"C'est une somme dérisoire rapportée aux plus d'un million cent-trente-mille personnels dans l'Education nationale", abonde le syndicat SUD Education dans un communiqué. En novembre, Guislaine David, secrétaire générale et porte-parole du SNUipp-FSU, pointait déjà le manque d'attractivité de ces professions, liée selon elle à l'absence de véritable revalorisation salariale. "On a de moins en moins d'enseignants et de jeunes qui veulent le devenir, soulignait-elle sur franceinfo. Le fait de mettre juste 100 euros sur le premier échelon ne sera pas suffisant si on veut vraiment attirer, après cinq ans d'études, vers le métier d'enseignant."

En outre, les "assistants d'éducation (AED), accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH), personnels administratifs et enseignant-e-s stagiaires dont les salaires sont les plus bas se trouvent exclus du versement de la prime", note l'organisation syndicale. Les AED ont déjà fait grève début décembre et le 19 janvier pour dénoncer la précarité de leur statut et leur faible niveau de rémunération, réclamant des titularisations, note RTL.

Autres problèmes, selon les organisations syndicales : cette revalorisation ne compense pas la baisse du pouvoir d'achat liée à l'inflation, le point d'indice de la fonction publique reste gelé et la prime d'équipement annoncée par l'exécutif ne sera versée ni aux contractuels ni aux professeurs documentalistes.  Pour ce nouvel appel à la mobilisation, "un tiers des enseignants sera mobilisé" soit "plus de 100 000 personnes du premier degré", selon le Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire.

Pour dénoncer la dégradation des conditions de travail

Autre sujet de crispation, les conditions de travail dans le milieu scolaire. "Le Parlement a adopté un budget qui est loin de traduire l'ambition éducative dont notre pays a besoin. En effet, il ne prend pas la mesure de l'augmentation des effectifs, de la situation sanitaire qui impose particulièrement des mesures pour faire baisser les effectifs d'élèves par classe à court et moyen terme et de l'état de fatigue des personnels, épuisés par des années de dégradation des conditions de travail", écrit la FSU dans un communiqué publié en amont de la mobilisation.

Selon l'organisation, "1 883 emplois" ont été supprimés "dans les collèges et les lycées à la rentrée 2021". L'intersyndicale qui appelle à la grève mardi réclame donc des recrutements "en urgence" et nombreux, "notamment en recourant aux listes complémentaires".

Plus largement, cette mobilisation souligne la défiance du personnel de l'Education nationale face à son ministre de tutelle, Jean-Michel Blanquer. Selon un sondage Ipsos pour la FSU dévoilé le 1er décembre, 77% des enseignants et 52% des non-enseignants pensent que leurs attentes ne seront "pas prises en compte" par le ministre. Quelque 68% des enseignants estiment par ailleurs que les réformes entreprises depuis trois ans "vont dans le mauvais sens". Pourtant, "la crise sanitaire ne freine pas plus la mise en place des réformes qui ont été rejetées par les enseignants : la réforme du lycée, celle du lycée professionnel", pointe le site spécialisé Café pédagogique, qui évoque également "une réforme annoncée en maternelle qui ne recueille pas plus d'adhésion".

Pour protester contre la gestion de la crise sanitaire

Pour les organisations syndicales, la crise sanitaire causée par la pandémie de Covid-19 a encore dégradé les conditions de travail du personnel de l'Education nationale. "Alors que les inégalités scolaires se sont encore creusées durant la crise sanitaire, le gouvernement devrait faire le choix d'un recrutement massif de professeur-es pour améliorer la qualité d'apprentissage des élèves, mais aussi de limiter les risques sanitaires, en réduisant la taille des classes", estime la SNUipp-FSU dans une lettre aux parents d'élèves (document PDF).

La colère est d'autant plus grande que 81% des enseignants se sentent mal ou très mal protégés en classe face au Covid-19, selon une enquête réalisée en octobre par l'organisation syndicale auprès de 10 419 enseignants. "Le protocole, qui était un peu plus sérieux en début d'année, a été allégé dans tous les gestes barrières qu'on peut avoir. On ne peut pas assurer la distanciation physique entre les élèves, mais également avec les enseignants", expliquait alors Guislaine David, porte-parole de la SNUipp-FSU. Début novembre, les enseignants s'étaient déjà mis en grève pour dénoncer le manque de moyens et de personnel pour faire face à la crise sanitaire.

Cette fois, ils seront épaulés par les infirmères scolaires, qui se disent accaparées par la gestion de la crise santiaire au collège et au lycée. Selon Saphia Guereschi, secrétaire générale du Syndicat national des infirmières conseillères de santé (SNICS-FSU, majoritaire), elles doivent gérer les "phases de dépistage et de tracing", au détriment de l'accompagnement des élèves. "La grave conséquence de cela : nos jeunes, qui vont très mal, ne peuvent plus être accueillis comme il se doit lors des consultations dans les établissements car nous ne sommes pas remplacées, il faut réagir très rapidement", prévient-elle.

Les syndicats protestent par ailleurs contre les mesures imposées dans l'enseignement supérieur, où la plupart des cours sont donnés à distance depuis plusieurs mois. La FSU pointe "l'épuisement" du personnel face à la crise, mais aussi "la précarité psychologique et financière des étudiants". Ces derniers devraient se joindre à la mobilisation mardi, six jours après s'être mobilisés contre les effets dévastateurs de l'épidémie de Covid sur leur vie quotidienne.

"La manifestation de la semaine dernière nous a permis d'obtenir des choses mais pas de nous faire totalement entendre, alors on poursuit la mobilisation pour que les étudiants puissent revenir en cours la moitié du temps en présence et l'autre en distanciel", a expliqué à l'AFP Mélanie Luce, présidente de l'Unef. Le but selon elle, "est vraiment d'éviter un échec massif". "Reconfinement ou pas, les étudiants ont besoin de voir leurs profs", a-t-elle plaidé. La principale fédération de parents d'élèves FCPE appelle aussi à la grève mardi, pour demander aux autorités de "mieux anticiper la crise sanitaire".

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