"Je ne m'attendais pas à ça" : critiquée par des profs, la députée LREM Aurore Bergé défend son rapport sur l'éducation

Plusieurs enseignants s'indignent sur les réseaux sociaux d'avoir été jugés éloignés sociologiquement de leurs élèves par un rapport parlementaire. Contactée par franceinfo, la députée à l'origine de ce document s'explique.

La députée LREM Aurore Bergé, le 25 novembre 2017, à l\'Elysée.
La députée LREM Aurore Bergé, le 25 novembre 2017, à l'Elysée. (LUDOVIC MARIN / AFP)
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Propos recueillis parIlan CaroFrance Télévisions

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Depuis plusieurs jours, la députée LREM Aurore Bergé et sa collègue UDI Béatrice Descamps sont sous le feu des critiques sur les réseaux sociaux. En cause : le rapport de leur "mission flash" sur les relations école-parents, dévoilé le 31 janvier à l'Assemblée nationale, dans lequel elles constatent "un éloignement sociologique croissant entre le personnel enseignant et les familles les plus modestes".

Outre l'avalanche de messages de professeurs consternés, le rapport, qui cherche notamment à "restaurer une relation de confiance entre les parents et l’école", a aussi provoqué une levée de boucliers de personnes  qui crient au communautarisme. Contactée par franceinfo, Aurore Bergé répond à ces attaques.

Franceinfo : Avez-vous été surprise par le nombre et la virulence des réactions à votre rapport sur l'éducation ?

Aurore Bergé : Oui, car l'audition à l'Assemblée nationale s'était extrêmement bien passée. J'étais curieuse de voir comment mes collègues [députés] allaient appréhender le rapport. On a fait deux heures d'audition. Tous les groupes politiques se sont exprimés et tout le monde a salué la qualité du rapport. Même dans les premiers retours médiatiques, je n'avais pas l'impression qu'il y avait des choses sujettes à polémique.

Puis, tout d'un coup, ça s'est emballé sur les réseaux sociaux, y compris sur des éléments qui n'étaient pas dans notre rapport mais dans le précédent, qui date de 2014. Je ne m'attendais pas à ça.

A la lecture de votre rapport, certains enseignants ont compris que vous les accusiez d'être déconnectés des réalités des lieux dans lesquels ils travaillent. Assumez-vous cette position ?

Si cela a été interprété comme cela, c'est peut-être qu'il y a eu une maladresse de notre part. Mais nous n'avons ni écrit cela dans le rapport ni dit cela en audition. A aucun moment vous ne voyez le terme "déconnecté" ou "déconnexion".

Ce qu'on a juste dit c'est que, de fait, il y a une difficulté avec les familles considérées comme les plus éloignées de l'école (en situation de grande pauvreté, monoparentales, qui ne savent pas comment appréhender l'école, ou qui ne se sentent pas légitimes...). Or on sait à quel point certains termes utilisés par l'Education nationale peuvent être difficilement compréhensibles... Ce n'était pas du tout une critique contre les enseignants, mais un constat sur l'éloignement entre l'institution et ses partenaires (parents, associations, etc.)

Votre rapport souligne également un décalage sociologique entre les enseignants et leur public. Sur quoi vous êtes-vous appuyée pour dresser ce constat ?

Dans notre rapport, nous écrivons que les enseignants viennent souvent de catégorie culturellement ou socialement plus privilégiées que ces familles qui vivent dans des situations de grande pauvreté ou d'éloignement. Ce n'est pas un jugement. On ne dit pas : "C'est bien ou c'est mal".

Il s'agit d'un constat partagé par nos interlocuteurs lors de nos auditions (35 au total), qu'un certain nombre d'études sociologiques viennent confirmer. Les syndicats d'enseignants, que nous avons auditionnés, nous disent eux-mêmes que les jeunes enseignants peuvent être bombardés dans des établissements qui sont souvent difficiles sans avoir été formés préalablement sur le territoire dans lequel ils arrivent. C'est aussi ce qui ressort des différentes expérimentations réalisées par des associations comme ATD Quart-Monde, Coup de pouce, France Parrainages, Proxité, qui accompagnent les parents et les enfants, et travaillent avec les milieux enseignants car justement ils apportent une brique supplémentaire.

Certains, à droite, critiquent un rapport "naïf" empreint de "pédagogisme". Et ils soulignent que les enseignants ne sont pas des assistantes sociales. Que leur répondez-vous ?

On attend de plus en plus de la part de l'école. Mais il ne faut pas trop charger la barque ! L'évaluation qu'on nous a demandée concernait les relations entre l'école et les parents. Et on ne peut pas dire aujourd'hui que tout se passe bien partout, ce n'est pas vrai.

Le côté assistante sociale, d'ailleurs, nous le refusons. Ce n'est pas à l'enseignant d'apprendre aux parents à être parents. Dans le précédent rapport, il était par exemple proposé que l'enseignant se rende au domicile des parents qu'il n'arrive pas à voir. Nous, on a dit non : ce n'est pas son rôle, il n'est pas formé à cela. Nous affirmons que l'école doit avoir un discours stabilisé, compréhensible, lisible pour les familles. On n'est pas du tout dans le pédagogisme, bien au contraire.