VRAI OU FAKE Y a-t-il des vœux payants sur Parcoursup ?

Des parents d'élèves se sont étonnés d'avoir dû payer pour que leurs enfants puissent postuler dans certains établissements. Ces frais ne concernent qu'une infime minorité de filières et ne sont pas le fait de la plateforme d'inscription post-bac, selon son responsable.

Une lycéenne consulte les réponses aux vœux qu\'elle a émis sur le site internet de la plateforme post-bac Parcoursup, le 22 mai 2018 à Lille.
Une lycéenne consulte les réponses aux vœux qu'elle a émis sur le site internet de la plateforme post-bac Parcoursup, le 22 mai 2018 à Lille. (DENIS CHARLET / AFP)

Les futurs bacheliers et les étudiants en réorientation avaient jusqu'au mercredi 3 avril inclus pour boucler leurs dossiers de candidature et confirmer leurs vœux sur la plateforme d'inscription post-bac Parcoursup. Et certains parents d'élèves ont eu une surprise de dernière minute, comme l'a rapporté Ouest France mardi. Ils ont découvert qu'ils devaient payer des frais pour que leurs enfants puissent postuler aux formations supérieures qu'ils souhaitaient intégrer. Plusieurs personnes ont relaté leur déconvenue sur Twitter.

Certains vœux seraient-ils donc payants sur Parcoursup? C'est ce que demande un(e) internaute dans le live de franceinfo, jeudi 4 avril, en s'interrogeant sur la réalité de l'égalité des chances. Voici notre réponse dans le cadre de notre rubrique Vrai ou fake.

Des frais pour 3% des formations

Ces inscriptions payantes "représentent 3% des 14 500 formations présentes sur Parcoursup, indique à franceinfo Jérôme Teillard, responsable de la plateforme au ministère de l'Education nationale. Il s'agit de formations sélectives, privées comme publiques, avec concours ou entretiens d'entrée." Quelque 435 formations facturent donc aux candidats des frais administratifs, destinés à couvrir l'examen de leurs dossiers ou l'organisation du concours d'entrée.

Et leurs montants sont très variables. Les frais de dossier sont par exemple de 37 euros dans les écoles nationales supérieures d'architecture, comme celle de Grenoble, mais le coût grimpe à 95 euros à l'université de technologie Belfort-Montbéliard Compiègne Troyes. "Certains établissements demandent également une avance non remboursable sur les frais de scolarité, pointe Jérôme Teillard. C'est en général le fait d'établissements privés de second rang."

"Ce n'est pas différent en dehors de la plateforme"

Bruno Magliulo, ancien inspecteur d'académie et auteur de SOS Parcoursup (éditions L'Etudiant), relève certes que cette situation "existe depuis longtemps" et que "Parcoursup n'en est pas responsable", mais observe qu'elle a été "amplifiée" par la plateforme. Car, explique-t-il, "les candidats sont incités à faire plus de vœux, donc à débourser plus d'argent, s'ils visent des filières sélectives". Parcoursup permettant en effet d'émettre dix vœux différents, un lycéen peut postuler à dix filières sélectives qui peuvent toutes lui demander de débourser de l'argent pour se porter candidat. Bruno Magliulo y voit "une pression financière" qui vise à "fidéliser les étudiants" pour qu'ils ne renoncent pas à s'inscrire même si leur candidature a été retenue par des établissements mieux cotés. 

"Ces frais dépendent des règlements de chaque établissement et ce n'est pas différent en dehors de la plateforme, se défend Jérôme Teillard. La plateforme n'est pas décisionnaire dans l'existence de ces frais ; elle ne les encourage pas non plus." Le responsable de Parcoursup cite cet exemple : "Auparavant, les écoles d'infirmières organisaient chacune des concours payants. Aujourd'hui, il n'y a plus de concours, uniquement un dossier de candidature unique."

"L'information est assez fastidieuse à obtenir"

"Ces frais ne sont pas cachés", assure Jérôme Teillard. D'abord, "pour figurer sur la plateforme, chaque établissement a signé une charte dans laquelle il s'engage notamment à faire connaître ses conditions d'accès, y compris ses frais d'inscription et ses éventuels frais de dossier." Ensuite, "depuis le 20 décembre, date d'ouverture de la plateforme, ces éléments y sont indiqués". Enfin, "les candidats ne peuvent pas échapper à cette information. Ils ne peuvent pas confirmer leur vœu sans être passés par la rubrique 'frais'. Il ne s'agit donc pas de prendre les candidats par surprise."

Bruno Magliulo juge cependant que "l'information sur ces frais administratifs est assez fastidieuse à obtenir", reconnaissant que "beaucoup de familles sont mal informées" et que "les conseillers d'orientation et les professeurs principaux ne sont pas toujours au clair sur le sujet". Mais le spécialiste l'assure : il suffit d'aller sur le site de chaque établissement où l'on souhaite postuler pour se la procurer. "Je ne connais pas un établissement qui mette les candidats devant le fait accompli", affirme-t-il. Orlane François, présidente de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage), estime elle aussi que l'information devrait être "plus visible" sur la plateforme Parcoursup et que la communication devrait être "renforcée", notamment dans les lycées et les centres d'information et d'orientation.

Mais surtout, la Fage dénonce une "sélection par l'argent", même si les boursiers sont exonérés de ces frais de dossier. Car "pour certaines familles, cette charge financière est insupportable et les pousse à renoncer à ces filières sélectives". La fédération étudiante juge que "ces frais à la charge des candidats devraient être supprimés" et regrette que ce ne soit pas "défini par la loi". "La plupart de ces frais servent à financer l'examen des dossiers, poursuit Orlane François. Les établissements doivent mobiliser du personnel et cela leur coûte de l'argent. Mais cette dépense devrait être prise en charge par l'établissement." Bruno Magliulo déplore pour sa part "une anomalie juridique". "Les frais de dossier sont rarement remboursables. Les frais de concours, eux, le sont parfois, quand le candidat se trouve dans l'incapacité de se présenter. Il n'y a pas de règle générale."