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Le dédoublement des classes : une épine dans le pied du nouveau ministre de l'Education nationale

Emmanuel Macron, en campagne présidentielle, a promis de dédoubler une partie des classes de CP et CE1 dès 2017. Le ministre de l'Education nationale risque de se heurter à des enseignants qui plébiscitent l'ancien dispositif. 

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Radio France
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"Plus de maîtres que de classes", deux enseignants ici en CP à Orange, passera-t-il la rentrée prochaine? (illustration) (MAXPPP)

Pendant la campagne de l'élection présidentielle, Emmanuel Macron avait promis d'alléger les effectifs d'une partie des classes de CP et CE1 dans les zones les plus difficiles, dès la rentrée prochaine. À l'heure de l'application du dédoublement, la question de l'avenir du dispositif "Plus de maîtres que de classes" se pose. Or, les enseignants concernés préfèrent ce plan lancé sous le précédent quinquennat, à celui annoncé par le nouveau président. 

Le système des enseignants épaulés devait être renforcé

"Plus de maîtres que de classes" est un dispositif mis en œuvre depuis trois ans. Il fait appel à 3 200 enseignants répartis dans les écoles primaires des zones les plus difficiles, les réseaux d'éducation prioritaire (Rep) et d'éducation prioritaire renforcée (Rep+). Le précédent gouvernement avait prévu d'embaucher 1 900 enseignants de plus pour la rentrée de septembre 2017. Le principe consiste à faire venir un maître supplémentaire par école retenue. Le professeur des écoles navigue alors de classe en classe pour épauler ses collègues, comme l'expliquent Laurence et Christelle, deux enseignantes dans une école des Hauts-de-France. L'une enseigne  en cours préparatoire (CP) est en CP, l'autre appartient au dispositif "Plus de maîtres que de classes". Elles forment un binôme et travaillent, "en co-intervention" dans la classe, avec un regard croisé, enrichissant.

On peut faire des ateliers, on peut dédoubler la classe, faire des groupes de besoin ou de niveau.

Laurence et Christelle, enseignantes

Deux enseignantes travaillent dans une classe de 24 élèves aujourd'hui. Demain, avec la promesse d'Emmanuel Macron, elles seraient toujours là, mais chacune dirigerait une classe de 12 élèves. Au final, le tableau sera-t-il le même ? Non, regrettent Laurence et Christelle. Elles perdraient, disent-elles, de la souplesse pédagogique et les effets positifs d'un travail en équipe. Elles redoutent aussi des conséquences sur l'ambiance de travail en classe. "À douze, nous n'aurons pas, peut-être, la même émulation", déclarent-elles. 

Le chantier du ministre : sans "casse"

Le sentiment de regret émis par les deux enseignantes n'est pas isolé. Une pétition contre la suppression du dispositif "Plus de maîtres que de classes" a déjà été signée par plus de 11 000 personnes. Les syndicats enseignants sont également montés au créneau. Le nouveau ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, marche sur un terrain sensible. Le successeur de Najat Vallaud-Belkacem affirme avoir entendu le message.

On ne dépouille rien. On ne casse pas le dispositif 'Plus de maîtres que de classe'.

Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale

Où trouver les 2 300 enseignants nécessaires au dédoublement d'ici septembre prochain ? Il est trop tard pour les embaucher et il n'existe pas de réservoir disponible, d'autant que l'Education nationale manque déjà de remplaçants. Faute d'alternatives, le nouveau ministre pourrait être contraint de redéployer, malgré tout, les 1 900 enseignants recrutés spécialement pour cette rentrée afin de compléter l'ancien dispositif. Mais ce serait alors déclarer la guerre aux syndicats enseignants.

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