Covid-19 : des lycéens qui estiment être "mis en danger" bloquent leur établissement et dénoncent un protocole sanitaire insuffisant

Le protocole "renforcé" ne convient pas à ces jeunes qui ont décidé de bloquer plusieurs lycées en signe de protestation ce mardi. Quatre d'entre eux, dont un responsable syndical, nous expliquent les raisons de leur action.

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L'entrée du lycée Colbert, dans le 10e arrondissement de Paris, le 3 novembre 2020. (NO?MIE COISSAC / HANS LUCAS)

"Nous nous retrouvons forcés de nous rassembler devant nos lycées pour avoir des mesures réelles de protection." Jade, 16 ans, élève dans un lycée des Yvelines, fait partie des lycéens qui dénoncent un protocole sanitaire insuffisant pour préserver leur santé et celle de leurs professeurs et de leurs familles.

Amassés devant une dizaine de lycées de Paris, mais aussi de Nantes, Besançon, Bastia ou Saint-Nazaire, des jeunes ont répondu à l'appel national de plusieurs syndicats et ont bloqué l'entrée de leur lycée, mardi 3 novembre. Les forces de l'ordre sont rapidement intervenues et les cours ont pu reprendre dans la matinée. Quatre lycéens racontent à franceinfo pourquoi ils sont en colère.  

"Rien de nouveau par rapport à septembre"

"C'est illogique et contradictoire de laisser les écoles ouvertes alors que l'on veut réduire le nombre de cas [de contamination au] Covid à 5 000" par jour, constate Jade. Dans son établissement qui accueille 1 300 élèves, plusieurs classes atteignent 35 élèves, les couloirs sont étroits, rendant la distanciation physique très difficile, et l'aération des salles est quasi-impossible car les fenêtres, pour la plupart, ne s'ouvrent pas.

"Il n'y a rien de nouveau par rapport au protocole de septembre" s'inquiète Olivier*, 16 ans, élève en première dans un lycée de Nouvelle-Aquitaine. Depuis la rentrée du 2 novembre, le protocole sanitaire a été "renforcé". Le ministère de l'Education nationale a rendu obligatoire le port du masque pour les professeurs des écoles et les élèves dès le CP ainsi que l'aération des locaux au moins 15 minutes toutes les deux heures. Par ailleurs, le brassage des élèves doit être limité.

L'idée de ne déplacer que les professeurs (et non les élèves) d'une classe à l'autre pour éviter le brassage s'avère difficile à mettre en œuvre. C'est le constat de Corentin, responsable fédéral du Mouvement national lycéen dans l'Eure et lycéen en BTS. 

"C'est impossible pour nous, les premières et terminales, de rester statiques dans une même classe toute la journée car nous avons des spécialités qui font que nous sommes mélangés avec les autres classes."

Corentin, lycéen

à franceinfo

Pour Mathieu Devlaminck, président de l’Union national des lycéens (UNL), la réforme du lycée et ses cours par spécialisation rendent le respect du protocole impossible. 

Dans le lycée de Jade, afin de minimiser les contacts, les passages à la cantine scolaire sont étalés entre 11h30 et 15h30. "Ce qui nous fait tous rater des cours, d'ailleurs" remarque l'élève. Et ce qui fait dire à Corentin que ce protocole "renforcé" est un protocole du "si possible". "Le gouvernement rejette la responsabilité de la mise en place de ce protocole sur les établissements. Mais quand la direction de mon lycée demande de décaler la rentrée au 3 novembre pour avoir le temps d'adapter le protocole, l'académie lui refuse", déclare Corentin. "C'est nous mettre en danger que de ne rien faire" s'alarme ce dernier devant le refus du gouvernement de fermer les établissements scolaires.

"Beaucoup ont peur d'attraper le Covid"

Alors au lendemain de la rentrée scolaire de novembre, des lycéens ont décidé de bloquer l'entrée de leur établissement. "Mais les policiers font leurs tours de garde et nous dissuadent d'agir", relate Jade, d'autant que les établissements sont sous haute surveillance depuis l'assassinat de Samuel Paty par un terroriste islamiste.

Devant le lycée Colbert, à Paris, des gaz lacrymogènes ont été tirés par les forces de l'ordre pour empêcher le blocage. "Nous sommes scandalisés : quand les lycéens alertent sur une situation sanitaire et pédagogique, ils subissent de la violence", déclare le président du premier syndicat des lycéens. 

"Le lundi, on nous dit que la liberté c’est fondamental et que l’on doit continuer à s’exprimer. Et le lendemain, on nous gaze parce qu’on dénonce une situation dangereuse."

Mathieu Devlaminck,
président de l'UNL

à franceinfo

Au danger sanitaire s'ajoute un danger pédagogique, selon Mathieu Devlaminck. "Si beaucoup d'élèves ont peur d'attraper le Covid et de le transmettre à leurs proches, beaucoup ont également peur d'échouer au bac avec les premières épreuves en mars 2021, précise-t-il. Il y a urgence à agir car on fonce droit dans le mur."

Dédoublement des classes ou semi-présentiel

Les lycéens évoquent d'autres pistes pour réduire les risques sanitaires, comme le dédoublement des classes. "Il faut arriver à réduire nos déplacements en ne venant en cours que pour les travaux pratiques, ou en alternance une semaine sur deux ou en demi-groupe" propose Corentin. Qui s'étonne par ailleurs qu'en tant qu'étudiant en filière technique, il doive continuer à venir au lycée alors que ses camarades en université sont en distanciel depuis la rentrée. 

Tous les quatre se disent "anxieux" face à la situation sanitaire. Mathieu Devlaminck souhaite une rapide discussion entre les différentes organisations syndicales, associations de parents d'élèves et le ministre de l'Education nationale. "On espère qu’il va plier car des vies sont en jeu !" lâche le syndicaliste. En attendant, chacun aspire à ce que le mouvement se poursuive. "Si rien ne se passe d'ici vendredi, alors la semaine prochaine nous passerons à l'action avec des blocus, des sit-in, des marches ou encore des débrayages dans la journée si nécessaire", prévient Corentin. 

* Le prénom a été modifié à la demande de l'intéressé.

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