Lycées et facultés bloqués : trois questions pour comprendre le mouvement étudiant

Mardi, environ 200 lycées ont été bloqués en France. Plusieurs rassemblements, parfois émaillés de violences, ont également eu lieu. 

Des lycéens manifestent à Toulouse (Haute-Garonne) le 4 décembre 2018.
Des lycéens manifestent à Toulouse (Haute-Garonne) le 4 décembre 2018. (THIERRY BORDAS / MAXPPP)

Plusieurs dizaines de lycées sont de nouveau bloqués, mercredi 5 décembre, en France. Il s'agit d'un mouvement aux revendications disparates, porté par la vague des "gilets jaunes", qui pourrait se poursuivre ces prochains jours. Mardi, des rassemblements, parfois émaillés de violences, ont eu lieu dans différentes régions.

>> Lycéens et étudiants se mobilisent et bloquent des établissements partout en France. Suivez notre direct

Il s'agit du troisième jour de cette mobilisation étudiante contre des réformes du gouvernement, qui s'inscrit dans la foulée de la contestation des "gilets jaunes". Des syndicats lycéens appellent à une "mobilisation générale" jeudi. Voici ce qu'il faut savoir sur ce mouvement.

Où se situent les points de blocage ?

Mercredi matin, le ministère de l'Education recensait des perturbations, blocages de lycées ou incidents dans plusieurs académies, notamment Marseille et Créteil, deux des points chauds de la mobilisation de ces derniers jours. "C'est tendu dans celle de Marseille, avec 20 lycées bloqués ou perturbés, et Créteil avec 24 perturbés, dont 8 complètement bloqués", explique le ministère. D'autres perturbations sont signalées, notamment dans l'académie de Lyon (16 lycées perturbés dont deux bloqués). Et des blocages et incidents sont également observés à Paris, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Besançon, dans les Hauts-de-Seine, dans la région lyonnaise et à Toulouse. 

>> Blocage de lycées et d'universités : retrouvez les principaux établissements touchés région par région

Sur franceinfo, Jean-Michel Blanquer a indiqué que la mobilisation lycéenne avait stagné entre lundi et mardi, avec "autour de 200 lycées bloqués sur un peu plus de 4 000" en France, soit "à peu près 5%"Elle est "concentrée dans quelques endroits", notamment à Marseille et Toulouse où l'on a constaté les problèmes les plus forts", a-t-il ajouté, en s'inquiétant d'y avoir recensé une "violence qu'on n'a jamais vue".

Par ailleurs, les perturbations ont atteint des sites universitaires à Paris. Des étudiants ont voté un "blocus" des sites de Censier (Paris-3) et Tolbiac (Paris-1). 

Quelles sont leurs revendications ?

Les lycéens contestataires et leurs représentants syndicaux appellent à l'abandon de plusieurs réformes. Ils réclament l'abrogation de la loi Orientation et réussite des étudiants, promulguée en mars 2018, qui a notamment abouti à la mise en place de Parcoursup, la plateforme qui recueille les vœux des futurs bacheliers ainsi que la procédure qui leur permet d'accéder à l'enseignement supérieur.

Autre revendication, l'abandon de la réforme du lycée et du bac à l'horizon 2021. Elle doit entrer en vigueur pour les futurs élèves de première à la rentrée 2019 (c'est-à-dire pour les actuels élèves de seconde) et aboutira notamment à la disparition des filières scientifique, économique et sociale ou littéraire (bac S, ES, L). Les lycéens suivront un enseignement en tronc commun (français, histoire-géographie, langues vivantes...) et devront choisir trois spécialités. Ce choix d'options sera ramené à deux en terminale. En 2021, les lycéens passeront un examen resserré autour de quatre épreuves écrites (deux portant sur un enseignement de spécialité ainsi que le français et la philosophie) et d'un grand oral. Par ailleurs, la note de contrôle continu représentera 40% de la note finale de ce nouveau bac.

Les syndicats de lycéens contestent également la création du service national universel (SNU), qui sera testé sur quelques centaines de jeunes volontaires dès le mois de juin, avant sa mise en œuvre pour tous les jeunes d'une génération d'ici à 2026.

Chez les étudiants, on s'oppose à la hausse des frais d'inscription annoncée par le gouvernement, pour les étudiants résidant hors de l'Espace économique européen. A partir de la rentrée 2019, ces étudiants devront s'acquitter de 2 770 euros en licence et 3 770 euros en master et doctorat, contre 170 euros pour une année de formation en licence, 243 euros en master et 380 euros en doctorat pour les jeunes européens. Cette hausse s'accompagnera d'une hausse des bourses destinées aux étudiants étrangers les plus défavorisés et l'argent récolté permettra d'améliorer l'accueil, administratif notamment, de ces étudiants venus de pays étrangers, assure le gouvernement.

Y a-t-il un rapport avec les "gilets jaunes" ?

Jusqu'à présent, les appels à la mobilisation des syndicats lycéens n'avaient rencontré que peu d'écho. Mais la contestation des "gilets jaunes" semble avoir donné un coup de fouet à leurs revendications. 

"On a des revendications à porter mais la colère vient de la même source que celle des 'gilets jaunes', le gouvernement a fait des réformes destructrices. On a intérêt à mobiliser avec eux", à l'AFP Louis Boyard, à la tête de l'UNL, un syndicat lycéen qui appelle à bloquer "tous les lycées" vendredi. 

D'autres syndicats lycéens (le SGL et la FIDL) appellent, eux, à se mobiliser jeudi et à "rejoindre les 'gilets jaunes'". "Les lycéens comprennent la situation des 'gilets jaunes', qui parfois peuvent être leurs parents", écrit la FIDL dans un communiqué. De son côté le SGL "regrette les violences dans les métropoles et réitère son soutien aux 'gilets jaunes' pacifistes." Le syndicat estime que "les lycéens doivent avoir une part de responsabilité dans cette révolte citoyenne."