VIDEO. Réforme du lycée : la situation se dégrade pour les filles et les élèves des milieux populaires, alerte le SNES-FSU

Le syndicat enseignant estime qu'avec la suppression des filières, les filles, qui ont souvent plus de difficultés en mathématiques, et les élèves qui n'ont pas confiance en eux, se dirigent vers d'autres spécialités.

franceinfo

Le syndicat enseignant SNES-FSU dévoile jeudi 18 avril les résultats d'une étude menée auprès de 4 000 élèves de seconde sur les conséquences de la suppression des filières, prévue par la réforme qui doit entrer en vigueur à la rentrée prochaine pour les classes de première. Pour Valérie Sipahimalani, la réforme ne résout "pas du tout" le problème de la prédominance de la filière scientifique, au contraire. Et elle renforce encore les inégalités. Avec la réforme du lycée, "la situation se dégrade" pour les filles et "les élèves de milieux populaires", affirme ce jeudi sur franceinfo Valérie Sipahimalani, secrétaire générale adjointe du SNES-FSU. 

franceinfo : Selon votre étude, la réforme du lycée et la suppression des bac L, ES, et S va-t-elle casser la prédominance de la filière scientifique ?

Valérie Sipahimalani : Pas du tout, on a encore la moitié des élèves qui se dirigent vers la filière scientifique qui n'existe soi-disant plus. Mais pour nous, l'important est que si l'on prend la peine de réformer le lycée, ce devrait être pour lutter contre les inégalités. On a en France un lycée avec trois voies : générale, technologique et professionnelle. Des voies qui sont socialement très marquées, avec des filières qui sont très différentes du point de vue du nombre de filles et de garçons. On se disait que si l'on réforme la voie générale, on va essayer d'améliorer l'accès au bac général des milieux sociaux défavorisés, et on va continuer à lutter contre les inégalités de réussite entre les filles et les garçons. Or, ce n'est pas du tout ce qu'il se passe. La situation se dégrade pour les filles, puisque 47% de jeunes filles se dirigeait vers la filière scientifique, qui représente un quart des bachelier. Avec la réforme, on a encore moins de filles qui choisissent cette filière.

Cela veut dire que les élèves reproduisent leurs choix d'avant la réforme, alors qu'ils peuvent maintenant varier les matières ?

Non, cela veut dire que les élèves des familles qui connaissent bien le système, et les garçons, qui n'ont peur de rien, se dirigent vers les études scientifiques. Les filles, qui ont souvent un peu de difficultés avec les mathématiques, et les élèves qui n'ont pas confiance en eux, c'est-à-dire les élèves des milieux populaires, renoncent et se dirigent vers d'autres spécialités. D'autant plus que, comme on n’a pas forcément de places pour tout le monde en mathématiques, les lycées sélectionnent. Un élève qui a une moyenne médiocre en seconde va s'entendre dire "ne choisissez pas cette spécialité, vous n'y arriverez pas". Auparavant on avait 90% des élèves de classe de première qui étaient obligés de faire des mathématiques, là on va passer à 65% ou 67%, d'après notre étude. Il n'y a pas assez de places en mathématiques donc on trie les élèves et donc on va diminuer le nombre de petits Français qui peuvent faire des mathématiques en filière générale.

Qu'aurait-il fallu faire dans cette réforme, selon vous ?

On aurait souhaité généraliser l'enseignement des mathématiques à la série littéraire, puisque actuellement les mathématiques ne sont pas obligatoires en série littéraire. Avoir un tronc commun plus scientifique pour l'ensemble des élèves. Et puis pour nous, il ne faut pas laisser trop de choix aux élèves, il faut des passages obligés. Nous aurions aimé rester dans le système des séries, qui aurait imposé aux élèves de rester dans telle ou telle discipline, et qui donne de la cohérence à la formation. Ce dont on se rend compte c'est que quand on laisse trop de choix à des élèves qui connaissent mal l'Éducation nationale, ils fabriquent des parcours incohérents. Les parcours qui restent cohérents, ce sont ceux des bons élèves, ceux qui connaissent le système et eux, on n'a pas besoin de les aider.

Valérie Sipahimalani, secrétaire générale adjointe du SNES-FSU, le 18 avril 2019 sur franceinfo.
Valérie Sipahimalani, secrétaire générale adjointe du SNES-FSU, le 18 avril 2019 sur franceinfo. (FRANCEINFO)