Marche blanche pour Dinah : "Il faut instaurer une ligne rouge pour le harcèlement scolaire en France", souligne une ancienne victime

Hugo Martinez souhaite que le harcèlement scolaire soit puni par la loi. Il faut également "anticiper et trouver des solutions pour ces harceleurs, qui dans neuf cas sur dix, souffrent autant qu'ils font du mal", selon lui.

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Radio France
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Une jeune femme dépose des roses blanches devant le collège Jean-Henri Lambert, lors d'une marche blanche à Mulhouse (Haut-Rhin), le 24 octobre 2021. (FREDERICK FLORIN / AFP)

"Aujourd'hui, le harcèlement scolaire est seulement jugé dans le cadre d'une fin tragique", déplore Hugo Martinez, victime de harcèlement scolaire et créateur de l'association contre la harcèlement scolaire HUGO. Le 5 octobre, Dinah, 14 ans, s'est suicidée en Alsace, après avoir subi du harcèlement scolaire pendant deux ans. Une marche blanche était organisée dimanche 24 octobre en son hommage.

Comment un harcèlement peut passer à travers les mailles du filet jusqu'à un tel drame ?

Hugo Martinez : Quand cette jeune Dinah a fait une tentative de suicide en mars, il y avait déjà une défaillance. Quand des adultes n'arrivent pas à recoller le lien entre une tentative de suicide et une situation de harcèlement qui évolue depuis plus de deux ans, je crois qu'il y a une vraie défaillance des adultes, de la communauté éducative, et un manque de réaction. Depuis le 1er janvier 2021, 19 vies d'enfants ont été arrachées à cause du harcèlement scolaire. Je crois que ça confirme la nécessité de passer une nouvelle étape dans la lutte contre le harcèlement scolaire : le punir, ce qui n'était pas le cas en France jusqu'à présent. Aujourd'hui, le harcèlement scolaire est seulement jugé, dans le cadre d'une fin malheureuse comme celle de Dinah, Evaëlle ou Aïcha. Mais avant qu'on en arrive à ce stade-là, il n'est pas puni par la loi. Il faut anticiper et trouver des solutions pour ces harceleurs, qui dans neuf cas sur dix, souffrent autant qu'ils font du mal. Il faut comprendre pourquoi ils en sont arrivés là, sans les excuser, mais les aider, en ayant d'autres moyens d'expression que la violence.

"Il faut surtout instaurer une ligne rouge pour dire que le harcèlement scolaire n'est pas autorisé en France."

Hugo Martinez, victime de harcèlement scolaire

à franceinfo

Mieux former les adultes encadrants, c'est une question de moyens ?

Il existe des outils comme une plateforme de formation en ligne dédié au harcèlement scolaire, la première en Europe. Ces sont des formations en présentiel. Nous mettons à disposition ces outils, mais pour les déployer, il faut des financements, et nous ne les avons pas. On aura beau être motivés, si on n'est pas suivis par l'État sur des financements spécifiques, pour former des agents périscolaires, des professeurs, et même des agents de mairie pour créer des points de contact pour les familles, on ne pourra pas avancer. À Mornant, dans le Rhône, le maire a voulu construire un dispositif à 360 degrés, où toute la ville est mobilisée. On a mis des formations en place pour des agents de mairie, identifiés auprès des familles. En cas de harcèlement scolaire, les familles savent qu'elles peuvent se renseigner en mairie, et ces agents peuvent les guider dans leurs démarches. On sensibilise également les parents, avec des temps forts en début d'année, on mobilise les citoyens pour qu'ils soient tous alertes vis-à-vis de la question du harcèlement scolaire. On mobilise toute la communauté éducative, toute la communauté d'une ville et ça marche, les résultats sont là.

Quels sont les signes, les symptômes d'un cas de harcèlement scolaire ?

À la maison, tout changement brusque de comportement doit alerter. Une chute des notes dans le bulletin scolaire, une agressivité prégnante alors que c'est un enfant plutôt calme, un isolement social, dans la chambre ou derrière les écrans… Quand on est harcelé il y a de la honte, bien évidemment. Il y a l'envie de ne pas gêner ou embêter les adultes aussi parfois. La victime du harcèlement arrive même parfois à se demander si ce n'est pas elle la cause de ce harcèlement. C'est un ensemble de questions insidieuses dans la tête de l'enfant, qui font qu'il ne va pas en parler. Et surtout, si ça dure, il peut en arriver à commettre des gestes dramatiques.

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