Parcoursup : quand les très bons élèves mènent la danse, les classes prépas peinent à se remplir

Les prépas, traditionnellement ultra-sélectives, n’arrivent pas à remplir leurs classes pour septembre prochain. Avec Parcoursup, ce sont en effet les élèves, et notamment les meilleurs, qui ont le dernier mot sur les choix.

L\'entrée du lycée Henri IV, l\'une des plus prestigieuses prépas de France.
L'entrée du lycée Henri IV, l'une des plus prestigieuses prépas de France. (JEAN-PIERRE MULLER / AFP)

C'est l'envers du décor des lycéens angoissés qui attendent des réponses positives sur Parcoursup. Dans le "haut de tableau", les meilleurs élèves mènent la danse face aux filières très sélectives comme les classes prépas. Celles-ci n'arrivent pas à remplir leurs classes car dans ce nouveau système, ce sont les futurs étudiants qui ont le dernier mot sur les choix.

Louise est une excellente élève de terminale, dans un bon lycée parisien. Sur Parcoursup, elle a l’embarras du choix dans les classes prépas auxquelles elle a postulé. "J'avais eu Jules Ferry et Hélène Boucher. J'ai refusé Hélène Boucher. Ensuite, j'ai été accepté à Molière, que j'ai décliné. Et finalement j'ai été acceptée à Condorcet. Du coup, je pense que je vais dire oui alors que depuis près d'un mois, j'avais accepté Jules Ferry et je pensais rester sur ce choix-là", détaille la candidate au bac.

L'embarras du choix

Quand ils sont acceptés dans une formation, les élèves ont maintenant la possibilité de dire un "oui" temporaire, en attendant qu'une place se libère, peut-être là où ils sont toujours sur liste d’attente. "On hésite parce qu'on a le choix", confirme Lyudmila, elle aussi en classe de terminale littéraire dans un très bon lycée parisien. "L'année dernière, avec admission post-bac (APB), on était content lorsqu'on avait notre premier voeu, mais on ne nous demandait pas de choisir. Alors que là, on a six jours pour se décider. C'est à nous de voir."

On est maîtres de ce que l'on veut faire et de changer au dernier moment. Les écoles n'ont plus le monopole du pouvoir.Lyudmilaà franceinfo

Et pendant ce temps, les prépas attendent. Une situation inédite pour Pascal Charpentier, le secrétaire national du syndicat des personnels de l'Éducation nationale (SNPDEN) et proviseur du très prestigieux lycée du Parc à Lyon. "Mi-juin, sur un lycée comme le mien, la première phase d'APB remplissait les classes à 70%. Pour le moment, c'est deux fois moins. Ce sera difficile à gérer pour l'organisation du lycée, car nous avons quand même 1 300 élèves en classe prépa. Je préférerais avoir mes classes remplies tout de suite, mais c'est aussi le jeu des familles et des candidats qui prennent le temps de la réflexion."

Le 500e sur liste d'attente accepté

Les lycées sont donc suspendus à la décision des élèves. De quoi faire prendre un coup à l’orgueil de ces classes d’élite. D’autant plus que les élèves n’hésitent pas à les snober et à décliner leurs propositions de formations. "À Lakanal, à Sceaux, il y avait une liste d'attente de 900 élèves, ce qui est énorme, raconte Lyudmila, qui a gardé ce choix pour voir comment allait évoluer les listes d'attente. J'étais 600e au début, et je ne suis plus que 100e. Donc ils sont allés très bas dans leur liste d'attente, et ça descend toujours." La lycéenne a finalement choisi le lycée Condorcet, après avoir refusé Molière, Monet (Paris) et Sainte-Marie-de-Neuilly.

Même situation pour Henri IV, pourtant la prépa la plus prestigieuse de toutes. Pour certaines de ses formations, le lycée parisien va en ce moment chercher au-delà du centième élève sur liste d’attente.

Parcoursup : le blues des prépas - un reportage de Solenne Le hen
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