Lycées : le syndicat SGEN-CFDT réclame le "report" de la réforme du bac, "conçue dans la précipitation"

"Rien n'est stabilisé : ni les programmes, ni les offres de formation et spécialités, ni l'articulation entre compétences acquises et compétences attendues en post-bac", dénonce la secrétaire générale du syndicat SGEN-CFDT, Catherine Nave-Bekhti.

De nombreux lycées ont été bloqués par les élèves qui protestent contre la réforme du bac ces derniers quinze jours. Ici, le lycée agricole de Theza dans les Pyrénées-Orientales.
De nombreux lycées ont été bloqués par les élèves qui protestent contre la réforme du bac ces derniers quinze jours. Ici, le lycée agricole de Theza dans les Pyrénées-Orientales. (MICHEL CLEMENTZ / MAXPPP)

La réforme du lycée devrait être effective à la rentrée scolaire 2019. L'une des mesures porte notamment sur la fin des filières telles qu'on les connaît aujourd'hui, remplacées par un tronc d'enseignement commun accompagnées de spécialités "à la carte". Ces dernières doivent être annoncées par les académies dès la fin de semaine. Invitée de franceinfo mardi 18 décembre, la professeure de sciences économiques et sociales et secrétaire générale du syndicat SGEN-CFDT, Catherine Nave-Bekhti, estime que "cette réforme a été conçue dans la précipitation" et réclame le "report" de sa mise en œuvre.

franceinfo : Quelles étaient initialement les promesses du gouvernement lors de l'annonce de cette réforme ?

Catherine Nave-Bekhti : La réforme du lycée devait permettre non seulement le choix des élèves mais aussi le droit à l'erreur, ainsi que la possibilité de découvrir des enseignements qu'ils ne connaissent pas à la fin de la seconde afin de progressivement construire leur parcours d'orientation. Si on aboutit à une solution où il faut faire les bons choix dès le milieu de la seconde, on est à revers de ce qui était promis au départ.

Le fait que les maths soient supprimées du tronc d'enseignement commun inquiète particulièrement. Pour quelles raisons ?

Ce qui nous inquiète sur ce sujet, c'est que dans sa mise en œuvre sous forme d'enseignement de spécialité, le programme est très lourd et correspond à ce que l'on attendrait d'un élève de première ou terminale S destiné à des études scientifiques. On n'a pas ce qui était initialement proposé dans les rapports Mathiot et Villani envoyés au Premier ministre, à savoir : des maths dès la première qui permettent aux élèves qui ne veulent pas faire d'études scientifiques de poursuivre l'apprentissage des mathématiques. Avec la réforme, ils seront obligés d'avoir un an de rupture avant de pouvoir choisir de reprendre l'option en terminale.

Que demande la SGEN-CFDT ?

Cette réforme a été conçue dans la précipitation, et a été bâclée. On demande un report de sa mise en œuvre pour renégocier et transformer les incohérences majeures. En changeant la structure des lycées, il faut faire attention à ce que cela n'accroisse pas les inégalités qui existent déjà. Il faut construire des nouveaux repères pour les élèves et leurs familles et là, on est pris de court par le temps. Rien n'est stabilisé : ni les programmes, ni les offres de formation et spécialités, ni l'articulation entre compétences acquises et compétences attendues en post-bac, qui n'est pas encore lisible pour les élèves et leurs familles. Au niveau ministériel et au niveau local, il y a besoin de temps pour améliorer la réforme dans ces structures et travailler à sa mise en œuvre concrète au bénéfice des élèves et personnel. Pour le CFDT, il est hors de question que les choix d'orientation soient anticipés dès la seconde. Il faut travailler avec une autre lecture qui est celle des compétences et des connaissances acquises.