Le voile à l'université, nouveau facteur de division pour le PS ?

Les ministres Manuel Valls et Geneviève Fioraso semblent ne pas partager tout à fait le même point de vue sur la question. Une nouvelle pomme de discorde pour la majorité ?

Une femme voilée au Bourget (Seine-Saint-Denis), lors de la Rencontre annuelle des musulmans de France, le 6 mars 2010. 
Une femme voilée au Bourget (Seine-Saint-Denis), lors de la Rencontre annuelle des musulmans de France, le 6 mars 2010.  (FRED DE NOYELLE/GODONG / PHOTONONSTOP / AFP)

La question du port du voile à l'université pourrait bien provoquer un nouveau "couac" au sein du PS, en plus d'un épineux débat. D’un côté, la ministre de l'Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, a estimé au micro de France Inter, vendredi 9 août, que ce n'était pas un sujet. De l’autre, Manuel Valls a indiqué le même jour dans Le Figaro que les préconisations du Haut Conseil à l'intégration (HCI), dont l’interdiction du port du voile à l'université, étaient "dignes d'intérêt".

Depuis avril 2011, le voile intégral, qui masque le visage, est interdit dans l'espace public, sous peine d'une amende de 150 euros. Quant aux signes ou tenues religieux ostentatoires, ils ont été bannis des écoles, collèges et lycées publics par une loi de 2004. Mais aucun texte ne concerne spécifiquement pour l’instant les établissements de l’enseignement supérieur.

Des propositions "dignes d’intérêt", pour Valls

Manuel Valls apparaît ouvert sur la question d’une interdiction du voile à l’université. Néanmoins, dans ses réponses au Figaro, le ministre de l'Intérieur temporise  : "Laissons à ce stade l’Observatoire de la laïcité travailler (...)". Manuel Valls s’est toujours montré ferme concernant ces questions. Il a fait partie, en 2010, de la vingtaine de députés socialistes qui ont voté pour le projet de loi du gouvernement Fillon contre le port du voile intégral, comme l’indiquait Le Monde.

Un sondage Ifop, réalisé les 6 et 7 août pour Le Figaro, révèle que seulement 4% des Français sont favorables au port du voile dans les salles de cours de l'université, contre 78% qui se déclarent opposés, soit près de 8 personnes sur 10.

"Ça ne pose pas de problème", selon Fioraso

La ministre de l'Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, s’est démarquée de son collègue de la place Beauvau en déclarant sur France Inter : "Ne nous précipitons pas, ne faisons pas une polémique d'un sujet qui n'en est pas un”.

"Mon propos, en tant que ministre, c'est de dire [qu'il faut] que davantage de jeunes gens et de jeunes filles fassent des études supérieures", qu'elle qualifie de "facteur d'émancipation". La ministre ne voit pas de difficulté à ce niveau-là : “L'université, ce n'est pas comme le collège ou le lycée, il s'agit de jeunes majeurs. Aucune université n'a saisi le ministère à ce sujet : c'est donc que ça ne pose pas de problème."

Le malaise du Parti socialiste

Les questions de laïcité, et particulièrement celles concernant le voile, ont souvent provoqué des remous au sein du Parti socialiste. Lors du débat de la loi sur le voile intégral en 2010, une fracture était apparue entre ceux qui se disaient prêts à dialoguer et ceux qui rejetaient en bloc une telle loi, comme l’actuel ministre de l’Economie sociale et solidaire, Benoît Hamon. "Cacophonie au PS", titrait alors L'Express. Au final, une vingtaine de députés socialistes avaient voté pour le texte. Les autres avaient choisi de ne pas prendre part au scrutin pour ne pas apparaître favorables à la burqa.

En 2013, ces divergences de point de vue demeurent. En avril, la décision de la Cour de cassation dans l'affaire de la crèche Baby Loup, qui a annulé le licenciement d'une salariée qui refusait d'ôter le foulard islamique, avait fait réagir Manuel Valls. Il avait parlé de "mise en cause de la laïcité". Des membres de la majorité avaient estimé qu’il convenait de régler la question du voile dans l’entreprise par une révision de la loi, à l’image du président du groupe PS à l'Assemblée, Bruno Le Roux, sur BFMTV. Le député Christophe Caresche, dans Libération, avait répliqué en avril en parlant d'"obsession française" . Il avait réclamé de ne pas légiférer à nouveau pour ne pas "alimenter un peu plus la chaudière à produire de l’exclusion".