"A quoi bon avoir le bac ?" : à quelques heures de l'examen, le spleen des lycéens "refusés" ou "en attente" sur Parcoursup

Des élèves de terminale sans proposition de formation sur la plateforme d'orientation racontent à franceinfo comment ils vivent cette situation.

Lors de l\'épreuve de philosophie du baccalauréat, au lycée Pasteur de Strasbourg, le 18 juin 2018.
Lors de l'épreuve de philosophie du baccalauréat, au lycée Pasteur de Strasbourg, le 18 juin 2018. (FREDERICK FLORIN / AFP)

"Une grosse claque." Quand Léna a découvert les résultats de la plateforme d'orientation Parcoursup, elle a eu du mal à s'en remettre. Sur les cinq vœux formulés par cette élève de terminale en sciences et technologies de la santé et du social (ST2S) à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), quatre ont été refusés et un est encore en attente. Une "claque" d'autant plus douloureuse que les premières épreuves du baccalauréat approchent. 

Comme elle, 640 000 lycéens inscrits sur Parcoursup espèrent décrocher l'examen. Parmi eux, un peu moins de 100 000 élèves de terminale se retrouvent sans proposition de formation sur la plateforme, selon le ministère de l'EducationEn 2018, au premier jour des épreuves du bac, ils étaient près de 160 000 dans ce cas. Même si les chiffres s'améliorent, il reste ainsi de nombreux élèves dans l'incertitude.

Après la déception, l'angoisse 

Lorsque les premières propositions sont tombées sur Parcoursup, Zélie, élève de terminale scientifique à Besançon (Doubs), s'est désespérée. "Personne ne veut de moi", souffle-t-elle. La jeune fille a postulé dans quatre instituts de formation en soins infirmiers (IFSI) et une faculté de médecine. Pour tous ses vœux, direction la liste d'attente. Le 15 mai 2019, lors du premier jour de la phase d'admission, "la voilà reléguée à la 1 500e place sur des listes d'attente de 2 000 à 4 000 étudiants", s'exaspère sa mère. Même mésaventure pour Gabriel. Le jeune homme de 17 ans, qui étudie à Paris en série S, formule une quinzaine de vœux en prépa économique et sociale, option scientifique (ECS) dans la perspective d'intégrer plus tard une école de commerce. Résultat : quatorze vœux refusés. Pour lui, c'est la douche froide. "Vraisemblablement, je n'avais aucune chance", souffle-t-il.

Un coup dur alors que le baccalauréat se profile. Seul point positif, les élèves ont, cette année, la possibilité de surveiller, au jour le jour, l'évolution de leur situation sur les listes d'attente. "Cette visibilité quotidienne et les délais de réponse raccourcis peuvent être rassurants, note Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du syndicat national des personnels de direction et proviseur du lycée Paul-Éluard, à Saint-Denis. On leur a dit que ce n'était pas la peine de se connecter plusieurs fois par jour. Une fois le matin, ça suffit. Et puis, ils connaissent aussi le rang du dernier appelé l'an passé", précise le proviseur. Une analyse que ne partage pas Sophie Vénétitay, professeure de sciences économiques et sociales dans l'Essonne et membre du syndicat Snes-FSU.

Il faut prendre en compte ce que vivent ces élèves au quotidien, l'angoisse qui monte, le fait de devoir se connecter tous les jours pour surveiller l'avancée, et l'inquiétude provoquée par le fait d'obtenir la formation qu'ils veulent vraiment.Sophie Vénétitay, professeure de sciences économiques et socialesà franceinfo

Une attente difficile à vivre pour Lola, 18 ans, entre espoir et résignation. À quelques jours du bac, cette lycéenne en terminale ES (économique et sociale) à Gif-sur-Yvette (Essonne) se retrouve déstabilisée dans ses révisions : "Je vais passer le bac et je ne sais toujours pas ce que je vais faire l'année prochaine, soupire-t-elle. Heureusement, je n'ai pas été touchée par le bug." En effet, des étudiants ont reçu à la mi-mai, par erreur, des réponses favorables de plusieurs formations, avant d'être à nouveau placés sur liste d'attente.

"Parcoursup a beaucoup plus d'importance dans notre esprit"

Globalement, la majorité des élèves interrogés distinguent le stress des révisions de celui lié à l'attente sur Parcoursup. Ils sont d'ailleurs globalement plus préoccupés par les résultats sur la plateforme que par l'approche des épreuves. Malgré tout, pour Léna, en terminale à Saint-Germain-en-Laye, les conditions ne sont pas réunies pour passer le bac dans de bonnes conditions. 

À quoi bon avoir le bac, si c'est pour n'avoir rien après ?Lénaà franceinfo

Zélie, lycéenne à Besançon, va même jusqu'à s'interroger sur l'intérêt de réussir : "Est-ce que je pars dans l'optique de ne pas avoir le bac pour redoubler et ainsi viser des meilleures notes pour mon dossier l'année prochaine ?" En terminale ST2S, Clarisse a formulé trois vœux en institut de formation de manipulateur d'électroradiologie médicale, tous refusés, et un vœu en fac de psychologie qui est "en attente". Le bac ne l'inquiète pas vraiment. En revanche, "n'obtenir aucune formation, ça, ce serait difficile à accepter", tranche-t-elle. 

"Parcoursup a beaucoup plus d'importance dans notre esprit que le bac lui-même", abonde Safwane. Le jeune homme de 20 ans, en filière professionnelle près d'Orléans (Loiret), a vu cinq de ses six vœux refusés, et un est toujours "en attente". Une situation d'autant plus difficile pour lui qu'il est dyspraxique, un trouble du développement moteur qui touche la planification, la réalisation, la coordination et l'automatisation des gestes volontaires. Il regrette ainsi que le dispositif d'orientation ne prenne pas en compte son handicap : "En termes de sélection, on est considéré comme tout le monde."

Des questions sans réponses

L'opacité des critères de sélection pousse ces jeunes à se poser de nombreuses questions dans un moment critique pour leur scolarité. Gabriel s'interroge ainsi sur l'algorithme de Parcoursup. "J'ai un ami qui est dans un autre lycée, où le niveau de notation est moins sévère, décrit-il. Parfois, il me demandait même des conseils en maths. Mais il a été pris dans une des prépas que je visais et pas moi. Ce que je regrette, c'est que le niveau du lycée ne soit pas pris en compte."

Une situation encore plus incompréhensible pour Lola, lycéenne à Gif-sur-Yvette, quand elle a vu que sa sœur jumelle avait obtenu un de ses vœux alors qu'elle, de son côté, patiente toujours.

C'est rageant quand je vois qu'un autre élève de ma classe, qui a redoublé plusieurs fois et qui n'a pas de bons résultats, a obtenu ce qu'il souhaitait et pas moi. Lola, lycéenneà franceinfo

Du côté des parents, l'attente et les angoisses sont tout aussi présentes. Aurélia s'inquiète beaucoup pour son fils de 17 ans, Alexis, qui passe un bac professionnel vente, à Perpignan (Pyrénées-Orientales). Le jeune homme a formulé neuf vœux, sept ont été refusés et deux sont encore "en attente". "Je ne sais pas s'il réalise vraiment, constate-t-elle, résignée. On a l'impression d'avoir fait les mauvais choix sur Parcoursup et puis, une fois qu'on a choisi la filière professionnelle, les options sont limitées. En filière générale, ils ont davantage de possibilités de formations." 

"On leur parle beaucoup, on tente de les rassurer"

Alors que faire ? Quelles solutions reste-t-il à ces lycéens dont le sort est incertain ? Dans un premier temps, ils tentent de se concentrer sur les épreuves du baccalauréat. Ce qui est loin d'être facile. Pour éviter de perturber les lycéens, Parcoursup interrompt son activité du 17 au 24 juin. "Aucune proposition d'admission ne sera faite durant cette période, mais les candidats pourront continuer à répondre aux propositions. Pendant cette période, les délais de réponse sont suspendus", détaille le ministère de l'Éducation nationale.

Pour Sophie Vénétitay, professeur de SES dans un lycée de l'Essonne, "cette situation est compliquée à gérer pour les élèves. On comprend qu'ils aient beaucoup d'interrogations. On leur parle beaucoup, on tente de les rassurer." Sur ce point, ces terminales sont unanimes : le rôle de l'entourage et du corps enseignant est primordial. Sur internet, certains élèves ont même créé des réseaux d'entraide pour discuter de ces sujets, sur des logiciels comme Discord, à l'origine conçu pour faciliter les conversations entre joueurs de jeux vidéo.

D'autres ont décidé d'assurer leurs arrières en cherchant des alternatives. Comme Lola : "J'ai regardé sur internet des écoles de communication en dehors de Parcoursup, mais les concours étaient deux jours avant le bac, donc c'était trop tard." À Besançon, Zélie envisage d'intégrer une prépa privée aux IFSI, mais sa mère hésite : "Est-ce qu'elle aura davantage de chances après ? Ce n'est même pas sûr.