Témoignages "Ça m'a dégoûté" : passer son bac quand Parcoursup a déjà livré un verdict négatif ou incertain, une épreuve démotivante pour les lycéens

Article rédigé par Lucie Beaugé
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 4 min
Un élève de première lors de l'épreuve du bac de français dans un lycée à Strasbourg (Bas-Rhin), le 14 juin 2023. (FREDERICK FLORIN / AFP)
Alors que les épreuves débutent mardi, de nombreux élèves restent préoccupés par leur avenir. Les réponses des formations demandées sur Parcoursup tombent au compte-gouttes, faisant passer le diplôme au second plan.

Un œil sur leurs révisions, l'autre sur leurs vœux Parcoursup. Alors que le coup d'envoi du bac est donné mardi 18 juin pour les terminales, avec l'épreuve de philosophie, ces lycéens restent préoccupés par un autre enjeu. Les résultats d'admission aux formations demandées sur Parcoursup tombent au compte-gouttes depuis le 30 mai, et ce jusqu'au 12 juillet pour la phase principale. Avec trois réponses possibles : "oui", "en attente", ou "non". Pour les élèves dont le rêve d'un métier s'est évaporé, ou est entré en sommeil, les révisions pour le bac ont été difficiles, jusqu'à provoquer une perte de sens dans la quête de ce diplôme autrefois considéré comme un Graal. 

"Depuis tout petit, je souhaitais devenir vétérinaire. Ça m'a dégoûté", témoigne Mohammad, qui vient d'essuyer un refus au concours post-bac commun des quatre écoles de la profession. Bien placé en liste d'attente pour une licence accès santé, ce lycéen lillois n'a d'autre choix que d'accepter, à contrecœur, la proposition. Et enterrer définitivement son rêve de soigner les animaux. Alors que son avenir professionnel est scellé par la plateforme, "difficile d'être motivé" pour le bac, explique-t-il. Au point qu'une mention ne l'intéresse plus et que Mohammad ne vise que la stricte moyenne : "Je passe le bac pour le passer (...) Ce n'est plus un diplôme important".

Mathilde, scolarisée dans un lycée de Seine-et-Marne, a été écartée par 26 formations. "J'ai conscience d'avoir mis des choses assez sélectives, donc certaines réponses ne m'étonnent pas, mais je ne m'attendais pas" à autant de refus, souligne celle qui avait postulé, entre autres, à Sciences Po Paris et dans les autres Instituts d'études politiques. Alors que ses "efforts n'ont pas payé" comme elle l'avait espéré, elle a eu du mal à bûcher ses cours en parallèle. "C'est une certaine charge mentale" de jongler entre la préparation du bac et l'anticipation de l'après, juge Mathilde. A la rentrée, elle intégrera tout de même une prépa lettres et sciences sociales.

"Un sentiment d'échec très fort"

A l'échelle de sa classe de terminale au lycée Henri-Bergson, à Paris, la professeure d'anglais Virginie Pregny constate que la fin d'année a été compliquée pour les élèves sur le carreau de Parcoursup. "Ça les a démobilisés, ils ont un sentiment d'échec très fort", relate-t-elle. Un stress nouveau par rapport à l'an dernier, puisque les épreuves de spécialité, qui ont les plus gros coefficients, avaient été placées en mars, comme voulu par l'ex-ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer. Les lycéens n'avaient donc pas encore connaissance de leur sort sur la plateforme.

A contrario, les élèves satisfaits de leurs réponses aux vœux "se sentent désormais renforcés" pour passer le bac, remarque Virgine Pregny. Quant à ceux "en attente", la situation se révèle tout aussi stressante que pour les recalés, car le refus peut tomber comme un couperet à tout moment. 

C'est le cas d'Agathe, acceptée en prépa économique et commerciale générale à Nantes, mais qui espère intégrer une formation similaire à Rennes, mieux cotée. Actuellement 9e de la liste d'attente, elle était initialement à la 243e place, celle du dernier sélectionné l'année dernière. Elle guette plusieurs fois par jour l'évolution de son rang, entre deux révisions. "Cela ne va pas se jouer à grand-chose, c'est très stressant", partage la Vendéenne, qui perçoit peu l'intérêt du bac : "Je sais que je l'aurai, et une mention très bien ne fera pas évoluer mon classement."

Le bac, "source secondaire de stress"

Comme Mohammad, Mya visait le concours national des écoles vétérinaires, mais elle a été recalée. Elle a ensuite été en liste d'attente durant dix jours pour médecine à l'université de Lorraine, avant d'être acceptée. La lycéenne de Nancy a très mal vécu cette période. "J'ai beaucoup pleuré, ça m'a trop chamboulée", relate Mya

"Le premier jour des résultats et le lendemain, j'avais prévu de travailler mon grand oral. Je n'ai pas réussi."

Mya, lycéenne à Nancy

à franceinfo

Pour limiter les dégâts du stress lié à Parcoursup, le ministère de l'Education nationale a fait le choix de suspendre les réponses durant la période du bac, du 16 au 23 juin. Mais pour les lycéens interrogés par franceinfo, cette précaution est inutile, voire contre-productive. "Je trouve ça pire de ne pas savoir, parce qu'on avance dans le flou", estime Mathilde. Pour Agathe, ce serait même "plus motivant si on savait qu'on était pris" durant la semaine d'épreuves. 

Depuis son lancement en 2018, la plateforme du post-bac suscite par ailleurs des critiques plus globales. Outre un manque de transparence, elle est régulièrement accusée de discriminer socialement les candidats. En conséquence, les élèves angoissent et ont progressivement perdu de l'intérêt pour l'examen final du lycée. Le problème va au-delà du chevauchement de calendrier, selon Gwenn Thomas-Alves, président de l'Union syndicale lycéenne : "Le bac est devenu une source secondaire de stress, parce que la première est Parcoursup."

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