Cet article date de plus de six ans.

Réforme de l'université : les réponses de Lilâ Le Bas, présidente de l'Unef, à vos questions

La présidence de l'Union nationale des étudiants de France (Unef) répondait aux questions des internautes de franceinfo vendredi 20 avril.

Article rédigé par franceinfo
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 9 min
Lilâ le Bas, présidente de l'Unef, le 30 octobre 2017 à Paris. (IBO/SIPA)

Le blocage du site universitaire parisien de Tolbiac, lieu emblématique de la mobilisation contre la réforme de l'accès à la fac, a été levé vendredi 20 avril à l'issue d'une vaste opération de police lancée au petit matin. Quatre universités restent totalement bloquées et une dizaine de sites (sur 400) perturbés pour protester contre la loi Orientation et réussite des étudiants (ORE), accusée par ses détracteurs d'instaurer un système de "sélection" déguisée. Lilâ Le Bas, présidente du syndicat étudiant Unef, opposé à la réforme, était l'invitée du live de franceinfo vendredi 20 avril pour répondre aux questions des internautes. 

Elo : Près d'un million d'euros de dégâts à Tolbiac : comment l'Unef peut-elle cautionner cela ?!

Lilâ Le Bas : On peut voir que beaucoup des dégradations de l'université sont plus anciennes que ce mouvement. Cela fait des années que les étudiants se mobilisent pour réclamer des moyens supplémentaires, pour obtenir des rénovations.

Anonyme : Bonjour, pourriez-vous préciser d'où vient le mouvement de contestation ? Il me semblait que la loi ORE supprimait le tirage au sort et mettait en place des remises à niveau : ça semble être moins de sélection !

La mobilisation dans les universités est contre la mise en place de sélections à l'entrée de l'université. Parcoursup permet de trier les dossiers selon le CV, les motivations, les notes... et de refuser les bacheliers une fois que les capacités maximales sont atteintes.

Anonyme : Nous avons bien compris que vous êtes contre la sélection en première année de fac. Mais que proposez-vous pour faire baisser le taux d'échec en première année ?

Ce que nous avons proposé depuis le début des concertations, c'est d'abord un investissement supplémentaire dans les universités, puisqu'il y a de plus en plus d'étudiants après le boum démographique des années 2000. Il est nécessaire d'ouvrir des places supplémentaires, mais aussi de revoir la pédagogie et l'architecture des licences pour permettre la réussite de tous.

Ce que l'on voit depuis plusieurs semaines, c'est que ce sont plusieurs milliers d'étudiants qui se réunissent en assemblée générale pour décider des moyens d'action contre cette réforme. Ils étaient plus de 1 500 à Nanterre (Hauts-de-Seine), 2 000 à Tolbiac (Paris), 5 000 à Rennes 2. Un dernier sondage montre que 60% des jeunes sont opposés à la mise en place de la sélection.

Ttio : Macron a été élu démocratiquement. Pourquoi refusez-vous une réforme qu'il avait promise de faire dans un programme sur lequel il a été élu par les Français ?

Ce n'est pas parce qu'Emmanuel Macron a été élu que nous ne sommes pas opposés à ces réformes. Heureusement, il existe des contre-pouvoirs démocratiques. C'est notre rôle, en tant qu'organisation syndicale, de défendre notre vision de l'université et l'accès de tous aux études.

Anonyme : La sélection existe partout. N'avez-vous pas l'impression de mener un combat d'arrière-garde ?

Aujourd'hui, les jeunes se battent pour avoir les mêmes droits que les autres générations : faire en sorte qu'avec le baccalauréat, on puisse avoir accès à la filière de son choix à l'université. Alors que nous manquons de diplômés en France, il est plus que jamais nécessaire de permettre à chacun d'avoir accès à un diplôme de qualité.

FL : Le score de plus en plus bas de l'Unef aux élections ne montre-t-il pas un modèle dépassé, avec le rejet par les étudiants de ces postures sans volonté de réforme ?

L'Unef est la seconde organisation représentative des étudiants. Ses revendications sont reprises en ce moment par des milliers d'étudiants dans les assemblées générales, ce qui prouve qu'elles sont majoritaires sur ces sujets.

Antoine : Les examens peuvent-ils avoir lieu dans les facs alors que vous les bloquez ? Et si oui, comment ?

Nous demandons que les examens soient reportés pour permettre à tous les étudiants de les passer dans de bonnes conditions. Il est nécessaire que la ministre réponde aux interrogations des étudiants pour apaiser la contestation.

Anonyme : Réclamez-vous, comme certains grévistes, que tous les étudiants des facs bloquées par vos soins aient 12/20 à leurs partiels ?

La situation dépend des universités. Il y en a, comme Toulouse, qui sont bloquées depuis quasiment six mois, où les étudiants n'ont pas eu cours au 2e semestre. Le 12 améliorable est une revendication, mais cela se définit établissement par établissement.

Anonyme : Ne pensez-vous que le blocage des universités constitue une atteinte à la liberté d’étudier des étudiants qui ne soutiennent pas votre mouvement ?

Le blocage est voté en assemblée générale et il est mis en place seulement lorsqu'il est majoritaire. C'est un moyen d'action parmi d'autres, mais il permet de faire entendre nos revendications et de créer un rapport de force avec le gouvernement.

Anonyme : Pourquoi ne pas accepter les votes sur internet (comme à Strasbourg) pour avoir une consultation démocratique sans la pression directe et indirecte qui existe durant les AG ? Pourquoi s'obstiner avec un vote à main levée qui n'aura jamais de vraie légitimité car trop restreint ?

Le problème du vote démocratique dans les universités est qu'il n'est pas contrôlé : chaque étudiant peut voter une dizaine de fois... C'est donc sa légitimité qui est remise en cause. Nous invitons tous les étudiants qui souhaitent faire entendre leur voix à venir en assemblée générale.

Maxou : Vous faites à de nombreuses reprises référence aux assemblées générales desquelles vous semblez tirer votre légitimité. Que faites-vous des très nombreux cas d'étudiants opposés aux blocus, agressés ou empêchés de voter (comme on a pu le voir à Strasbourg, à Tolbiac, à Rennes 2 ou à Toulouse) ?

L'Unef dénonce toute forme de violence pendant la mobilisation. Les étudiants qui veulent s'exprimer doivent pouvoir le faire dans le cadre des assemblées générales. C'est ce que l'Unef garantit.

Ric : Est-ce que votre syndicat compte payer les dégradations à Tolbiac ?

J'invite tout le monde à regarder les photos de la faculté de Tolbiac avant l'occupation du site. L'université était fortement dégradée avant la mobilisation : humidité, problèmes de chauffage, fenêtres cassées... Ce sont dans ces conditions que les étudiants travaillent au quotidien à Tolbiac. C'est pour cela que nous demandons au ministère un investissement d'urgence pour améliorer les conditions d'études sur ce site.

Dr. Proof : La sélection existait déjà avant, ça s'appelait le baccalauréat. Maintenant qu'il ne joue plus son rôle et que quasiment tous les jeunes d'une classe d'âge l'obtiennent, ils ont l'impression qu'ils méritent de pouvoir faire ce qu'ils désirent dans l'enseignement supérieur. Il faut pourtant voir la réalité en face, chaque filière a des capacités de formation et des débouchés plus ou moins limités, une sélection est donc indispensable. Tout est mieux que le tirage au sort...

L'Unef dénonce le tirage au sort depuis plusieurs années, même lorsqu'il était pratiqué de manière illégale dans les universités. Je ne pense pas que la sélection, quelle que soit sa forme, soit indispensable à l'entrée à l'université. Le bac doit rester le seul passeport pour pouvoir accéder à la filière de son choix et permettre aux étudiants de réaliser leurs projets d'études et professionnels.

Hugo : Question peut-être naïve : quelles sont - en synthèse - les revendications des étudiants ?

Nos revendications sont : l'ouverture de places supplémentaires à l'université, puisqu'on attend 28 000 étudiants supplémentaires à la rentrée 2018 ; la mise en place de licences pluridisciplinaires pour permettre une orientation et une spécialisation progressive des étudiants ; un investissement budgétaire pour garantir des embauches d'enseignants-chercheurs afin d'encadrer les étudiants, mais aussi pour rénover les bâtiments et garantir de bonnes conditions d'études.

Anonyme : Ne pensez-vous pas que la participation des étudiants de Sciences Po à ce mouvement - alors qu'ils sont l'incarnation d'un enseignement supérieur ultra sélectif (par l'argent et les concours d'entrée) - est plutôt ironique, pour ne pas dire ridicule ?

Au contraire, leurs revendications sont très intéressantes : ce sont des jeunes qui ont connu la sélection et qui ne souhaitent pas que ces pratiques s'étendent à l'ensemble des universités. Ils se mobilisent en solidarité envers les autres étudiants et les futurs bacheliers.

Worf : A Metz il y a eu aussi un vote par internet et sécurisé car chaque votant était identifié. Le résultat était plus que largement en faveur de la levée des blocages. Cependant, les bloqueurs rejettent le résultat en disant que le vote doit être secret. On voit que quoi qu'on fasse ou dise, les bloqueurs (qui sont une infime minorité des étudiants) trouveront toujours un prétexte pour continuer leur mouvement. Où est donc la démocratie là-dedans ?

A Metz, sur la question du vote électronique, il y avait une très faible participation et le nombre d'étudiants en AG sur les deux sites principaux était plus important. Au lieu d'écouter les revendications des étudiants, les présidents d'université mettent tout en place pour décrédibiliser la mobilisation.

Nora : Vous semblez affirmer que le vote étudiant en ligne au sujet d'un blocage ne fonctionne pas. Pourquoi ne pas militer pour la mise en place d'un système de vote en ligne, plutôt que s'obstiner à organiser des "assemblées générales" peu légitimes ? Peur de ne plus jamais pouvoir faire de blocage ?

On ne milite pas pour la mise en place d'un vote en ligne, ce n'est pas la seule solution pour se mobiliser. Il n'est d'ailleurs pas mis en place partout. Ce sont aux étudiants de décider des moyens d'action qu'ils veulent mettre en place ou non.

Anonyme : Comment expliquez-vous que le mouvement n'atteint pas les lycéens, alors qu'ils sont les premiers concernés par la sélection à l'entrée des universités ?

Plusieurs centaines de lycéens se sont mobilisés hier lors de l'appel à la mobilisation. Mais ils doivent faire face à la répression lorsqu'ils veulent bloquer leurs lycées et le calendrier, avec le bac qui approche, ne leur permet pas de se mobiliser comme ils le voudraient.

Anonyme : La sélection permet à des étudiants de banlieue de faire une prépa et c'est un énorme ascenseur social !

Je ne pense pas que la sélection permette de relancer l'ascenseur social, au contraire. Quand on trie, il y a toujours un haut et un bas de la pile. Et ce sont toujours les mêmes qui sont en bas... Il me semble que l'université doit permettre à chacun de construire son projet.

Anonyme : Jusqu’où comptez-vous aller dans ce mouvement ? Une fois les vacances d’été arrivées, tout le monde à la plage ?

Anonyme : La mobilisation va continuer dans les semaines qui viennent pour imposer au gouvernement de répondre à nos revendications sur le fond. Il y aura d'autres assemblées générales dans les universités, mais aussi d'autres dates de mobilisation. La mobilisation peut prendre différentes formes et c'est ce que nous montrerons dans les mois qui viennent.

Soyez les premiers informés des résultats officiels du BAC

toutes les dates et actualités

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.